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Jeudi 18 mai,
11 heures, le Tout-Handicap se presse autour du Président de
la République venu inaugurer à Paris une gare laboratoire de l'accessibilité
: S.N.C.F et R.F.F font leur show. Déployés durant trois mois dans l'une
des plus épouvantables gares parisiennes, Maine-Montparnasse, divers
équipements et matériels seront testés durant trois mois. Des enquêteurs
de la Sofres recueilleront l'avis des usagers handicapés et il devrait
sortir de ce test en vraie grandeur des préconisations d'accessibilité
tenant compte des besoins de l'ensemble des personnes handicapées. Les
équipements retenus pourraient être employés dans le cadre de la mise
en accessibilité des gares et des quais prévue par la loi de février
2005, et dont le décret relatif au cadre bâti vient d'être publié.
En visitant le "laboratoire", on constate qu'il y a du boulot : seule
une partie de l'immense gare a été équipée et les erreurs sont évidentes
: les bandes podotactiles déployées au sol dessinent des cheminements
coupant le flux naturel de passage des voyageurs valides, les bornes
sonores destinées à informer les aveugles sur leur position au sein
de la gare restituent un message non significatif, certains matériels
ont tout du gadget coûteux (P.D.A pour aveugles, tableau tactile à hauteur
variable avec avatar signeur, etc.). En revanche, l'installation à hauteur
d'enfant ou de personne de petite taille de rampes dans les escaliers
est déjà plébiscitée. Nul doute que le public saura faire la part de
l'utile et du futile.
Parce que le chantier de mise en accessibilité du transport ferroviaire
est gigantesque, et les objectifs annoncés par les dirigeants de la
Société Nationale des Chemins de Fer Français et Réseau Ferré de France
visiblement insuffisants : moins de 90 gares existantes seront adaptées
dans les trois années qui viennent. Louis Gallois, président de la S.N.C.F,
annonce le triplement des crédits consacrés à l'accessibilité, qui seront
portés annuellement à 50 millions d'euros durant 10 ans. Mais il s'est
bien gardé de fixer des objectifs quantitatifs, ni d'évoquer son projet
de maillage synonyme d'accessibilité partielle. Parce qu'avec 3.000
gares dont 10% seulement disposent d'équipements d'accessibilité, et
un rythme annoncé de 30 gares adaptées par an, il faudra 90 ans pour
traiter l'ensemble des lignes de chemin de fer ! Paradoxalement, R.F.F,
dont les finances ne permettent plus de maintenir les voies ferrées
en bon état (ce qui a déjà entraîné une réduction des limites de vitesse
des trains sur certaines lignes) annonce l'accroissement de sa participation
budgétaire aux mises en accessibilité des gares. Mais l'entreprise publique
ne dit rien sur la mise à (bon) niveau des quais existants.
Plutôt qu'une gare laboratoire de l'accessibilité, qui a tous les aspects
d'une opération de communication destinée au grand public, on attend
impatiemment les schémas directeurs d'accessibilité des transports que
devront publier l'an prochain les deux entreprises publiques exploitant
les chemins de fer : là, on pourra apprécier le volontarisme affirmé
par leurs présidents respectifs, et comparer la réalité des actes à
l'ampleur de la propagande...
Laurent Lejard, mai 2006.
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