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Dans
l'affaire qui suit, le Tribunal de Grande Instance de Bobigny
(Seine Saint-Denis) a rendu, le 11 janvier 2007, une décision
remarquable constituant probablement une première nationale
en accordant finalement à la victime une tierce-personne
24 heures sur 24 à un taux horaire de 17€. Un dénouement
très positif pour un traumatisé crânien précédemment menacé
d'une lourde peine de prison, à la suite d'une agression
imputable à l'absence d'indemnisation...
En octobre 2001, un accident de la circulation provoquait
un grave traumatisme crânien à un homme âgé de 47 ans. Eu
égard à sa situation de piéton, il avait un droit indiscutable
à réparation intégrale. Plusieurs années durant, son épouse
et également tutrice a dû se contenter, au titre de provision
allouée par la compagnie d'assurances, de la somme de 14.900€,
nettement insuffisante pour permettre la démarche de mise
en place d'un retour à domicile impliquant la prise en charge
d'une tierce personne salariée.
Ce n'est qu'en 2004 que ce dossier fut confié à un avocat,
qui a immédiatement engagé une procédure d'expertise judiciaire,
et obtenu une provision de 170.000€ permettant notamment
à cette famille d'embaucher une tierce personne à son domicile.
A la demande de la victime, le Président du Tribunal de
Grande Instance de Bobigny désignait un expert neurologue,
qui déposait son rapport en mai 2005. Il concluait sur la
gravité du traumatisme crânien et retenait notamment un
taux d'incapacité de 80% impliquant l'intervention d'une
tierce personne 24 heures sur 24, selon la répartition suivante
: 3 heures actives non médicalisées, 13 heures au titre
de l'aide incitationnelle - sorties, surveillance - et 8
heures de présence sous le toit. La victime, représentée
par sa tutrice, saisissait alors le Tribunal de Grande Instance
de Bobigny à l'effet de solliciter la réparation intégrale
de son dommage. Plusieurs échanges de conclusions eurent
lieu entre son avocat et celui de la compagnie d'assurances.
Après deux années de procédure, un jugement exceptionnel
fut rendu en janvier 2007, jugement aujourd'hui définitif.
Le Tribunal, devant la gravité du dommage, reçut la quasi-totalité
des prétentions de la victime et évalua la réparation totale
de son préjudice corporel à une somme de plus de 3 millions
d'euros, ce qui est inhabituel compte tenu, notamment, de
l'âge de la victime : plus de 50 ans à la date de la consolidation.
Le Tribunal allouait à la victime des indemnités horaires
très élevées au titre de la tierce personne : 17€ pour l'heure
active, 15€ pour l'heure d'incitation et 11€ pour la présence
sous le toit. Cette allocation, nettement supérieure à la
jurisprudence, était une première dans le ressort
de la Cour d'Appel de Paris.
Nonobstant cette décision très favorable à son client, l'avocat
lui conseillait alors d'interjeter appel, au motif que le
Tribunal avait omis le règlement d'une somme de 275.550€
au titre des arrérages de la tierce personne. Ce qui fut
fait. Mais l'avocat, conscient de l'intérêt du jugement
pour son client, tenta aussi de trouver un terrain d'entente
avec la compagnie d'assurances. C'est ainsi qu'une transaction
fut conclue, qui allouait en sus à son client la somme de
275.750€. Le montant définitif de l'indemnisation du préjudice
corporel était donc de 3.562.456€, comprenant d'une
part une somme en capital de 1.145.900€, et d'autre part
une rente annuelle de 33.400€ correspondant à une somme
capitalisée de 2.416.556€ . On était donc bien loin
des 14.900€ réglés par la compagnie d'assurances au titre
de première provision !
Cette insuffisance de provision peut d'ailleurs être la
cause indirecte d'une poursuite pénale à l'encontre de la
victime devant le Tribunal correctionnel de Bobigny. En
effet, les traumatisés crâniens, surtout lorsqu'ils sont
frontaux, sont souvent agressifs. Ce constat nécessite avec
davantage d'évidence encore le recours à une tierce personne.
Or en l'espèce, faute de provision suffisante, l'épouse,
dans l'incapacité financière d'un recours à cette nécessaire
tierce personne, était de surcroît dans l'obligation de
travailler, tandis que les enfants faisaient leur possible
avec leur mère pour assurer, dans des conditions nettement
défavorables et insuffisantes, la surveillance de leur père.
C'est dans ce contexte que la victime, faute de cette nécessaire
surveillance, donna des coups à un tiers. Le Tribunal Correctionnel
de Bobigny, par un jugement de mai 2005, condamnait très
sévèrement l'agresseur (personne handicapée) à 10 mois d'emprisonnement
avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve. Sur les conseils
de son avocat, la victime interjetait appel, et en novembre
2006, la 11e Chambre de la Cour d'Appel de Paris ramenait
la peine à une simple amende de 1.000 € assortie du sursis.
Ainsi, tant la juridiction pénale que la juridiction civile
ont tenu compte du grave handicap de la victime, de ses
besoins, et d'une juste et entière réparation de ses dommages.
Aujourd'hui, cette famille est sur le point d'acquérir un
pavillon, ce qui permettra à la victime d'avoir une vie
plus confortable, tout en assurant sa sécurité. L'avocat,
quant à lui, envers lequel il n'avait jamais montré la moindre
agressivité, lui souhaita la meilleure vie possible, et
remercia son épouse et leurs filles pour cette confiance
accordée, qui avait permis une réussite en commun de ces
deux procédures L'avocat reste néanmoins choqué par les
10 jours de détention provisoire en maison d'arrêt qu'a
dû subir son client, par décision du Tribunal correctionnel
de Bobigny. Certes, celui-ci a été violent, mais du fait
de son handicap, et non par délinquance ! Et sa famille
a été, à juste raison, meurtrie par les effets de ce manque
de discernement...
Catherine
Meimon Nisembaum, avocate au Barreau, octobre 2007.
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