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  Exemplaire !
 

Le travailleur handicapé du 21e siècle doit-il être un surhomme nanti de toutes les qualités pour trouver sa place dans l'entreprise ?

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Organisée en ordre dispersé, la Semaine 2007 pour l'emploi a connu deux lancements distincts : comme l'année dernière, LADAPT a inauguré sa Semaine dans une salle d'accessibilité délicate, le Lido de Paris dont on se demande comment il a pu être labellisé Tourisme et Handicap : fort plan incliné hors normes pour franchir les deux marches de l'entrée, salle en gradin bardée de marches, lumières (très) tamisées pour aveugler davantage les malvoyants... mais hélas aucun spectacle seins nus au programme ! L'Agefiph, elle, a préféré jouer la prudence en conviant le public parisien à une Journée des défis sportifs dans les locaux parfaitement accessibles de la Fédération Française Handisport.

Discours différents, également : celui de LADAPT s'étalant dans le guide "10 bonnes raisons de recruter une personne handicapée". Parmi ces Commandements, on relève que "les personnes handicapées redoublent de motivation pour démontrer le bien fondé de leur recrutement [...] Combattantes du quotidien, les personnes handicapées savent relever les défis [...] apportent à l'entreprise un 'supplément d'humanité". La mule est chargée : à lire ce guide, il ne suffit pas qu'un travailleur handicapé soit compétent, il doit être nimbé d'une aura charismatique, nanti d'une auréole de sainteté et bardé d'abnégation pour oeuvrer de toute son âme à la réussite de l'entreprise !

Des travailleurs handicapés font eux-mêmes écho à ce discours : "Je suis plus intéressante pour l'entreprise qu'un valide qui n'a pas fait les mêmes efforts que moi!", affirme "Melissa", jeune candidate en fauteuil roulant interrogée par l'Agence France Presse. "Le handicap ? Un avantage !" clame "Valérie" sur le site Jobetic. Elle a pourtant été embauchée "du premier coup" après sa reconversion professionnelle, alors que son handicap (invisible) n'était pas préalablement connu d'un employeur qu'elle a ensuite fait profiter de diverses aides liées à l'embauche d'un travailleur handicapé.

"Le but de ces rencontres [entre employeurs et travailleurs handicapés NDLR] est de faire passer le handicap au second plan, déclarait Georges Riffard, délégué général de LADAPT. C'est une façon de faire tomber les préjugés et de mettre fin à la méconnaissance réciproque entre travailleurs handicapés et recruteurs".

Pourtant, en dressant un portrait-robot surdimensionné du candidat potentiel à l'emploi, l'effet inverse risque de se produire dès lors que le handicap d'un salarié doit être respecté comme un élément de sa personnalité, au même titre que son origine, son sexe, la couleur de sa peau, ses opinions politiques, ses convictions personnelles, etc. Comment faire reconnaître l'indispensable égalité de traitement entre travailleurs alors que le discours adressé aux recruteurs appuie violemment sur les supposées "valeurs du handicap" ? Parce qu'ensuite, dans l'emploi, ce discours a un prix, celui du déni des conséquences du handicap : fatigabilité, stress généré par l'exigence de surperformance, crainte de décevoir.

L'enquête réalisée il y a tout juste un an par l'Agefiph auprès d'un panel de salariés handicapés a dressé le tableau des limites de l'intégration de leur handicap. "Il faut faire une vraie révolution culturelle, déclarait Philippe Van den Herreweghe, secrétaire général de LADAPT, lors du lancement de la Semaine pour l'emploi, arrêter de considérer les handicapés comme des extra-terrestres".

Chiche ?


Laurent Lejard, novembre 2007.




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