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Une affaire
exceptionnelle vient d'être portée devant la cour de cassation : un
enfant réclame des dommages et intérêts parce qu'il est né handicapé.
Que faire pour que le droit à la vie ne constitue pas un préjudice
?
Nicolas P. est né
il y a 17 ans. Le médecin traitant de sa mère, s'appuyant sur des
examens de laboratoire, a estimé qu'elle était immunisée contre la
rubéole. Le résultat de cette erreur d'appréciation fut la naissance
d'un enfant malvoyant, sourd, déficient intellectuel et souffrant
de troubles cardiaques. Les parents affirment qu'ils auraient mis
fin à la grossesse s'ils avaient été informés du risque de handicap
de leur enfant à naître.
Selon la loi du 17 janvier 1975, la décision de poursuivre ou d'interrompre
la grossesse appartient aux parents. Cette décision ne peut être prise
que s'il y a d'une "forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint
d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable
au moment du diagnostic". Il faut prendre garde que l'information
ne puisse être prise comme une pression exercée sur eux : les praticiens
sont des informateurs et non des décideurs !
Les familles ont souvent recours à l'avortement thérapeutique en cas
de maladie à retentissement psychique telle la trisomie 21. S'il s'agit
de malformations opérables, la grossesse est le plus souvent poursuivie.
Les différents examens biologiques et radiologiques (échographie notamment)
permettent un diagnostic de plus en plus précoce des malformations
d'un foetus. Ces examens sont extrêmement fiables mais pas à 100%.
La fréquence des faux négatifs - enfant présentant une affection qui
n'a pu être décelée - est de 1 pour 1000.
Le diagnostic est proposé avec une grande prudence, selon l'histoire
du couple et ses objectifs en matière de procréation. Une fois établi
avec certitude le diagnostic précis de la pathologie foetale, c'est
au pédiatre et à l'accoucheur d'annoncer ce diagnostic aux parents
et d'envisager avec eux la conduite à tenir. En fonction du pronostic
porté on pourra décider de réaliser une interruption thérapeutique
de grossesse, de laisser évoluer celle- ci jusqu'à jusqu'à son terme
ou de l'interrompre prématurément pour soigner au mieux l'enfant.
Le Comité Consultatif National d'Ethique accepte l'interruption thérapeutique
de grossesse sur la demande des parents. Il insiste sur la qualité
des diagnostics biologiques et échographiques et encourage les politiques
publiques de dépistage systématique de maladies génétiques. Pour conserver
à ces examens la rigueur qu'ils ont pu déjà avoir, il est recommandé
d'organiser des centres agréés de diagnostic prénatal. Ils doivent
être multidisciplinaire, comporter au moins un médecin généticien,
un spécialiste d'échographie du foetus et être associé à un ou des
laboratoires de biologie pouvant pratiquer les examens nécessaires.
Aucune décision d'interruption médicale de la grossesse ne devrait
être prise sans consultation préalable d'un tel centre.
Paul-Henri Schuhler, pédiatre, novembre 2000
Vous pourrez sur ces pages vous informer à propos du diagnostic
prénatal et du Comité Consultatif
National d'Ethique.
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