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Mi-avril,
à l'occasion d'un atelier de formation sur les droits de personnes
handicapées, la ministre déléguée aux affaires sociales et de
la promotion féminine, Diaka Diakité, informait les participants
de la décision que le Gouvernement aurait prise d'évacuer les
mendiants handicapés se trouvant le long des rues de la capitale
guinéenne. Diaka Diakité avait indiqué qu'il s'agissait là du
volet social d'un projet multisectoriel visant à "assainir"
la ville de Conakry. En ce qui concerne les personnes handicapées,
au-delà de même d'un acte ponctuel, la ministre avait indiqué
qu'il s'agirait d'un vaste programme de réinsertion des mendiants
handicapés impliquant notamment le retour des personnes concernées
vers leurs villages d'origine.
Un programme que le directeur national de la protection sociale,
Moussa Traoré, décline en trois phases : "Le plan d'urgence consiste
à permettre de se conformer à la décision gouvernementale, à savoir
l'assainissement des voies publiques. A ce propos, on était en
pourparlers avec le département de l'habitat et avec toutes les
structures pouvant être intéressées par la question en vue de
trouver un site à aménager afin que provisoirement les personnes
handicapées se trouvant actuellement dans les rues y soient logées.
Parallèlement, un travail de sensibilisation des intéressés avait
déjà commencé dans les sept sites [NDLR: il s'agit ici de sites
où sont actuellement réunis en grand nombre des personnes handicapées
dans la rue] que nous avions répertoriés. La seconde phase consistera
à déployer une mission à l'intérieur du pays afin qu'elle aille
prendre contact et discuter avec les parents, les familles et
l'ensemble des communautés d'origine des personnes handicapées
pour préparer au mieux le retour. Parce que quand on sait que
pour certains, cela remonte à plus de vingt ans depuis leur départ,
le retour requiert un minimum de préparation dans tous les sens
du terme. Au cours de la même phase, un travail va être mené auprès
des personnes susceptibles de retourner dans leurs villages d'origine.
En gros, il s'agira de s'informer sur ce que chacune d'elles voudrait
ou pourrait faire comme activité pouvant l'aider à se passer de
la mendicité. Travail à l'issue duquel une formation leur sera
donnée. Il faut ici préciser que le retour dont on parle ne sera
pas obligatoire. S'il y en a qui veulent rester et se livrer à
leurs activités génératrices de revenus, il n'y aura aucun problème.
Et la dernière phase consistera au retour effectif et à l'installation
dans les lieux d'origine aussi bien de ceux qui sont actuellement
dans la cité de la solidarité que pour ceux qui sont aujourd'hui
dans les rues."
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Le gouverneur fait du zèle.
Mais ce plan de réinsertion sociale et professionnelle n'a malheureusement
pu être exécuté normalement. La faute au gouverneur de la ville
de Conakry, le commandant Sékou Resco Camara qui, le 7 mai dernier,
a dépêché une mission mixte de la gendarmerie et de la police
qui est venue intimer aux personnes handicapées qui avaient élu
domicile sous la passerelle du carrefour Donka de déguerpir.
Agé d'une trentaine d'années, marié et père d'un enfant et ne
vivant que de la mendicité depuis son arrivée dans la capitale
guinéenne en 1996, Mohamed Cellou Tounkara est l'une des victimes
: "Ils sont venus nous chasser aux environs de midi. Moi j'étais
de l'autre côté de la route. C'est un petit qui a accouru vers
moi pour m'avertir que les policiers étaient en train de s'en
prendre à nos effets. Le temps pour moi de d'arriver, ils avaient
quasiment fini de tout saccager. De midi à quinze heures, ils
étaient attelés à transporter les cartons et autres débris de
congélateur et réfrigérateur avec lesquels nous avions monté nos
abris sous la passerelle." Selon la même source, une autre équipe
policière était revenue dans la nuit du lundi au mardi.
Plutôt remontés après ce qu'ils considèrent comme de la violence
gratuite exercée contre eux, ces personnes handicapées se sont
mobilisées dès le mardi matin pour se faire entendre par le président
de la République. En route pour le palais Sékhoutouréyah, ils
ont été interceptés par le gouverneur en personne ! Après moult
tractations, le groupe de protestataires a consenti à faire marche
arrière en vue d'écouter ce que le gouverneur désirait lui dire.
Mohamed Cellou Tounkara poursuit : "Une fois sur place, il nous
a offert 1.500.000 francs guinéens (170€), trois têtes de boeufs
et le prix de trois sacs de riz de 50 kg (700.000 GNF pour les
trois, soit 70€)."
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Les raisons qui ont amené le gouverneur à agir
de manière aussi cavalière restent floues. En tout cas, tous les
acteurs intervenant dans la promotion et la défense des personnes
handicapées sont unanimes à trouver l'opération à la fois prématurée
et violente. Le Département des affaires sociales et de la promotion
féminine est embarrassé. Toutes les tentatives auprès des services
du gouverneur visant à avoir les explications de Sékou Resco Camara
se sont révélées vaines. Pourtant, officiellement, son entourage
s'accorde à reconnaître qu'il est le seul en mesure de donner
les raisons exactes de l'action. Et les forces de police se bornent
à dire qu'elles n'ont fait qu'obéir aux ordres. Néanmoins, s'exprimant
sous le sceau de l'anonymat, certaines sources en provenance du
gouvernorat indiquent que l'opération visant à faire déguerpir
les pensionnaires de la passerelle de Donka aurait été décidée
sur la base de renseignements de la présidence de la République
selon lesquels des individus s'apprêteraient à utiliser ces abris
de fortune pour s'attaquer au cortège du président Alpha Condé.
Il faut ici préciser que cette passerelle enjambe la principale
voie de la ville de Conakry, l'autoroute Fidel Castro. A l'appui
de cette opinion, nos sources mettent en avant le caractère ciblé
de la passerelle alors même que les abords de la mosquée Fayçal,
située à côté, également massivement occupés par des mendiants
handicapés n'étaient pas visés.
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Quoiqu'il en soit, cette action n'aura contribué
qu'à semer la pagaille dans la gestion sereine et cohérente de
la problématique des personnes handicapées vivant dans la rue.
Cela a commencé par la tension entre personnes handicapées et
forces de l'ordre, une tension dont les médias se sont faits l'écho
et qui a nécessité l'intervention de la Commission Nationale des
Volontaires (CNV). Selon Youssouf Keïta, président de cette organisation
dont l'objectif est de venir en aide au ministère des affaires
sociales dans le traitement des questions relatives au handicap,
sa structure aurait recensé environ 200 personnes handicapées
ayant effectivement passé cette nuit sous la passerelle.
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Par ailleurs, l'émotion que l'opération aura
suscitée dans l'opinion publique, et son caractère impréparé auront
contraint les autorités à accepter que les personnes handicapées
réoccupent les mêmes lieux, en attendant de trouver un site de
recasement provisoire. Et en effet, les abris de fortune ont repris
de plus belle sous la passerelle de Donka. Du côté des abords
de la mosquée, ce sont de nombreuses personnes handicapées, installées
dans des fauteuils roulants ou à même le sol, qui cherchent à
se protéger, au moyen de vieux parapluies et de bâches usagées,
de la fine pluie qui s'est abattue sur la capitale guinéenne.
Le même jour, une rencontre était prévue au gouvernorat de la
ville de Conakry. Mais à ce rythme, il est fort probable qu'une
nouvelle fois, les pensionnaires des abords de la mosquée Fayçal
et de la passerelle de Donka passent la saison des pluies dans
la rue. Avec tous les risques de maladie et d'insécurité que cela
comporte.
Boubacar Sanso Barry, juin 2012.
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