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Alors même
que le Ministre délégué aux personnes handicapées se félicitait de la
mise en place de la loi de février 2005, il venait de signer un décret
enterrant le choix de vivre à domicile !
Philippe Bas a présenté au Conseil des Ministres le bilan de deux années
de mise en oeuvre de la loi du 11 février 2005 en faveur des personnes
handicapées. Une loi qui a défini des droits nouveaux répondant à "une
seule exigence, permettre aux personnes handicapées de participer pleinement
à la vie de la cité", affirme le ministre. L'écart entre le bilan positif
qu'il dresse et la réalité de terrain est important : la plupart des
nouvelles Commissions des Droits et de l'Autonomie se comportent en
simple regroupement des anciennes Cotorep et C.D.E.S et s'abstiennent
de convoquer la personne avant de décider de son projet personnalisé
de vie... quand il est établi. Le droit à compensation du handicap et
la prestation qui lui est rattachée sont encore à inscrire dans les
moeurs administratives.
Or voilà qu'est enfin publié le très attendu décret sur la prestation
de compensation en établissement. Et là, on ne comprend plus : la simple
logique voudrait qu'un établissement médico-social, dont la vocation
est d'être spécialisé, prenne en charge une personne d'une manière adaptée
à son handicap; comment dès lors est-il possible que ledit établissement
ne couvre pas tous les besoins de ses pensionnaires quand il est justement
financé à cet effet par maints organismes publics ? Désormais, les établissements
médico-sociaux pourront se décharger davantage encore de leur mission
en faisant peser sur leurs pensionnaires l'acquisition d'équipements
nécessaires à la réalisation de leur projet personnalisé de vie.
Mais là où les technocrates qui ont rédigé ce décret se sont surpassés,
c'est en matière de maintien du paiement des aides humaines lorsque
leur bénéficiaire est hospitalisé au-delà de 60 jours. "Ce décret est
purement scandaleux, irresponsable et dangereux pour les personnes handicapées,
constate Marcel Nuss, président de la Coordination Handicap et Autonomie.
En effet, être obligé de licencier ses accompagnants si l'on dépasse
les 60 jours d'hospitalisation aura des conséquences catastrophiques.
D'une part, qui voudra s'engager aux côtés d'une personne handicapée
vivant à domicile avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête
? D'autre part, avec les énormes difficultés actuelles pour trouver
des accompagnants à domicile, compétents et fiables, une telle mesure
aura inévitablement des conséquences sur l'embauche, car il sera impossible
de retrouver des accompagnants sur un simple claquement de doigts à
la fin de l'hospitalisation". Encore faudrait-il, pour licencier, connaître
à l'avance la durée d'une hospitalisation, mais les rédacteurs du décret
ont probablement des dons divinatoires qu'ils devraient enseigner aux
personnes handicapées dépendantes pour leur plus grand bonheur...
Laurent Lejard, février
2007.
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