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Ce
doit être un effet du printemps tardif : deux associations
nationales font monter la pression à l'encontre du gouvernement
en alertant l'opinion sur les conditions de mise en
oeuvre de la loi en faveur des personnes handicapées.
Alors que des personnes handicapées dépendantes manifestaient,
jeudi 4 mai, devant la Présidence de la République,
l'Association Française contre les Myopathies (A.F.M)
et l'Association des Paralysés de France (A.P.F) publiaient
un communiqué commun sur les "retards et dysfonctionnements
dans l'application de la loi" : retard dans la création
des Maisons Départementales des Personnes Handicapées,
simple fusion des anciennes Cotorep et C.D.E.S dans
certains départements, "équipes pluridisciplinaires
[...] trop restreintes, peu ou pas formées au changement
de culture nécessitant la prise en compte de l'expression
de la personne, outils d'évaluation inadaptés". Les
deux associations poursuivaient leur catalogue en dénonçant
un financement réduit des heures d'aides humaines, des
premières décisions en matière d'aides techniques qui
seraient en deçà des prestations accordées avant la
nouvelle loi, et enfin la multiplication des contentieux
découlant du complément d'Allocation Adulte Handicapé
destiné aux bénéficiaires dont la capacité de travail
est inférieure à 5%. Elles auraient également pu s'insurger
contre la volonté du gouvernement de détourner une partie
du budget de la Caisse Nationale de Solidarité pour
l'Autonomie afin de financer des éducateurs sportifs...
Pourtant, rien n'est nouveau ni même surprenant dans
ce catalogue. On se doutait déjà que les nouvelles Commission
des droits et de l'autonomie (C.D.A) ne seraient qu'un
vague regroupement (avec évaporation de personnels)
des Cotorep et C.D.E.S, que les équipes pluridisciplinaires
seraient réduites au strict minimum, et constituées
de professionnels mis gratuitement à disposition par
l'organisme qui les emploie, comme cela se faisait avec
les équipes techniques des Cotorep et C.D.E.S. On constatera
probablement bientôt que les décisions des C.D.A sont
prises sans écouter le demandeur ni respecter son choix
de vie, ce qui ne surprendra guère, cette possibilité
étant inscrite dans la législation.
Un pan entier de la loi de février 2005 est en effet
ambivalent : simple réécriture du dispositif issu de
la loi d'orientation de 1975 (réorganisation des commissions
décisionnaires, réforme des allocations compensatrices)
ou importante avancée vers l'émancipation des personnes
handicapées (élaboration d'un projet de vie accompagné
des prestations assurant sa réalisation). La différence
entre les deux mises en oeuvre possibles n'est pas seulement
une question de moyens, certes primordiaux, elle résulte
essentiellement d'une volonté politique au sens noble
du terme : celle de considérer les personnes handicapées
comme des citoyens ayant besoin de services de qualité
pour être accompagnés et respectés dans un parcours
de vie digne et librement choisi.
A l'opposé de ce que l'on propose actuellement en France
aux plus vulnérables et marginalisés, qu'ils soient
S.D.F, étrangers sans papiers, ou simplement pauvres
: bureaux vétustes, formalités bureaucratiques interminables
et complexes, contrôle permanent pour des prestations
de misère, maintien dans la dépendance vis-à-vis de
l'institution "bienfaitrice" qui contraint à l'obéissance
sous peine de sanction financière immédiate. Et c'est
bien sur ce terrain du respect que les associations
nationales dites "représentatives" devraient
se battre, parce que le respect conditionne les moyens
humains et financiers que la Collectivité mettra en
rapport des demandes et des besoins. Le reste n'est
que gesticulation médiatique et feinte naïveté.
Laurent Lejard,
mai 2006.
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