|
En octobre
1999, un homme âgé de 37 ans a été victime d'un grave
accident de la circulation qui l'a rendu tétraplégique. Sa responsabilité
en qualité de conducteur n'étant pas en cause, le Tribunal Correctionnel
de Pontoise, en février 2002, condamnait la partie adverse à 10 mois
de suspension de permis de conduire pour le délit de blessures involontaires.
En août 2002, la victime
décidait de changer d'avocat. Compte tenu des éléments du dossier, ce
nouvel avocat lui conseillait de saisir la justice pour obtenir la réparation
de son dommage corporel et d'être en cela assisté par un médecin-conseil.
Dès lors commençait une longue bataille judiciaire qui allait
générer de nombreuses conclusions, expertises, audiences de plaidoiries
et notes en délibéré, pour finalement donner gain de cause à la victime
par deux arrêts rendus en janvier et juin 2007 par la Cour d'Appel de
Versailles.
Par jugement de novembre 2002, le Tribunal Correctionnel de Pontoise
désignait, à la demande de la victime, deux experts judiciaires : l'un
médical, l'autre technicien, pour l'évaluation du logement adapté, du
véhicule adapté, et des aides techniques nécessaires. Lors des opérations
d'expertise rapidement diligentées, la victime était assistée de son
médecin-conseil et de son avocat. Deux rapports furent déposés, en mars
et en novembre 2003.
L'affaire revint devant le Tribunal Correctionnel de Pontoise en liquidation
de dommages, mais un différend empêcha celle-ci, car la compagnie d'assurances
et son assuré estimaient que la mission des experts judiciaires devait
être complétée. Par jugement de mars 2004, le Tribunal décidait donc
de compléter ladite mission et d'allouer en outre à la victime une provision
complémentaire de 400.000€.
La compagnie d'assurances et son assuré interjetèrent appel de ce jugement
devant le Premier Président de la Cour d'Appel de Versailles, pour faire
opposition à l'exécution provisoire. Par ordonnance de référé de juin
2004, le Premier Président se déclarait incompétent et rejetait la demande.
La compagnie d'assurances et son assuré, contestant essentiellement
le montant de la provision, interjetèrent alors appel du même jugement
devant la Cour d'Appel de Versailles. Un arrêt d'octobre 2005 de la
Cour d'Appel de Versailles débouta les parties adverses de toutes leurs
demandes.
Entre-temps, les opérations d'expertise complémentaire avaient eu lieu,
la victime étant à nouveau assistée par son médecin-conseil et par son
avocat. Un nouveau rapport fut déposé en février 2005. Après de nombreux
échanges de conclusions, l'affaire revenait pour plaidoiries devant
le Tribunal Correctionnel de Pontoise en novembre 2005. Les plaidoiries
furent particulièrement longues, compte tenu du différend existant entre
les parties sur la quasi-totalité des demandes. En janvier 2006, un
jugement donnait gain de cause à la victime, avec exécution provisoire
des condamnations à concurrence des deux tiers.
La compagnie d'assurances et son assuré interjetèrent à nouveau appel
du jugement devant la Cour d'Appel de Versailles, et de très nombreuses
conclusions furent échangées entre les avocats des parties. L'affaire
fut plaidée devant la Cour en septembre 2006, et l'arrêt prononcé en
janvier 2007 confirmait la majeure partie du jugement contesté. Un arrêt
rectificatif intervenait en juin 2007 pour erreur matérielle. En fin
de compte, la victime obtint un capital de 967.000€, auquel s'ajoutaient
des rentes viagères pour un montant annuel de 120.000€.
Il est certain que ce contentieux judiciaire a bénéficié à la victime.
A titre d'exemple, elle a obtenu pour le préjudice professionnel la
somme de 425.000 €, alors que la partie adverse lui proposait 292.000
€. Quant à la tierce personne, elle a été évaluée par la Cour sur la
base de 14€ de l'heure pour l'aide active et de 11€ de l'heure pour
l'aide passive, soit 266€ par jour, ce qui est une excellente évaluation
pour la juridiction versaillaise, d'autant que la partie adverse proposait
pour la tierce personne la somme de 148€ par jour. Il est certain que
pour une personne atteinte d'une tétraplégie, la tierce personne est
vitale. Il convenait donc de défendre sans concessions ce chef de préjudice.
Ce procès a été long et difficile, mais la victime peut aujourd'hui
continuer de vivre dignement et en toute sécurité dans sa maison adaptée.
Ce procès n'a été possible qu'en raison de la confiance, ô combien renouvelée
eu égard au nombre important de procédures, qu'a toujours eue la victime
envers son avocat. Aussi celui-ci a-t-il remercié la victime qui, en
parfaite connaissance de cause, a suivi son procès sans jamais lui faire
le reproche de sa longueur, qu'elle a parfaitement comprise et admise.
Leurs échanges ont toujours été d'une excellente qualité sur le plan
humain. Et tout est bien ainsi : le procès est terminé, et la vie se
poursuit...
Catherine Meimon Nisenbaum,
avocate au Barreau, mars 2008.
 |
Catherine
Meimon Nisenbaum,
avocate au Barreau de Paris |
|