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Jacques
Marion, président de la fédération des associations des personnes porteuses
de Trisomie 21 (FAIT 21), exprime les attentes, en matière de compensation,
des handicapés mentaux et de leurs familles...
"Les personnes handicapées doivent pouvoir se former, gagner leur vie,
conduire leur carrière et leurs projets. C'est à notre société de s'adapter
à leur besoins." Discours de Monsieur Jacques Chirac devant le Conseil
National Consultatif des Personnes Handicapées, 3 décembre 2002.
Aujourd'hui, les personnes porteuses de Trisomie 21, et plus généralement
les personnes en situation de handicap, ne veulent plus être considérées
comme des personnes "à intégrer". Elles revendiquent leur appartenance
à notre société. Elles formulent l'exigence d'être acteurs de la vie
sociale et auteurs de leur propre vie.
Ayant participé activement aux commissions préparatoires à la révision
de la loi de 75, FAIT 21 s'étonne et s'inquiète vivement du décalage
entre les motifs exposés dans le projet de loi et le contenu du texte,
mais aussi du renvoi de nombreuses mesures à la rédaction de futurs
décrets. L'exposé des motifs laisse présager une loi ambitieuse et démontre
une réelle compréhension des enjeux sociaux. Malheureusement, la lecture
du projet de loi suscite la déception; les principes, les objectifs
et les moyens ne répondent pas aux besoins des personnes en situation
de handicap et de leurs familles : l'accès à tout et pour tous !
La priorité est le choix de vie de la personne (et de ses parents pour
les mineurs).
Pour les personnes porteuses d'une Trisomie 21, syndrome emblématique
de la déficience intellectuelle, le choix de vie n'est réel que si notre
société le favorise précocement. Ceci impose, dès la plus petite enfance,
la mise en place de dispositifs adaptés donnant accès à l'éducation
pour tous en milieu ordinaire, en vue d'une meilleure insertion sociale
et d'une plus grande autonomie. Après 30 ans d'expérience dans ce domaine,
nous savons que pour les personnes porteuses de trisomie 21, la compensation
ne saurait se traduire par le seul recours au milieu protégé. Nous savons
que la réussite de ce parcours ambitieux est liée à la garantie de l'accès
aux dispositifs de droit commun en milieu ordinaire : à la crèche, à
l'école, à la formation professionnelle, au travail, à l'hébergement
autonome et à une retraite convenable.
Dans le cas de la déficience intellectuelle, on connaît le rôle prépondérant
de la compensation humaine. Elle doit s'exercer selon les besoins de
la personne en situation de handicap, pour lui permettre cet accès aux
dispositifs communs. Les solutions et les moyens mis en oeuvre doivent
prendre en compte non seulement les spécificités de la personne porteuse
d'une déficience intellectuelle, mais aussi la difficulté de l'environnement
à s'adapter aux compétences de ces enfants et adultes. Aussi, nous demandons
que la loi affirme les principes suivants :
- Le droit à compensation garantit la réponse aux besoins spécifiques
de la personne en situation de handicap et l'adaptation nécessaire de
l'environnement.
- Les parents ont le droit de choisir l'éducation pour leur enfant.
Nous revendiquons le droit d'inscription (sans réserve) de l'enfant
à l'école, au collège et au lycée le plus proche de son domicile, et
sa pleine reconnaissance en tant qu'élève pour lequel l'enseignement
doit être adapté dans le cadre d'un projet individuel, objet d'une évaluation
régulière et définissant des moyens pertinents au regard de ses besoins
spécifiques.
- Le développement urgent et massif de dispositifs de type SESSAD, engagés
dans un projet d'accompagnement vers l'insertion et l'autonomie et non
vers la prise en charge de la personne visant à une orientation en milieu
spécialisé.
- L'évaluation objective de la progression de l'insertion dans tous
les secteurs de notre société afin d'ajuster les dispositifs à l'évolution
des besoins de tous et de chacun.
Nous souhaitons que le Président de la République, le gouvernement et
les parlementaires s'investissent pour que dès 2004, la situation intolérable
de nombreux enfants et adultes en situation de handicap et de leurs
familles change concrètement. Notre société gagnera à la fois en humanité
et en efficacité.
Jacques Marion, Président de FAIT 21,
février 2004.
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