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  Stationnement très réservé.
 

La loi Boisseau-Montchamp pourrait étendre le bénéfice du stationnement réservé aux personnels médico-sociaux intervenant chez des personnes handicapées. Cette question du stationnement réservé est, parmi ces dernières, un sujet aussi polémique que le mariage homosexuel chez les politiciens français !

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Chaque nouvelle réglementation extensive suscite de multiples protestations dont cette dernière en date : la Commission des Affaires Sociale de l'Assemblée Nationale propose d'inclure dans la loi d'égalité des droits et des chances, la délivrance aux personnels intervenant au domicile de personnes handicapées d'une carte européenne de stationnement (remplaçante depuis quatre ans du célèbre macaron GIC). Le souci du législateur semble louable, procurer aux professionnels un intérêt particulier à intervenir auprès d'une personne handicapée, mais il risque de banaliser un phénomène d'occupation indue des places réservées, qui demeurent encore trop souvent perçues comme un privilège par une grande majorité d'automobilistes. L'utilisation de la carte de stationnement reposerait en effet sur la seule honnêteté des professionnels, dans le style "à 9 heures, je lave un myopathe, je stationne sur une place GIC; à 10 heures, je pique un malade valide, je prends une place standard". La police et la gendarmerie ont sans doute d'autres tâches plus importantes que vérifier l'invérifiable...

L'extension du stationnement réservé à des professions médicales et para- médicales, dont certaines disposent déjà d'emblèmes passe- droit, risque de brouiller davantage une situation que les campagnes dites "de sensibilisation" n'ont pas réussi à clarifier. Le respect du stationnement réservé a été jusqu'en 2003 le pré- carré de l'Association des Paralysés de France. Le fait que seule une association de personnes handicapées motrices ait revendiqué haut et fort le droit à un stationnement réservé (mais aussi les abus de quelques indélicats) a ancré dans la tête des gens cette notion de privilège. Ils l'ont "naturellement" contestée en ne respectant pas ce qui demeure un droit contribuant à combler une inégalité d'accès à la ville : les personnes handicapées physiques ne peuvent réellement pas emprunter la plupart des transports en commun ni se déplacer à pied (ou roulettes) sur de grandes distances.

Un point de rupture dans cette perception de "privilège" s'est produit en juillet 2003, à la faveur de la multiplication par quatre du montant de l'amende minorée sanctionnant une infraction, fixé désormais à 135 euros. Le stationnement réservé est devenu une règle à respecter sous peine de forte ponction du portefeuille. Il reste aux autorités à affirmer le droit à la ville des personnes handicapées et la légitimité de dispositions spécifiques qui constituent à une compensation effective du handicap.


Laurent Lejard, mai 2004




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