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Le
sentiment de vérité domine dès les premières pages du Coeur-enclume,
magnifique album que Jérôme Ruillier vient de faire paraître chez
Sarbacane : "Ça fait
longtemps que l'idée trottait dans ma tête. Elle est devenue une envie
forte il y a quatre ans. Avec les enfants, je parle de différence alors
la bande dessinée s'est naturellement imposée pour développer cette
idée auprès des adultes. L'album était d'abord un projet personnel.
Puis en rencontrant des gens, j'ai ressenti le besoin de combler un
vide, de répondre à des interrogations. Il m'a fallu six années de recul
pour débuter ce livre. Ce recul m'a permis de ne garder que le plus
important. J'ai transformé mes souvenirs avec le temps : je l'ai constaté
en les croisant avec ceux de ma compagne. Je lui ai fait lire l'ouvrage,
elle a eu une réaction positive. Je voulais sortir de mon petit nombril,
pour faire émerger une histoire d'une portée plus générale. Une
histoire qui n'est pas sur la trisomie mais sur la différence, la peur
de l'autre. Je ne me suis jamais dit que ma fille devait changer, alors
qu'avec les autres on le souhaite. Mais elle se sera trisomique toute
sa vie : c'est moi qui devais changer de regard"
Jérôme Ruillier
a entendu des parents d'élèves dire que si sa fille était encore à l'école
à la rentrée, ils mettraient leurs enfants dans le privé. Et il se souvient
des difficultés rencontrées : "Certains enseignants ont fait du mal
à ma fille et à nous, pas par méchanceté, par maladresse. Le noeud du
problème est là. On est dépourvu et ça amène de la maladresse. Le poids
de la norme est très important. Les gens qui sont dans la norme sont
encouragés. Et on voit peu de personnes handicapées mentales : elles
demeurent cachées".
Propos recueillis
par Laurent
Lejard, juillet 2009. |