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Malgré
une mobilisation sans précédent, le Gouvernement a décidé de délibérer
en procédure accélérée, à partir du 15 mars, sur un projet de
loi "relatif aux droits et à la protection des personnes faisant
l'objet de soins psychiatriques". Cette décision suit la logique
d'un processus entamé il y a quatre ans par un projet de loi sur
la prévention de la délinquance amalgamant délinquance et troubles
mentaux, avec mise en place d'un fichier des personnes internées.
Le texte en projet reprend cette volonté d'assimiler troubles
psychiques et dangerosité sociale, au mépris de toutes les luttes
récentes contre la stigmatisation et des avancées de la reconnaissance
des droits des patients. Il relève davantage du vocabulaire du
ministère de l'Intérieur que de la Santé : il n'y est question
que de sûreté des personnes et d'atteinte à l'ordre public, et
jamais de souffrance psychique. Les mesures imposées aux établissements
de soins par la circulaire de janvier 2009, suite aux injonctions
du président de la République à Antony, ont déjà réduit la qualité
de leur accueil. L'ensemble des patients, hospitalisés pour la
plupart librement, subit la présence de grillages, de caméras
vidéo, mélangeant soin et surveillance. Des familles attendent
le retour de leur proche retenu "enfermé" par la seule volonté
de certains préfets.
Plus profondément, le projet de loi substitue la notion de contrainte
liée à l'hospitalisation contre son gré par celle exercée sur
les soins eux-mêmes, l'étendant même jusqu'au domicile du patient
en cas de décision de traitement ambulatoire sous contrainte.
Le directeur de l'établissement qui a reçu initialement ce patient
a, alors, la charge de fixer la date des visites médicales obligatoires,
le psychiatre se trouvant cantonné à la seule fonction d'alerte
si ce calendrier n'est pas respecté : la direction de l'établissement
saisit, alors, les autorités. Ces modalités sont en totale contradiction
avec l'éthique du soin, de sa nécessité de confiance, d'intimité
et de garantie de liberté de ses prescriptions thérapeutiques.
Elles relèvent d'une logique de contrôle social et de sureté publique.
La réapparition d'un fichier de patients considérés a priori comme
dangereux constitue un véritable casier judiciaire psychiatrique.
Une question de constitutionnalité a amené le Conseil Constitutionnel,
en novembre 2010, à revoir une partie du projet de loi sans en
modifier l'esprit sécuritaire. Une véritable réflexion doit être
engagée sur la manière d'assurer le recours aux soins lorsqu'ils
exigent une limitation temporaire de liberté, et sur la place
du juge judiciaire pouvant être appelé à se substituer au représentant
de l'Etat ou au Préfet de police. Pourquoi n'interviendrait-il
pas d'emblée ? Quelles garanties encadrent les 72 heures d'hospitalisation
initiale, nouvelle "garde à vue psychiatrique" pour le syndicat
de la Magistrature ? Pourquoi ne pas étendre le recours au juge
pour les soins en ambulatoire ? Comment, enfin, peut-on confier
ces nouvelles tâches à des catégories de professionnels déjà saturées
sachant qu'elles risquent d'entraîner des surenchères de procédures
de recours et de soins ?
Le projet de loi parle à juste titre de la nécessité de lever
les obstacles auxquels sont confrontés nombre de familles en cas
de rupture de soins d'un des leurs. Nous partageons le désarroi
des familles confrontées au fait de voir un de leurs proches abandonné
à domicile dans un déni total de sa pathologie, mais comment peuvent-elles
croire qu'une loi privilégiant la contrainte et renforçant la
stigmatisation de personnes plus victimes qu'auteurs de troubles
à l'ordre public, soit susceptible d'apporter une solution à cette
préoccupation légitime ? Au lieu de ce subterfuge de soins ambulatoires
sous contrainte, c'est une augmentation des moyens des équipes
qu'il faut exiger, pour leur permettre, par exemple, de développer
les visites à domicile, premières garanties de l'accompagnement
et du suivi de la personne et de son entourage.
La FASM s'associe à la demande d'un nouveau plan santé mentale.
La loi Hôpital Patients Santé Territoires doit reconnaitre les
exigences propres à la psychiatrie : elles ne peuvent se calquer
sur celles d'un modèle médical basé sur le seul traitement psychotrope
au détriment de la complexité du soin psychique et encore moins
sur un modèle de surveillance policière. La maladie mentale, qu'on
la nomme folie, troubles psychiques ou handicap psychique, met
en question la conception même de l'humain et du lien social :
son soin ne peut s'exercer sans cette prise en compte. Nous appelons
donc les pouvoirs publics à engager rapidement une réelle concertation
impliquant élus nationaux et territoriaux, professionnels de la
psychiatrie et du social, représentants des familles et des usagers,
juristes, sur la manière de penser la politique de santé mentale.
Ce n'est que dans ce cadre que pourront s'inscrire les modalités
de privation de liberté qu'exigent certaines situations qui, même
si elles ne représentent qu'un pourcentage infime des prises en
charge psychiatriques, constituent néanmoins à chaque fois des
situations éprouvantes aussi bien pour les personnes elles-mêmes
que pour leur famille et le corps social. Elles requièrent un
véritable accueil de professionnels et non une récupération politique
alimentant des peurs ancestrales et excluant encore plus une catégorie
de citoyens déjà retirés socialement par leur maladie. Dans l'immédiat,
la FASM Croix Marine s'associe à tous ceux qui demandent le retrait
de ce projet de loi inapplicable dans la forme et inacceptable
dans son fond. Elle est prête en retour à participer à toute réflexion
sociétale qu'elle appelle de ses voeux.
Docteur Bernard Durand, Président, et Joseph Mornet, Secrétaire
général de la Fédération d'Aide à la Santé Mentale Croix-Marine,
mars 2011.
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