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  Prisons dégradantes.
 

Les conditions de détention d'un prisonnier paraplégique valent à la France sa 69e condamnation de l'année par la Cour Européenne des Droits de l'Homme...

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Olivier Vincent n'est certainement pas un enfant de choeur et il n'est pas question ici, au nom de son handicap, de l'absoudre de ses crimes et de leur juste sanction. Agé de 36 ans, paraplégique depuis un accident survenu en 1989, cela ne l'a pas empêché de participer à l'enlèvement et à la séquestration d'un bébé de 7 mois. Arrêté et emprisonné en novembre 2002, il fut par la suite condamné à 14 années de réclusion criminelle, ramenées en appel à 10 ans. Olivier Vincent a connu cinq prisons, toutes mal adaptées aux besoins spécifiques d'un détenu paralysé. Il a voulu, à chaque fois, être respecté en tant qu'homme handicapé, ce qui l'a conduit à multiplier les procédures : réclamations auprès de l'administration pénitentiaire, plaintes déposées au Parquet, appel à l'opinion publique. En désespoir de cause, face à l'inertie judiciaire et au classement sans suite de ses plaintes, il a saisi la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Des cinq prisons qu'il a connues, la pire était pour Olivier Vincent celle de Fresnes. Là, ni accessibilité, ni adaptation des services, ni promenade avec les autres prisonniers. Et l'obligation d'effectuer des actes de toilette intime (incluant notamment le toucher rectal) devant ses codétenus, ce qui a alimenté à son encontre des rumeurs déplaisantes dans la prison. Selon l'administration pénitentiaire, Olivier Vincent serait simplement procédurier. Une administration qui subit la pression permanente que ce prisonnier particulier fait peser sur elle pour disposer d'une cellule suffisamment large, avec lit médicalisé et W.C qu'il puisse utiliser sans aide, placards et autres ustensiles à portée de main. De fait, Olivier Vincent n'a pu, dans aucune des prisons qu'il a fréquentées, accéder aux mêmes services que les autres détenus, les locaux socioéducatifs (bibliothèque, salle de sport, lieu de culte) étant inaccessibles, entre autres difficultés.

Dans un long arrêt de 38 pages qui expose les innombrables péripéties dégradantes de la vie carcérale du requérant, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a jugé que le traitement subi en prison par Olivier Vincent était inhumain. On ne peut s'en étonner tant la vétusté des prisons françaises est connue, la surpopulation carcérale endémique, et la réinsertion, au terme de la peine, utopique du fait d'un dénuement en équipes et moyens éducatifs. Mais si Olivier Vincent a réussi à faire condamner la France (dans un certain silence médiatique) il y a fort à parier que cela n'aura guère de conséquences : que valent les 4.000€ de dommages et intérêts qu'il percevra, face aux centaines de millions d'euros nécessaires pour donner aux prisons françaises les moyens d'être autre chose que des lieux d'enfermement sans perspective d'avenir pour ceux qui les fréquentent, qu'ils soient handicapés ou non ?


Laurent Lejard, octobre 2006.




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