Handicap visuel
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  La musique avant tout.
  32 ans après la fin des hostilités, la guerre du Vietnam fait encore des victimes, dues au déversement massif de dioxine sur ce pays par les Américains. Nguyên Thanh Tùng raconte.

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Nguyên Thanh Tùng est né en octobre 1979, six ans après la fin de la guerre du Vietnam. Il est devenu complètement aveugle durant son enfance. Il est né avec un seul oeil valide, encore n'avait-il qu'un dixième de vision... Sa cécité résulte des conséquences de la dioxine déversée durant la guerre du Vietnam par les forces armées des U.S.A, dans les années 1960-70 : cet agent orange était employé comme défoliant destiné à mettre à nu les maquis vietnamiens. Aujourd'hui encore, des enfants naissent avec des malformations congénitales liées à ce poison, le Vietnam en est à la troisième génération de victimes de la dioxine !


Image : Nguyên Thanh Tùng et sa soeur, victime elle aussi de la dioxine.

"J'ai connu la musique depuis l'enfance, raconte Thanh Tùng; à travers les berceuses que me chantait ma mère. Plus tard, j'ai écouté la radio, La Voix du Vietnam, un programme général comportant des émissions musicales. C'est comme cela que j'ai découvert le monocorde [Dàn Bâu, lire cet article N.D.L.R]. J'ai apprécié le son de cet instrument, il me rappelait les berceuses de ma mère. Mais je ne pouvais visualiser l'instrument. Alors, mon grand-père en a fabriqué un avec une calebasse, un bambou et un câble de frein de vélo. Mon grand-père s'est renseigné : le Palais de l'enfance, à Hanoi, donnait des cours de musique mais il ne voulait pas de moi à cause de mes yeux. Par chance, au même moment, le Palais organisait un concours de chant et de poésie; j'y ai interprété la Légende de la pagode à une colonne, un chant célèbre au Vietnam, et j'ai emporté le Premier prix. Le Palais de l'enfance m'a alors accepté comme élève".

Le grand-père de Thanh Tùng l'a longtemps aidé, l'accompagnant en ville, fabriquant instruments et autres matériels, contant le soir à son petits-fils ce qu'il n'avait pu voir durant le jour. Sa mère, couturière, prenait soin de la soeur aînée de Thanh Tùng, complètement paralysée, aveugle et sourde, toujours du fait de la dioxine Américaine. Son père, ancien combattant lui-même handicapé durant la guerre, est photographe.

  Image : monocorde (Dàn Bâu). Suivez le lien 'lire cet article' dans le paragraphe précédent pour une description complète.

Thanh Tùng a dû attendre l'age de sept ans pour entrer à l'école où il avait toujours été refusé à cause de sa très faible vue. "Une école m'a accepté, à la condition que je sache lire et écrire : j'ai appris en trois mois. J'avais encore un peu de vision, je ne voyais pas au loin, je devais tout approcher de très près. A l'âge de 12 ans, j'ai perdu ce peu de vision". Lors qu'ouvre, à Hanoi, une école nationale pour aveugles, Thanh Tùng l'intègre. Il y reste peu de temps, juste pour y apprendre le braille. Il est ensuite recruté par le Conservatoire de musique dans le cadre d'un programme d'aide internationale, apprend la solfège et la composition : "La musique vietnamienne est notée. Au début, j'apprenais à l'oreille, avant de connaître le solfège".

Image : Nguyên Thanh Tùng en concert.

Thanh Tùng interprète des oeuvres de musique traditionnelle vietnamienne et des airs modernes : "Je me suis nourri de musique classique, Chopin, Schubert, Brahms". Il donne des concerts humanitaires, et espère pouvoir prochainement se produire en tant qu'artiste rémunéré, ce qui n'est pas le cas actuellement. Il compose également, mais manque de matériel adapté (ordinateur, partitions braille notamment). "Je voudrais continuer à aider les autres, enseigner auprès d'enfants aveugles qui apprécient la musique". Il vit pour l'heure avec une petite aide de l'État (équivalent à 20 € par trimestre) et les cadeaux de sa marraine en France : "Elle m'envoie aussi des C.D, j'en ai près de 2.000, peut-être la plus belle collection de Hanoi !". Récemment, ses parents ont quitté le garage qu'ils avaient aménagé et dans lequel ils vivaient avec les grands-parents : le gouvernement leur a octroyé un appartement de 40m² en banlieue de Hanoi.

Thanh Tùng est visiblement heureux de vivre avec, et pour la musique; il ne se plaint pas de son sort : "Je ne connais de la guerre que les traces qu'elle laisse sur le corps"...


Laurent Lejard, novembre 2005.


Pour plus d'informations sur les ravages de l'Agent Orange, prenez contact avec l'Association Vietnam les enfants de la dioxine, 24 rue Henri Martin, 94200 Ivry. Tél. 01 45 83 12 69 et 06 88 77 21 93.




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