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Les
pensionnaires étaient couchés quand gendarmes et policiers ont
débarqué le 3 mai 2010 au soir dans l'Institut d'Education Motrice
Les Jonquilles à Freyming-Merlebach (Moselle). L'objectif des
forces de l'ordre : rafler un adolescent polyhandicapé âgé de
15 ans, Ardy Vrenezi, placé dans l'établissement depuis le mois
de mars sur décision de la Maison Départementale des Personnes
Handicapées de Moselle. Avec comme but d'expédier le garçon
dans son pays d'origine, le Kosovo, puisqu'il séjournait en
France auprès de sa famille en situation irrégulière depuis
qu'elle avait été déboutée de sa demande d'asile. Selon la Préfecture
et le Ministère chargé de l'immigration, il n'était pas concevable
d'expulser les parents et leurs enfants valides tout en laissant
en France le fils polyhandicapé. Au Ministère d'Eric Besson,
on précisait dès le 4 mai : "La France n'expulse pas les mineurs
isolés. Mais dans cette affaire, le mineur est avec ses parents,
dont l'expulsion est légale". Sans guère de considération pour
le droit
des étrangers malades, les autorités s'estimant couvertes puisqu'il
s'est trouvé un Médecin-Inspecteur de Santé Publique pour rendre
un avis favorable, "en engageant sa responsabilité médicale",
précise le Ministère qui ajoute qu'une fois parvenu au Kosovo,
l'adolescent a été pris en charge par un véhicule médicalisé.
Dans un premier temps, la Préfecture de Moselle affiche la même
sérénité : "Le suivi de la situation du jeune est assuré par
l'Ambassade de France au Kosovo", affirmait son chargé de communication
le 17 mai. Pour se contredire deux heures plus tard : "L'Ambassade
de France s'était seulement assurée au préalable que l'adolescent
pouvait être soigné au Kosovo". Parce que sur place, la prise
en charge du garçon s'est avérée inefficace et son état de santé
s'est continument dégradé depuis son arrivée; hospitalisé le
12 mai, il a été remis à sa famille le 17. "Le garçon n'a pas
accès aux soins nécessaires, expliquait ce jour-là Stéphane
Bernardi, militant de la Ligue des Droits de l'Homme qui est
en relation téléphonique avec la famille. L'adolescent est déshospitalisé
: l'hôpital l'a remis à sa famille en disant ne rien pouvoir
faire pour lui". Les médecins kosovars ont faxé au pédiatre
Isabelle Kieffer, leur homologue française qui soignait Ardy
Vrenezi en Moselle, un compte rendu d'hospitalisation dans laquelle
ils disent leur impuissance : les Docteurs Zeka et Gërguri,
respectivement neurologue pédiatre référent et pédiatre, et
le Professeur Zejnullahu, pédiatre généticien de l'hôpital universitaire
de Prishtina écrivent qu'ils ne peuvent soigner le malade "à
cause de la progressivité de la maladie, le besoin de l'enfant
pour la nutrition entérale continuelle et pour le traitement
multidisciplinaire, je pense que l'enfant a besoin pour un traitement
ultérieur à l'étranger". Travaillant à 2.000km de là, le Docteur
Kieffer ne peut que constater : "L'état d'Ardy s'est dégradé
au point d'avoir besoin d'une assistance nutritionnelle, cela
implique un besoin de nutrition par sonde! Il était parfaitement
capable de manger avec aide des repas en petits morceaux avant
son expulsion, mais a déjà eu des phases d'aggravation de ce
type".
Le 19 mai, nouvelle alerte : l'adolescent serait à nouveau brièvement
hospitalisé, "avec un tube dans la bouche et la gorge, je ne
sais pas si c'est une assistance respiratoire ou nutritionnelle",
explique la pédiatre. A la Préfecture de Moselle, une certaine
inquiétude commence à teinter les échanges verbaux : "Une commission
médicale patentée doit examiner la situation de l'adolescent,
explique le chargé de communication. L'Ambassadeur de France
va rencontrer la famille pour lui expliquer les formalités en
cours. Il a aussi demandé au Directeur Général de la santé du
Kosovo d'agir pour que la commission délibère dans les plus
brefs délais". Cette commission médicale doit rendre un avis
sur la nécessité de soins à l'étranger, une formalité indispensable
pour la France accorde un visa d'entrée à Ardy et sa famille
précise-t-on au Ministère de l'Immigration, de l'Intégration,
de l'Identité nationale et du Développement solidaire.
Mais pendant que les autorités françaises esquissent une issue
favorable sans vouloir perdre la face, les nouvelles du garçon
deviennent dramatiques. Le 20 mai, le Docteur Kieffer a obtenu
des précisions : "Aux toutes dernières nouvelles de fin de matinée,
Ardy est de nouveau à la maison, le 'tuyau' a été enlevé, et
une femme médecin collaboratrice du Docteur Zeka aurait dit
au père 'qu'une demande de soins à l'étranger a été faite...
que Ardy ira de toute façon de plus en plus mal, et qu'ils n'ont
pas les médicaments qu'il lui faut". Le même jour, le Ministère
français des Affaires Etrangères communique : "Depuis son retour
au Kosovo, la situation d'Ardy Vrenizi fait l'objet d'un suivi
particulièrement attentif de la part de notre ambassade à Pristina,
compte tenu de l'accompagnement médical que nécessite l'état
santé de ce jeune homme. Notre Ambassadeur est depuis le retour
au Kosovo du jeune garçon en contact étroit avec les autorités
sanitaires kosovares, notamment avec le directeur de la santé
dont il a ardemment appelé l'attention sur la nécessité de fournir
à Ardy Vrenizi, dans les meilleurs délais, les soins dont il
a besoin. Notre Ambassadeur est également en contact régulier
avec le père de l'adolescent". Informé de la situation, le ministre
des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, serait personnellement
intervenu auprès de l'Ambassadeur de France au Kosovo. Parce
qu'il y a urgence à agir : la vie d'un adolescent polyhandicapé
est en péril, et face à cette réalité, les considérations politiques
ne comptent plus. Le Préfet de la Moselle et les Ministres concernés
le comprendront-ils à temps ?
Laurent Lejard, mai 2010.
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