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  Un opéra pour Adèle.
  Créé pour les 125 ans de l'Institut Saint-André de Cernay et les 25 ans de son association support, Adèle de Glaubitz, un opéra a mobilisé et réuni en Alsace usagers et artistes professionnels pour un spectacle (d)étonnant. Reportage.

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           Il fallait du courage et de la volonté pour affronter la météo désagréable et changeante de cette fin de printemps, averses et fraicheur au lieu de la douceur du soir habituelle en Alsace en juin ! Des qualités présentes chez les artistes professionnels et amateurs des Enfants du cristal, opéra représenté en plein-air au sein de l'Institut Saint-André, à Cernay (Haut-Rhin), qui gère dans un vaste domaine 2.000 places d'établissements pour enfants, jeunes ou adultes pour la plupart handicapés mentaux. L'objectif, célébrer dignement un double anniversaire : les 125 ans de l'établissement fondé en 1891 par les Soeurs de la Croix, qui l'ont confié il y a 25 ans à une association laïque qui porte le nom de la fondatrice de cette congrégation, Adèle de Glaubitz. Les moyens : des dizaines d'usagers des établissements médico-sociaux de Saint-André, des chanteurs lyriques, les Musiciens d'Europe, la composition et direction musicale de Jean-Marie Curti, en partenariat avec l'Opéra-Studio de Genève qu'il dirige.

Pourquoi monter un opéra, alors que le chant lyrique apparaît hors des capacités de résidents handicapés intellectuels ou multi handicapés ? "Nous nous sommes rendus compte que les personnes que nous accueillons au quotidien réalisent des défis, explique Philippe Jakob, directeur général de l'association Adèle de Glaubitz. Tous les jours, ils doivent combattre un certain nombre de choses pour avancer et progresser. Eh bien, un opéra c'est un peu ça, se donner un défi pour faire quelque chose d'autre, avec les autres, et que l'on n'a pour l'instant jamais fait. Monter sur scène avec des professionnels de l'art lyrique, c'est tout à fait inédit, et une centaine de personnes en situation de handicap vont monter sur scène, des jeunes et des moins jeunes, et vivre quelque chose de très particulier, un temps fort dans leur vie qui leur permettra de pousser d'autres barrières."

L'Institut a mobilisé sur le projet ses ateliers artistiques : danse hip hop, chant choral, cirque, etc. "C'est l'envie de participer à un projet commun, tous ensemble, assure Peggy Seyifou, aide médico-psychologique. On a écrit des petits textes pour exprimer différentes idées, pour créer du tout au tout. L'idée était de partir sur les quatre éléments, l'eau, la terre, le feu et l'air, parce qu'ils peuvent être compris par tous, même par les personnes qui sont très handicapées, un thème très sensoriel, qui peut se ressentir."

 

Image : Les Enfants du cristal.

 

Il en est résulté un texte et un argument qui correspondent aux capacités des personnes qui devaient l'interpréter. "C'était le point de départ, poursuit Peggy Seyifou. Ensuite, un comité d'écriture a été créé pour trouver une histoire, un fil conducteur à ces quatre éléments pour les mettre en scène et que cela devienne magique, de l'ordre de l'irréel." C'est à Frédéric Peter, chef de service, qu'est revenue la tâche de finaliser le livret : "J'ai travaillé de longs mois avec quatre comparses avant de rentrer dans l'écriture à proprement parler, dont je me suis saisi à la Toussaint 2014 pour 'commettre' le livret tel qu'il existe aujourd'hui. L'idée, c'était d'être dans le symbolique, dans des histoires faciles à comprendre, avec de la fantaisie et de l'humour." Si les usagers n'ont pas été directement impliqués dans l'écriture du texte ni dans la mise en scène, Frédéric Peter ressent une forme de symbiose dans cette nouvelle expérience : "Ce qui me plaît dans ce genre d'aventure, c'est qu'on part de professionnels qui fabriquent quelque chose et quand on travaille avec des personnes handicapées, tout se gomme, on se retrouve embarqué dans la même aventure, il n'y a plus de distinction, on est tous au même niveau." Un sentiment également partagé par Peggy Seyifou : "Lors des dernières répétitions, les résidents se sont vraiment pris au jeu. Pourtant, le défi n'était pas évident parce que c'est un opéra, tout est chanté et donc la compréhension du texte est parfois difficile. Mais c'est vrai que la musique est un vecteur de rassemblement, et les résidents ont trouvé leur place sur scène, que ce soit dans les choeurs, dans la figuration, dans les différents tableaux. Ils ont le sourire, ils sont heureux d'être là. Ils nous ont étonné par leur patience, pendant trois à quatre heures de répétition, on ne les a jamais entendus se plaindre, ils ont été impressionnants."

 

Image : Les Enfants du cristal.

 

De bons professionnels, en quelque sorte ! Mais eux, qu'en disent-ils ? Damien joue trois rôles dans le spectacle, l'eau, la terre et le vent : "Je ne chante pas, on est avec le choeur et on joue du djembe. C'est moi qui ait demandé à jouer de la musique. Ce n'est pas facile de jouer avec des professionnels." Pour sa part, Laurent vit à Saint André depuis sept ans, il travaille en ESAT : "C'est un éducateur qui m'a proposé de travailler dans l'opéra. Moi qui aime écrire, j'aime le théâtre et là, l'opéra c'est une découverte." C'est en régie qu'il a participé, pour amener ou enlever des éléments de décor, et comme doublure d'un rôle principal, l'alchimiste, dans une scène où il fait descendre des bébés par une fenêtre : "J'interviens aussi au début, je récupère un bébé sur scène, je le prends et je l'emmène. J'ai déjà vécu la scène dans le côté poétique, le slam, parce que de mon côté j'écris aussi. Dans l'opéra, je ressens moins de stress parce que c'est beaucoup plus facile pour moi, c'est un peu une passion d'être sur scène." Dans cet opéra, Nicolas est danseur de hip hop : "Cette danse est très technique, on a commencé au début de l'année 2016. Et on s'est dit, vu qu'il y aura un opéra, on va intégrer le hip-hop dans l'opéra. Je joue dans le monde de la terre et le monde du feu. Dans cet opéra, on a vraiment un rapport avec la terre, parce que les danses on les fait sur la terre, au sol. Pour le feu, on fait une pirouette." Avant de faire du hip hop, Nicolas n'avait jamais dansé. "On a travaillé presque 24 heures sur 24, quand je vois tout ce qu'il faut installer pour l'opéra, c'est quelque chose d'impressionnant. On est une grande équipe, on a construit cet opéra ensemble."

 

Image : Les Enfants du cristal.

 

Et qu'en disent les musiciens ? Axel Renaud, professeur de musique et percussionniste : "J'ai des élèves handicapés, je trouve que c'est super de travailler comme ça, main dans la main avec des personnes en situation de handicap. Je découvre cet institut, très accueillant, les gens sont très sympas, bien plus que dans la société actuelle ! Je ne pensais pas qu'un village comme cela puisse exister, c'est vraiment impressionnant, et très chaleureux."

Expérience unique et qui ne sera probablement pas reprise tant elle mobilise de moyens humains, l'opéra Les enfants du cristal, qu'il faut apprécier comme il est, et surtout pas selon les canons de l'opéra traditionnel, a réussi à faire jouer ensemble des personnes qui ne se rencontrent jamais. Pour de belles soirées musicales à vivre ensemble.


Laurent Lejard, juin 2016.

 



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