|
En
décembre 2001, un conducteur âgé de plus de cinquante ans circule
en voiture avec son épouse sur l'autoroute lorsqu'un terrible
accident survient, mettant en cause quatre véhicules. Le conducteur,
éjecté de son véhicule, est gravement blessé (traumatisme crânien
grave) et son épouse décède quelques heures plus tard. Les quatre
compagnies d'assurances refusent d'indemniser le conducteur
victime de son dommage corporel, estimant à tort qu'il était
seul responsable de l'accident et qu'il ne peut donc prétendre
à aucune indemnisation.
C'est dans ces conditions que son représentant légal et sa famille
confient à l'avocat le soin de défendre ses intérêts. Après
lecture du procès-verbal de police et bien que les responsabilités
soient délicates à apprécier, l'avocat accepte de défendre les
intérêts de cette victime. Il décide de saisir immédiatement
le Tribunal de Grande Instance de Paris pour faire trancher,
dans un premier temps, la responsabilité de l'accident. Devant
ce Tribunal, les compagnies d'assurances contestent le droit
à indemnisation et estiment le conducteur entièrement responsable
de l'accident.
La lecture du procès-verbal de l'accident montre que les circonstances
de celui-ci étaient difficiles à apprécier : il y avait eu un
ralentissement, des freinages, des traversées des couloirs de
circulations du véhicule de la victime, des carambolages. Ainsi,
chacune des parties, dans ses conclusions, analysait les circonstances
de l'accident à son avantage. L'avocat du conducteur conclut
que son client n'était pas responsable de l'accident et qu'il
est en droit d'obtenir une réparation intégrale de son dommage
corporel.
L'affaire fut plaidée, et en octobre 2004, la 19e Chambre civile
du Tribunal de Grande Instance de Paris rendit un jugement déboutant
le conducteur de ses demandes, aux motifs qu'il avait commis
des fautes et qu'il était seul responsable de l'accident. Cependant,
le Tribunal condamna la propre compagnie d'assurances du conducteur
à lui verser une provision de 10.000€ au titre de sa garantie
assurance conducteur.
L'avocat du conducteur conseilla vivement à son client de faire
appel de cette décision, qu'il estimait non fondée. Il pensait
en effet que pour le moins, le partage des responsabilités devait
être retenu. Son client accepta. Les échanges de conclusions
furent également nombreux devant la 17e Chambre de la Cour d'Appel
de Paris. Là encore, les quatre compagnies d'assurances et leurs
clients demandèrent à ce que le jugement du Tribunal de Grande
Instance soit confirmé, tandis que l'avocat du conducteur demandait
l'infirmation de cette décision. En janvier 2006, un premier
arrêt confirma partiellement le jugement querellé et considéra
que le conducteur était responsable de l'accident à hauteur
de la moitié. Il y eut donc un partage de moitié des responsabilités.
La Cour alloua une provision complémentaire de 15.000€ et ordonna
une expertise médicale avec mission d'évaluer le préjudice corporel
de la victime.
Ainsi l'expertise judiciaire allait-elle commencer, avec la
certitude pour la victime d'obtenir la moitié de son indemnisation,
ce qui était pour elle très important, puisque jusqu'alors on
lui avait tout refusé. L'avocat a donc mis en place pour son
client l'assistance d'un médecin-conseil spécialisé en matière
de traumatisme crânien, qui reconstitua l'entier dossier, dressa
un rapport à l'attention de l'expert judiciaire. L'expert judiciaire
s'adjoint un sapiteur (expert) neurologue, qui sait apprécier
une personne traumatisée crânien. L'avocat également présent
à ce stade de la procédure, assista son client durant l'expertise
judiciaire et intervint tout particulièrement sur l'évaluation
de la tierce personne. En septembre 2005, les experts déposèrent
leur rapport. Ils retenaient notamment une consolidation à l'age
de 56 ans, un taux d'IPP de 78 %, et 14 heures par jour de tierce
personne.
L'affaire revint donc devant 17e Chambre de la Cour d'Appel
de Paris. Les parties échangèrent à nouveau des conclusions,
mais cette fois-ci uniquement sur le montant des indemnisations.
Les désaccords entre les parties étaient importants, notamment
sur le barème de capitalisation, le montant des postes d'indemnisation,
le préjudice professionnel, le règlement des indemnités en capital
ou en rente, etc. Toutes les demandes présentées par l'avocat
du conducteur furent contestées par les compagnies d'assurances.
La 17e Chambre de la Cour d'Appel de Paris, par arrêt du 10
décembre 2007, donna en grande partie gain de cause au conducteur
victime et lui alloua une somme en capital de plus de 960.000€,
ainsi qu'une rente annuelle de 31.700€ au titre de la tierce
personne, et le remboursement des frais de procédure.
Cette affaire se termine donc bien. La victime et sa famille
ont eu raison de croire en la justice. Malgré le partage de
responsabilité et l'âge de la victime, qui était préretraitée,
les indemnités obtenues sont très satisfaisantes et vont lui
permettre, enfin, de vivre décemment. Cette famille a été très
unie tout le long de cette procédure pour assurer, notamment,
la mise en place de la tierce personne de la victime. Une fois
encore, la confiance qui lie l'avocat à son client a permis
de mener à bien cette procédure, qui fut longue mais satisfaisante.
Catherine Meimon
Nisenbaum, avocate au Barreau, janvier 2009.
|