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  Organiser l'inaccessibilité électorale...
  L'expérimentation par le ministère de l'Intérieur de la publication web des professions de foi des candidats aux élections départementales des 22 et 29 mars confirme que l'accessibilité de ces documents est le cadet des soucis du Gouvernement.

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          Les citoyens déficients visuels l'ont échappé belle ! Ils n'auraient pu librement s'informer des programmes et propositions des candidats aux élections départementales de ce mois de mars si les parlementaires n'avaient pas purement et simplement supprimé l'article 46 du Projet de Loi de Finances pour 2015. Ce constat résulte de l'expérimentation lancée par le ministère de l'Intérieur de la mise en ligne des professions de foi et bulletins de vote des cantons de cinq départements : tous les documents sont en format PDF image basse résolution, donc inaccessibles aux citoyens aveugles ou fortement malvoyants.

Il n'y a pas que les documents qui soient inaccessibles, comme l'explique Matthieu Annereau, candidat UMP aveugle dans le canton de Saint-Herblain 2 : "Impossible de naviguer correctement avec Supernova, pas mieux par l'Iphone en utilisant voice over. Un comble que cela n'a pas été testé alors qu'il s'agit d'un scrutin dans lequel la dimension handicap et accessibilité est fortement présente par l'intermédiaire des Maisons Départementales des Personnes Handicapées !" Matthieu Annereau aurait pourtant apprécié de lire en ligne sa propre profession de foi, le département de Loire-Atlantique où il se présente étant l'un des cinq choisis pour l'expérimentation...

C'est une "nouvelle insulte que le ministère de l'Intérieur vient d'infliger aux électeurs non-voyants !" s'indigne de son côté la Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes (CFPSAA). "Alors même que le Président de la République et le Gouvernement affirment à chaque occasion que l'accessibilité est une priorité intangible du quinquennat, alors que le Défenseur des Droits vient tout juste de rendre public un rapport sur l'accès au vote des personnes handicapées, cette ignorance totale des règles les plus élémentaires à respecter pour que les non-voyants puissent lire un document sonne comme une insulte à leur égard !"

Il n'est pas certain que la réponse du porte-parole du ministre de l'Intérieur apaise les associations : "Les délais de conception et de mise en service très contraints n'ont pas permis de prendre en compte certains critères d'accessibilité. Pour cette raison, le site internet programme-candidats ne présente pas encore les fonctionnalités facilitant l'accessibilité pour les non-voyants telles que des traductions sonores des documents de propagande des binômes de candidats. Dans l'hypothèse où ce dispositif expérimental serait généralisé ou étendu à d'autres élections, les exigences relatives à l'accessibilité des internautes non-voyants seraient alors naturellement prises en compte." Les connaisseurs auront remarqué que ce n'est pas le site web qui doit permettre "des traductions sonores des documents de propagande" mais les documents eux-mêmes dont le format doit être lisible par les outils de navigation web des internautes déficients visuels. Les concepteurs de programme-candidats ont manifestement des connaissances très approximatives de l'accessibilité électronique.

D'où il ressort que les missions d'études, rapports et autres déclarations sur la nécessaire accessibilité électorale se succèdent et ne servent à rien : dès la première expérimentation de dématérialisation des documents de vote, l'exclusion et la discrimination sont au rendez-vous. Pas délibérément voudrait-on croire, simplement du fait de l'absence totale de connaissance des besoins de la population. C'est systématique : on dématérialise d'abord, on constate les dégâts et on réfléchit ensuite, les usagers déficients visuels l'ont maintes fois vécu dans leurs relations avec l'Administration et les services publics. Et l'exemple est donné au plus haut niveau de l'Etat : le Président de la République, François Hollande, a annoncé le 11 décembre dernier lors de la Conférence Nationale du Handicap que la législation relative à l'accessibilité des sites web de l'administration et des formalités en ligne serait remplacée par un simple label, ni obligatoire ni contraignant. Dans ce domaine, l'accessibilité ne viendra pas dans la version 2 ou 10 d'un site web de service public, sauf à de rares exceptions qui tiennent malheureusement du simple accident administratif...


Laurent Lejard, mars 2015.




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