|
Actualité chaude,
à l'approche du 21e Téléthon, avec nouvelles polémiques sur l'utilisation
des fonds, le droit de vivre décemment et de mourir dans la dignité...
La conjonction des dates de la Journée internationale des personnes
handicapées, le 3 décembre, et du Téléthon les 7 et 8 décembre, ne suscitait
habituellement guère d'embouteillage, le second événement "mangeant"
systématiquement le premier. Mais voilà que la programmation le 3 décembre
au soir par TF1 d'un téléfilm adapté de la vie du jeune Vincent Humbert,
de sa demande de mettre fin à ses jours après l'accident qui le rendit
tétraplégique, muet et quasiment aveugle, et du geste d'euthanasie engagé
par sa mère et achevé par un médecin, relance la polémique sur le droit
à mourir dans la dignité. Une officine d'obédience chrétienne, qui prétend
défendre les personnes en fin de vie, a financé la diffusion du témoignage
d'un kinésithérapeute qui affirme que Vincent Humbert ne voulait pas
mourir. Tant de silence pour finalement déballer son discours, voilà
qui surprend. D'autant que ledit kiné affirme ne pas avoir été entendu
lors de l'enquête judiciaire pour homicide, pourtant serrée, et qui
a abouti à un non-lieu; si les policiers et le magistrat instructeur
ne l'ont pas convoqué, pourquoi ne s'est-il pas manifesté ? Pour quelles
raisons vient-il aujourd'hui servir d'alibi à un groupuscule qui milite
pour le droit à mourir dans la douleur, probablement pour que les malades
incurables puissent vivre dans leur chair et leur être les souffrances
de Jésus en croix ?
Dans ce groupuscule se retrouvent les mêmes militants de l'interdiction
de l'interruption de grossesse, ainsi que des membres du Collectif contre
l'handiphobie opportunément créé pour obtenir la suppression de la jurisprudence
Perruche. Ces derniers y sont parvenus avec la complicité des docteurs
Bernard Kouchner et Jean-François Mattéi. Les médecins incapables
qui ne voient pas (ou, pire, refusent de voir) un handicap génétique
ou une grave malformation congénitale lors des examens prénataux sont
des coupables non responsables : ils n'ont plus à indemniser tout au
long de sa vie l'enfant né handicapé. Une iniquité juridique sur laquelle
lorgnent des compagnies d'assurance qui aimeraient bien également ne
pas avoir à payer les conséquences d'une faute commise par leur client.
Cette polémique risque déjà de faire une victime, le journaliste Nicolas
Journet qui publie un livre à charge, à la limite du pamphlet, sur "sa"
réalité de bipède vivant avec les séquelles du syndrome de Marfan. Comme
de nombreuses personnes handicapées, il érige son cas en une généralité
applicable à l'ensemble de ceux qui naissent avec un handicap d'origine
génétique ou congénital détectable. Son credo : les diagnostics prénataux
et préimplantatoire sont criminels, ils condamnent des enfants à ne
pas naître parce qu'ils seraient porteurs de handicaps. L'éditeur en
rajoute en proclamant sur le communiqué de presse accompagnant l'ouvrage
: "Il faut réformer le Téléthon", accusé de "favoriser le développement
d'une politique eugéniste en France, en subventionnant les recherches
sur l'embryon, et le diagnostic prénatal" ! André Vingt-Trois, que le
Pape vient de promouvoir cardinal, déclarait le 8 novembre dernier devant
la Conférence des Évêques de France qu'il préside : "La générosité ne
légitime pas tout. Nous souhaitons donc que chacun réfléchisse et que
soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri
embryonnaire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation
de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais
nous devons les formuler."
Effectivement, le Téléthon pose question et il est regrettable que l'on
ne puisse toujours pas en débattre sereinement. L'image misérabiliste
(ou héroïque) qu'il donne des personnes handicapées n'est
pas celle que l'on apprécie de voir, le contexte d'une émission à grand
spectacle ne justifiant pas tous les moyens lacrymogènes déployés pour
susciter la générosité du public (l'avocate Elisa Rojas explique cela
fort bien). Mais l'intervention incessante des lobbys et groupuscules
défendant une politique de soumission à une souffrance plus ou moins
"divinisée" empêche qu'un débat sain et réel sur les
enjeux de la recherche médicale puisse enfin avoir lieu en France.
Laurent Lejard, novembre 2007.
L'intervention d'Elisa Rojas sur le Téléthon 2004 peut
être lue en
suivant ce lien.
|