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"Il ne fait
pas bon vivre dans l'Yonne lorsque l'on est une jeune femme handicapée
mentale". Depuis un mois, plusieurs affaires, gravitant autour de
la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales et d'établissements
gérés par le Comité départemental de l'Association Pour Adultes et Jeunes
Handicapés (APAJH) ont été mises à jour. Même si aujourd'hui, en l'état
actuel des enquêtes, l'APAJH 89 ne peut être mise en cause sur l'aspect
criminel de ces affaires, d'importants dysfonctionnements sont avérés
et jettent le discrédit sur un comité départemental de l'une des trois
principales associations de personnes handicapées en France. A tel point
que la Fédération APAJH a décidé le 12 janvier dernier la radiation
du comité départemental de l'Yonne, approuvée unanimement par les présidents
des comités ou associations départementales trois jours plus tard, tandis
que le préfet de l'Yonne suspendait Nicole Charrier de ses fonctions
de directrice du foyer Soleil.
En 1989, une autre affaire de nature sexuelle
fait plus de bruit. C'est au tour de Pierre Charrier, secrétaire
général de l'APAJH 89 qui lors du recrutement d'Émile Louis dirigeait
huit établissements DDASS, de s'adonner à des attouchements sexuels
avec violence sur l'une des jeunes pensionnaires d'un foyer, et en présence
d'un jeune garçon. Après avoir risqué les assises, il est finalement
condamné en correctionnelle le 18 mai 1992 à six ans de prison. Cheville
ouvrière de l'APAJH durant plus de vingt ans, il a monté tous les foyers
pour handicapés d'Auxerre, ce qui pour de nombreuses personnes de son
entourage le place "au- dessus de tout soupçon" (sic). Son épouse, Nicole
Charrier, qui dirige déjà à l'époque le foyer Soleil ne se rendra pas
compte des pleurs continuels et de l'état critique de la jeune Nathalie.
C'est finalement une employée, prévenue par le garçon, qui alertera
le procureur.
La période trouble de l'après radiation. Depuis
le 12 janvier 2001, date de la décision de radiation du comité départemental
avec effet immédiat, la situation dans l'Yonne est particulièrement
trouble. Les personnels qui, dans un premier temps, ont été menacés
de mesures de rétortion en cas de fuites d'informations, ont organisé
une conférence de presse et ont pris position, pour la plupart, contre
le conseil d'administration du comité départemental. Nicole Charrier,
suspendue par le préfet, est officiellement en arrêt maladie. Trois
enquêtes sont simultanément en cours : l'une judiciaire concerne les
dysfonctionnements du tribunal d'Auxerre constatés durant ces vingt
années, la seconde, administrative, sur les dysfonctionnements de la
DDASS; la dernière est un nouveau rapport de l'IGAS dont les conclusions
devraient être remises d'ici à fin février. Dans toute cette tourmente,
un vieux monsieur de 73 ans tente de lutter avec ses dernières armes.
Son nom : Georges Decuyper. Fonction : ex-directeur de l'IME de Grattery,
à la retraite depuis 1988, et aujourd'hui président bénévole de l'APJH
89. Signe particulier : on le dit très proche de Nicole Charrier qu'il
aurait placée à la direction du foyer Soleil et qu'il protégerait envers
et contre tous. Georges Decuyper s'indigne du traitement réservé à l'APAJH
89 et dénonce l'amalgame commis entre les différentes affaires citées
ci-avant. C'est lui qui a interdit à son personnel et à Nicole Charrier
de s'exprimer, ne comprenant pas pourquoi cette dernière a été suspendue
de ses fonctions avant la fin de l'enquête. "Il y a aujourd'hui des
règlements de comptes qui, passé un certain niveau d'indécence, donneront
lieu à des poursuites judiciaires", s'est- il contenté de déclarer,
avant de conclure : "l'enquête administrative, dont j'attends beaucoup,
fera la preuve que l'association n'a pas commis de fautes depuis vingt
ans". ![]()
Réseau, complot, ou dysfonctionnements à gogo ? La thèse d'un complot
ou d'un réseau régional (ou du moins départemental) mettant en scène
plusieurs notables locaux, étayée par l'indifférence coupable du tribunal
d'Auxerre pourtant alerté à plusieurs reprises, mais aussi plus récemment
par la découverte de photos de certaines disparues sur un cédérom pédophile
néerlandais, a été avancée par certains. Et d'argumenter : pourquoi
tant d'indifférence, si peu d'alertes, d'inquiétude, dans toutes les
antennes locales des administrations et des services publics, aussi
bien judiciaires que sociaux, municipaux que préfectoraux ? Difficile
de penser qu'il n'y a pas eu à Auxerre une conspiration du silence,
une chape de non- dits, des complicités implicites ou explicites parce
que le sort effroyable de quelques jeunes filles, pauvres et handicapées,
comptait moins que la réputation locale de tel ou telle. "Pour comprendre
cette situation, il faut se replonger dans ce que pouvait être il y
a vingt ans, et continue parfois d'être, le contexte et le peu d'attention
portée par notre société sur des jeunes de la DDASS, de surcroît handicapés",
intervient Hubert Besson, journaliste à l'Yonne Républicaine qui suit
ces affaires depuis trois ans. "Pour ma part, je ne crois pas au complot
de notables régionaux, aucun élément fiable ne permet aujourd'hui de
parler de l'existence d'un réseau, et je ne pense pas que l'APAJH 89
ait une quelconque responsabilité au niveau criminel dans l'affaire
des disparues ; par contre, force est de constater de nombreux dysfonctionnements,
des négligences, des choses pas nettes, souvent à connotation sexuelle,
et des personnes pas à leur place. Mais il convient de bien distinguer
l'affaire des disparues des conséquences de cette affaire : l'enquête
administrative et tous les faits révélés par la suite". Point de vue
corroboré par Pierre Monnoir. |