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Marie-Thérèse
Boisseau va présenter en Conseil des Ministres l'ébauche de sa loi en
faveur des personnes handicapées alors même qu'elle organiserait son
départ du gouvernement...
L'information a circulé dans les milieux autorisés dès le mois d'octobre
: la Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées quitterait ses fonctions
après les élections régionales de mars 2004. Confirmé par un
dirigeant de l'Unapei, le départ programmé de Madame Boisseau du gouvernement
alimente également les conversations au sein de l'Association des Paralysés
de France dont la présidente se refuse toutefois à tout commentaire.
La conseillère en communication de Madame Boisseau, Catherine Denavarre,
se retranche quant à elle derrière le caractère précaire de la fonction
qui conduit un ministre à faire des choix selon la conjoncture. Jean-
Luc Simon, qui participe aux réunions du cabinet de Marie- Thérèse Boisseau
en tant que président de la mission française de l'Année européenne
des personnes handicapées, ne fait plus mystère du choix politique de
sa "patronne" : elle est chef de liste départementale de l'Ille- et-
Vilaine pour l'U.M.P, et d'ajouter que les dirigeants des grandes associations
nationales en sont pleinement informés.
En soi, le départ programmé du gouvernement de Madame Boisseau ne présenterait
guère d'intérêt si une réforme législative complexe de l'aide aux personnes
handicapées n'était en phase de lancement. Au fil des mois, vous avez
constaté que la loi d'égalisation des chances des personnes en situation
de handicap avait été retardée trois fois. Pourtant, le Président de
la République a rappelé à plusieurs reprises sa volonté de voir le droit
à compensation du handicap appliqué dès 2005. On peut douter que cet
objectif puisse être atteint : toutes les dispositions de la loi nécessitent
des modalités d'application réglées par des décrets ministériels qui
devront être publiés durant les mois d'été, avant l'examen du projet
de loi de finances pour 2005. Qui les élaborera, les négociera avec
les ministères concernés et les acteurs associatifs, les signera, suivra
leur mise en oeuvre par des circulaires destinées aux Administrations
? Le mécanisme complexe de la loi Boisseau survivra- t-il au départ
de la ministre qui l'aura enfanté ? Avec un calendrier particulièrement
serré, le changement de Secrétaire d'Etat au début du printemps 2004
aura plusieurs conséquences : il faudra du temps à l'éventuel successeur
pour former son cabinet, choisir ses conseillers, rencontrer ceux qui
ont été associés à l'élaboration de la loi dans les autres ministères,
recevoir les associations, résister aux pressions et aux remises en
cause. D'ailleurs, rien ne garantit que l'éventuel successeur de Marie-
Thérèse Boisseau reprenne à son compte l'intégralité des dispositions
du projet de loi. Ce serait bien embarrassant lors du débat parlementaire
qui s'annonce long et acharné : Nicolas About, président de la Commission
des affaires sociales du Sénat, a en effet l'intention de mettre en
discussion à la fois le projet gouvernemental et sa propre proposition
de loi déposée le 13 mai 2003 au Sénat (lire
cet Editorial), avec la volonté affichée de fusionner les deux textes.
Madame Boisseau présentera l'ébauche du projet de loi gouvernemental
le 10 décembre au Conseil des Ministres. Elle devra ensuite répondre
devant la presse à cette question : partira ou partira pas ? Elle doit
cette réponse aux cinq millions de citoyens qui attendent impatiemment
la mise en oeuvre d'un véritable droit à compensation de leur handicap
en espérant autre chose qu'être victimes d'un choix de carrière politique.
Laurent Lejard, décembre
2003
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