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En
mai 2006, un homme âgé de 53 ans a été opéré dans un centre hospitalier
français pour un anévrisme de l'aorte et a présenté, 13 jours
après l'intervention, des troubles neurologiques graves. Son épouse,
en sa qualité de tutrice, saisissait - sans l'assistance d'un
avocat - la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation
des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections
nosocomiales (CRCI)
de Lorraine pour obtenir réparation du préjudice corporel de son
époux.
La gravité du dommage corporel n'était pas contestable, mais il
fallait au préalable établir qu'il s'agissait d'un accident médical
qui devait être pris en charge par la solidarité nationale. La
CRCI de Lorraine désignait deux médecins experts près la Cour
d'appel de Dijon, l'un cardiologue, l'autre neurologue. Le collège
d'experts déposait en avril 2008 son rapport et retenait l'existence
d'un aléa thérapeutique permettant ainsi la prise en charge de
cet accident par la solidarité nationale. Les experts médicaux
retenaient notamment un taux d'IPP de 95 % et décrivaient des
besoins en tierce personne à raison de 24 heures sur 24, besoins
particulièrement lourds concernant notamment l'aide pour se lever,
se coucher, se laver, s'alimenter, les transferts, l'incontinence,
l'incapacité à toute vie relationnelle, etc.
Cette affaire, suite au dépôt du rapport, revenait pour avis devant
la CRCI de Lorraine qui, pour des raisons ignorées et contestables,
ordonnait une contre-expertise et désignait un nouveau collège
d'experts, du ressort de la Cour d'appel de Versailles et de Paris,
à nouveau un neurologue et un cardiologue. Lors du déroulement
de cette nouvelle expertise, la victime n'était toujours pas assistée,
ni par un avocat ni par un médecin, car elle n'avait pas compris
l'importance de cette contre-expertise. En décembre 2008, ce nouveau
collège d'experts déposait un nouveau rapport, contraire à l'avis
du premier collège d'experts. Pour eux, il n'existait indubitablement
pas de faute à l'encontre du médecin et du centre hospitalier,
et surtout aucun aléa thérapeutique ne pouvait être retenu. Les
experts concluaient: "ces accidents constituent une application
fréquente dans les suites de la chirurgie cardiaque et particulièrement
dans la chirurgie de l'aorte".
En avril 2009, la CRCI de Lorraine rendait alors un avis de rejet
et entérinait le second rapport d'expertise en excluant aussi
l'aléa thérapeutique. La victime ne serait donc pas indemnisée
par la solidarité nationale ni par quiconque. Revenons tout d'abord
sur les CRCI mises en place par la loi
du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, pour faciliter
le règlement amiable des litiges concernant les accidents médicaux,
les affections iatrogènes et les infections nosocomiales. Il convient
de rappeler que les CRCI ne sont pas des juridictions, mais des
commissions qui obéissent à leurs propres règles. Elles sont constituées
de 20 membres élus pour trois ans, à savoir : 6 usagers du système
de santé, 3 professionnels de santé, 3 professionnels d'établissements
de santé, 2 membres de l'Office National d'Indemnisation des Accidents
Médicaux, des Affections Iatrogènes et des Infections Nosocomiales
(ONIAM), 2 professionnels du
secteur de l'assurance de responsabilité civile médicale, 4 personnalités
qualifiées dans le domaine de la réparation des préjudices corporels.
Force est de constater que dans ces commissions, les victimes
sont représentées minoritairement, et surtout, l'organisme qui
règle les dommages corporels, à savoir l'ONIAM (Office national
d'indemnisation des accidents médicaux), ou l'assureur, y siège
avec droit de vote, ce qui est anormal. A l'évidence on ne peut
être juge et partie. La victime mal informée croit saisir une
"juridiction" dont la procédure est simple : il lui suffit de
déposer un dossier pour obtenir une indemnisation "équitable".
Il est vrai que ce mode de règlement est attrayant, car l'expertise
médicale y est gratuite. Cependant, ces commissions ne garantissent
pas les droits des victimes tant par leur mode de représentation
que par leur mode de fonctionnement. Elles ne sont pas des juridictions
et le montant des indemnisations allouées est nettement inférieur
aux juridictions de l'ordre judiciaire.
Dans le cas d'espèce, quatre experts judiciaires ont donné un
avis diamétralement opposé. La CRCI de Lorraine a, sans aucune
motivation, rejeté purement et simplement la première expertise
pour retenir la deuxième, écartant l'intervention de la solidarité
nationale pour la prise en charge de cet accident gravissime.
Il faut rappeler ici que la victime n'était pas assistée d'un
avocat, pas même d'un médecin! Elle ignorait tout et a cru en
ce mode de règlement des litiges. La CRCI de Lorraine n'a même
pas cru bon de désigner un troisième collège d'experts pour départager
les deux premiers.
Pourquoi, la CRCI de Lorraine a-t-elle pu rendre un tel avis de
rejet, et sur quels fondements? Pourquoi, cette commission a-t-elle
fait désigner sans justification deux collèges d'experts, pour
in fine, retenir les conclusions d'un rapport d'expertise plutôt
que celles de l'autre? La CRCI n'est pas une juridiction : son
manque de transparence, de règles, d'absence de motivation, de
représentation, l'absence d'assistance de la victime par un avocat,
et le montant de ses indemnisations sont des plus contestables.
Cette affaire devra être portée devant les Tribunaux.
Catherine
Meimon Nisenbaum, avocate au Barreau,
Nicolas Meimon Nisenbaum, avocat, novembre 2009.
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