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Toutes les
affaires qui ont trait à la réparation du préjudice corporel d'une
personne handicapée sont riches en relations humaines, car au-delà
du droit, se crée une complicité entre l'avocat et son client. En
effet, lorsque le dommage est important, ces procès sont longs puisqu'il
faut d'abord attendre la consolidation pour saisir la justice ou même
transiger avec la partie adverse. Pendant ce temps, l'avocat connaît
de mieux en mieux son client et sa famille, discute avec eux, connaît
leurs craintes, leurs espoirs, et approfondit avec eux leurs projets.
Il existe donc des liens particuliers entre le client et l'avocat,
plus ou moins forts selon les affinités.
Le présent procès fait partie de ces rencontres étonnantes. Il s'agit
de l'histoire tragique d'un accident de la circulation survenu en
janvier 1997 et lors duquel un jeune motard, que nous appellerons
M.X, est devenu tétraplégique. Aux dires du jeune homme, personne
n'entendait le défendre. Quant à la compagnie d'assurances, elle lui
refusait toute indemnité au motif qu'elle le considérait fautif et
seul responsable de l'accident. L'entretien entre l'avocat et son
client fut essentiel. Le client était un jeune homme avenant, dynamique
et intelligent, qui avait besoin impérativement d'obtenir réparation
de son entier dommage en raison de la gravité de son handicap et des
besoins financiers qu'il engendrait. L'avocat lui promettait d'examiner
le procès-verbal de police et de revenir vers lui. Effectivement,
à la lecture de ce document, la responsabilité de M.X pouvait être
recherchée. Il avait doublé un véhicule, s'était déporté et avait
chuté de son engin, percutant un véhicule se trouvant à l'arrêt sur
la voie de circulation opposée.
L'avocat était donc en présence d'une affaire délicate mais acceptait
cependant la défense des intérêts de M.X, en lui précisant que son
procès serait long, difficile, mais qu'il pensait obtenir satisfaction.
M.X estimait, pour sa part, que cet avocat était son seul espoir.
L'avocat tentait de saisir, en 1998, le Tribunal de Grande Instance
de Paris, d'une instance en indemnisation qui aboutit à un jugement
d'incompétence. L'affaire était donc renvoyée devant le Tribunal de
Grande Instance de Valence qui, en septembre 2000, déboutait M.X au
motif qu'en sa qualité de conducteur il avait commis des fautes et
était l'unique responsable de l'accident de la circulation au cours
duquel il avait été grièvement blessé. M.X interjetait
appel du jugement, devant la Cour d'Appel de Grenoble, laquelle infirmait,
par un premier arrêt rendu en février 2001, la décision du Tribunal
de Grande Instance de Valence. La Cour jugeait donc la partie adverse
entièrement responsable de l'accident. Une provision fut allouée à
M.X et une expertise médicale judiciaire fut ordonnée.
Le propriétaire du véhicule à l'arrêt et sa compagnie d'assurances
ont été condamnés par la Cour d'Appel de Grenoble à régler l'entier
dommage de M.X. N'acceptant pas cette décision, ils se sont pourvus
devant la Cour de Cassation, laquelle, en juin 2003, rejetait le pourvoi
et confirmait l'arrêt de la Cour d'Appel de Grenoble. Ainsi, la responsabilité
de la partie adverse était définitivement établie, et le droit à réparation
intégrale du préjudice de M.X, reconnu.
Entre temps, l'expertise judiciaire avait eu lieu, le client était
assisté de son avocat. Un premier rapport d'expertise judiciaire de
mai 2001, évaluait notamment les besoins en tierce personne à 6 heures
par jour, ainsi qu'une aide ménagère de 8 heures par semaine. Devant
la Cour d'Appel de Grenoble, par voie de conclusions, M.X contestait
l'évaluation de la tierce personne, arguant de l'aggravation de son
dommage corporel. Après échange de conclusions, l'affaire était de
nouveau plaidée et mise en délibéré.
Un deuxième arrêt de la Cour d'Appel de Grenoble était rendu en mai
2004, allouant une provision à M.X et désignant à nouveau l'expert
judiciaire pour l'évaluation de la tierce personne. En septembre 2004,
une deuxième expertise judiciaire se déroulait, le client était une
nouvelle fois assisté de son avocat. L'Expert Judiciaire concluait
cette fois-ci à une tierce personne de 24h/24, soit 12 heures actives
et 12 heures passives; résultat satisfaisant. A la date de la consolidation,
le client avait 26 ans.
Le client, pour ne pas retarder la procédure, faisait appel à un expert
architecte spécialisé en accessibilité qui, après étude, lui remettait
un rapport personnalisé, très documenté, sur ses besoins en aides
techniques, en adaptation d'un logement et d'un véhicule automobile.
Les parties concluaient à nouveau devant la Cour d'Appel de Grenoble.
L'affaire fut à nouveau plaidée et par arrêt rendu en mai 2005, M.X,
après 7 années de procédures, obtenait la condamnation de la partie
adverse au paiement d'une indemnité en capital de 2.400.000€ et d'une
rente annuelle de 96.000€ représentant un capital de 1.300.000€, soit
au total plus de 3.700.000€. Cette décision est définitive.
Quelle ne fut pas la joie du jeune homme qui, après avoir attendu
toutes ces années en faisant confiance à son avocat, a pu obtenir
de la Justice une pleine et entière indemnisation ! Quant à l'avocat,
heureux d'avoir obtenu gain de cause et d'avoir été jusqu'au bout
de ce contentieux, il remercia son client de sa confiance témoignée
durant toutes ces années. Durant cette longue procédure, se sont tissés
des liens qui ne pourront plus s'effacer.
Moralité, même si le chemin est long, il faut toujours garder l'espoir.
L'avocat soutenant moralement son client, et le client par sa confiance,
encourageant l'avocat à persévérer dans ses efforts. Il n'est pas
inutile de rappeler aussi l'article 3 du décret du 12 juillet 2005
relatif aux règles de déontologie de la profession d'avocat qui stipule
que l'avocat "fait preuve à l'égard de ses clients, de compétence,
de dévouement, de diligence et de prudence"...
Catherine Meimon
Nisembaum, avocate au Barreau, septembre 2005.
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Catherine
Meimon Nisembaum,
avocate au Barreau de Paris |
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