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Réunies
le 11 janvier 2003, les associations signataires
de l'Initiative populaire "Droits
égaux pour les personnes handicapées"
ont décidé à l'unanimité d'aller jusqu'au
bout de leur logique : ce sont les citoyens
suisses qui décideront de l'avenir des 700.000
personnes handicapées du pays. Les associations
ont été déçues par les propositions du gouvernement
fédéral (Conseil Fédéral) qui a proposé aux
assemblées parlementaires (Conseil National
et Conseil des Etats) de débattre d'une loi
jugée nettement insuffisante. L'enjeu est
de taille, et les Français pourraient en prendre
exemple : il s'agit rien de moins que d'inscrire
dans la Constitution Helvétique l'égalité
de traitement des personnes handicapées en
ajoutant cet article : "La loi pourvoit à
l'égalité de droit pour les personnes handicapées.
Elle prévoit des mesures en vue de l'élimination
et de la correction des inégalités existantes.
L'accès aux constructions et aux installations
ou le recours à des équipements et à des prestations
destinés au public sont garantis dans la mesure
où ils sont économiquement supportables".
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L'Initiative
a été lancée le 14 juin 1999 par un
groupe d'associations et de personnalités.
Elles ont recueilli en quelques mois
120.455 signatures, ce qui obligeait
le gouvernement à agir. Il a mis en
débat une loi (Lhand) contenant notamment
des dispositions de mise en accessibilité
limitée aux immeubles neufs ou rénovés
ainsi qu'aux transports publics avec
période d'adaptation de 20 ans; pour
ces derniers, la Confédération consacrerait
chaque année 15 millions de francs suisses
(10,23 millions d'euros) aux aménagements.
La Lhand institue aussi un droit de
recours aux tribunaux pour faire supprimer
une inaccessibilité ou condamner une
discrimination du fait du handicap.
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Le comité de l'Initiative populaire a fortement
réagi, considérant que la Lhand était nettement
insuffisante. Le DOK, Conférence des organisations
faîtières de l'aide privée aux handicapés
qui regroupe une vingtaine de grandes associations
nationales, a mené un travail de persuasion
des parlementaires afin qu'ils amendent le
projet de loi. Le patronat et les professionnels
du tourisme, regroupés dans le lobby Economie
Suisse, font la même chose mais en sens inverse,
prétextant le coût élevé des aménagements.
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L'association
Agile,
pour sa part, estime que la votation
entraînera un débat public sur les conditions
de vie et le rôle social des personnes
handicapées: débattre sera forcément
positif. Un sondage confidentiel effectué
en juillet 2002 montre que près de 70%
des Suisses approuvent une amélioration
des conditions de vie des personnes
handicapées, mais ils sont une petite
majorité (52%) à accepter l'inscription
de l'égalité de traitement dans la Constitution.
Le vote sera certainement serré.
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La
vie politique suisse est très marquée
par la recherche du consensus. C'est
ainsi que le gouvernement est composé
de Conseillers représentant les principaux
partis: deux pour le Parti Socialiste
(gauche), les Radicaux (centre gauche),
le Parti Démocrate- Chrétien (centre
droit), un pour l'Union du Centre (droite
dure, ex Parti Agrarien) qui est pourtant
le premier en nombre d'électeurs. Les
partis politiques suisses ont dû prendre
position sur l'Initiative. Alors que
le PS la soutient, les partis centristes
la rejettent mais nombre de leurs parlementaires
approuvent l'Initiative. Seule l'UDC
fait bloc contre. Au Conseil National,
cela s'est traduit par un rejet de l'Initiative
par 107 voix contre 70. La Lhand a été
adoptée à l'unanimité au Conseil des
Etats (représentation des Cantons) et
une seule voix contre au Conseil National
(équivalent de notre Assemblée Nationale).
Le combat politique et juridique pour
l'égalité de traitement a conduit des
personnes dont les handicaps nécessitent
des prises en charge parfois contradictoires
à s'entendre et à travailler ensemble.
Il a soudé le milieu associatif et place
les citoyens suisses au coeur de la
réflexion sur le rôle des personnes
handicapées: à part ou ensemble dans
la société, une question qui est également
cruciale pour nous autres, Français...
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Les Actes officiels concernant les débats
parlementaires et les décisions du
Gouvernement sont disponibles sur le site
du Conseil
Fédéral (rubrique Egalité de traitement
pour les handicapés).
Laurent
Lejard, janvier 2003
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