|
Les grandes
lignes de la réforme de la loi de 1975 seront bientôt connues mais le
projet ne sera vraisemblablement pas bouclé fin juin comme annoncé par
Marie-Thérèse Boisseau...
Le Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées (CNCPH) a
travaillé à marche forcée pour définir les propositions à inclure dans
la future loi en faveur des "personnes en situation de handicap", pour
reprendre une expression à la mode. Son président, Jean- Marie
Schléret, précise les grands principes affirmés : non- discrimination
et égalité des chances, accès effectif à la Cité et à la vie sociale,
développement de l'accompagnement et garantie de l'individualisation
des solutions, droit universel et intégral à compensation, participation
des intéressés. Enoncé ainsi, le projet résultant des travaux des associations
et des personnalités membres du CNCPH semble très complet et ambitieux.
Les sept commissions du Conseil ont multiplié les réunions avec les
conseillers techniques des cabinets ministériels concernés par la politique
en direction des personnes handicapées. C'est pourtant le Gouvernement
qui définira les orientations de son projet de loi. Marie- Thérèse
Boisseau ayant programmé un déplacement ministériel
dans l'Isère, il le fera par la voix du Directeur de Cabinet
de la Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées lors de la séance
plénière du CNCPH du 24 avril : Raymond Chabrol présentera les propositions
retenues par le gouvernement, qui devraient être rendues publiques,
et les mettra en débat. Un consensus en sortira- t-il ?
Coté associations, la vigilance est de règle. Marie- Sophie Desaulle,
présidente de l'Association des Paralysés de France, déclare : "nous
n'avons pas d'informations officielles sur le contenu de la loi. L'APF
souhaite une vraie réforme et pas seulement un aménagement des dispositifs.
Cela nécessite une remise à plat des procédures d'évaluation des besoins
et une révision du mode de financement afin de passer de l'assistanat
à une logique de protection sociale". Si la présidente de l'APF salue
le rôle majeur du CNCPH dans l'élaboration de la réforme, elle déplore
que les associations aient été insuffisamment impliquées : "d'un côté
les ministères discutent, de l'autre le CNCPH élabore. Où la rencontre
se fera- t-elle ?". Une "vision éclatée" de l'élaboration de la loi,
apprécie comme en écho le député Jean- François Chossy, président de
l'intergroupe Handicap de l'Assemblée Nationale, qui précise que "chaque
ministère garde ses sources". Jean- Marie Schléret estime également
que "chaque ministère veut conserver son champ de compétences".
Le président de l'Association Française de lutte contre les Myopathies,
Eric Molinié, refuse une loi de "replâtrage" et approuve les
grands principes définis par le CNCPH. Eric Molinié insiste toutefois
sur le fait que les organismes qui paieront, notamment dans le cadre
du droit à compensation (qui représenterait 120 millions d'euros par
an pour les seules aides techniques), n'aient pas la charge d'évaluer
les besoins des personnes. Il rejette, tout comme l'APF, la décentralisation
qui est perçue comme potentiellement porteuse d'inégalité de traitement.
"L'Etat doit garantir l'égalité républicaine", affirme le président
de l'AFM. "On ne sait rien des intentions du gouvernement" déclare Marcel
Royez, secrétaire général de la Fédération Nationale des Accidentés
du Travail et des Handicapés (FNATH), qui insiste sur la nécessité de
créer un système de protection sociale finançant la compensation. "On
ne fera pas une nouvelle loi à budget constant : le financement doit
être universel et citoyen".
A l'Association Valentin Haüy, on est moins enthousiaste. Son président,
Patrick Champetier de Ribes, estime que certaines mesures ne vont pas
dans le sens de l'autonomie. Il pointe particulièrement le tutorat,
dispositif instituant une personne référente pour définir les besoins
et les aides à la vie quotidienne : "pour nous, ce tuteur ne peut être
qu'un accompagnateur sans pouvoir de décision". L'AVH réaffirme également
son attachement à une allocation compensatrice de base : "on nous dit
qu'il faudra justifier les dépenses supplémentaires dues au handicap".
Le spectre de la nouvelle Allocation d'Education Spéciale hanterait-
il l'AVH ?
Si la future loi d'orientation entre dans une phase décisive, celle
du choix des principes à mettre en oeuvre, l'échéance de la fin du mois
de juin, pour la présentation en Conseil des Ministres d'un texte définitif,
apparaît difficile à tenir. Les départements, confrontés à de nouveaux
transferts de compétences, demandent un peu de temps de réflexion. Le
président du CNCPH, qui travaille sans bureau, secrétariat, ni téléphone,
estime que "les délais annoncés pour fin juin ne me semblent pas tenables".
Selon lui, c'est à la rentrée de septembre que le gouvernement rendra
sa copie.
Encore un peu de patience... et de concertation ?
Laurent
Lejard, avril 2003
|