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Sophie Froger
réside à Bourges (Cher); elle exerçait au Barreau au sein d'un cabinet
d'avocats pour lequel elle traitait essentiellement des affaires civiles,
de droit des familles. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve brusquement sans
jambes ni vision, emportés par une brutale poussée de sclérose en plaques.
Un diagnostic qu'elle a arraché à des médecins qui n'osaient pas l'annoncer.
Lentement, elle a récupéré la marche et la vue, mais d'autres poussées,
aussi imprévisibles que la première, lui ont fait comprendre qu'elle
ne pourrait plus travailler au service de ses clients, ne pouvant leur
assurer une défense fiable du fait de sa maladie. Son âge (43 ans en
2000) ne lui ouvrait guère de possibilités de reclassement salarié,
en tant que conseillère juridique par exemple : quelle entreprise
aurait embauché une femme que la maladie pouvait terrasser sans prévenir
?
Sophie Froger
s'est également occupée de son foyer, sans guère de soutien, tout juste
quelques heures hebdomadaires d'aide à domicile. Mais elle ne se plaint
pas de l'évolution de son train de vie : sportive, elle vivait confortablement,
avait une employée de maison. "Ma vie quotidienne n'est rien par rapport
à celles des autres. Par mon travail, je me suis constitué un patrimoine
qui m'a permis de reconstruire une vie décente". Elle prend soin de
sa fille, son fils a quitté le foyer familial, il poursuit des études
de Droit. "Au début, il s'est inquiété du caractère mortel de ma maladie.
Je lui ai expliqué, ainsi qu'à sa petite soeur, ils ont compris. Mais
ils ont trinqué quand même, côté stress... Mon fils assume parfaitement
ma maladie, et il vit au contact de jeunes handicapés. Il fait du tennis
de table avec des handisportifs, assiste à des matches de basket fauteuil
roulant. Je pense que, quelque part, il continuera mon travail d'accompagnement;
il souhaite intégrer l'école des cadres de santé". D'ici là, Sophie
Froger aura encore dispensé beaucoup d'aide et de réconfort autour d'elle,
et elle a beaucoup à donner. |