Chronique citoyenne
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  Des déficients intellectuels font voter !
  Une dizaine d'établissements pour personnes handicapées mentales organisent une action d'appropriation de leur citoyenneté par les usagers, qui vont ensuite rencontrer des lycéens pour leur expliquer le sens du vote.

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             L'action citoyenne organisée depuis trois ans dans les Hauts-de-Seine par une dizaine d'établissements d'accueil ou de travail pour personnes handicapées mentales fait presque figure d'Ovni dans le paysage politique français, marqué par une profonde perte de confiance des citoyens. Parmi ces établissements pionniers, le Centre d'Initiation au Travail et aux Loisirs (CITL) de Vanves a organisé, le 29 février dernier, l'élection du président des usagers de ce centre d'accueil de jour. Une action structurée d'apprentissage et d'appropriation de la citoyenneté, qui découle d'un processus enclenché depuis trois ans : les établissements organisent des ateliers au fil de l'année, les participants se rassemblent au printemps lors d'un séminaire de restitution des travaux réalisés, la Journée citoyenne.

La première année, les usagers ont travaillé sur le développement durable, et en 2011 sur la charte d'établissement, pour l'expliquer et en simplifier le contenu de façon ludique. En 2012, année électorale cumulant présidentielles et législatives, c'est naturellement le vote qui est au coeur des travaux. "Il s'agit de faire comprendre l'intérêt de voter, expliquer ce qu'est un programme électoral, un candidat, comment se passe l'élection sur une liste, etc., explique Mouhannad Al Audat, directeur du CITL de Vanves. Sans entrer dans les considérations politiques. Lors de la dernière réunion de travail, 35 usagers ont planché sur les quatre conditions pour être candidat, la plupart s'en sont rappelés."

 

 

Élire un président.

L'apprentissage du vote s'effectue par la pratique. Chaque établissement doit élire un président sur un programme qu'il a élaboré, et que l'ensemble des personnes accueillies et des personnels va essayer de mettre en oeuvre. "On explique aux électeurs qu'on peut mentir, poursuit Mouhannad Al Audat, ou promettre des choses que l'on ne pourra pas faire, on analyse la promesse. L'objectif n'est pas de choisir parmi les candidats aux élections, mais de faire percevoir les enjeux aux usagers pour qu'ils poursuivent le dialogue en famille." Compte-tenu de l'illettrisme de certains usagers, des établissements ont élaboré les programmes des candidats en pictogrammes. "On veut que les usagers comprennent quand ils lisent le journal, reprend Mouhannad Al Audat; qu'ils voient le monde et communiquent."

Au CITL de Vanves, ils réalisent également des vidéos, comme celle qui présente la citoyenneté telle qu'elle résulte de la révolution de 1789 : les adultes handicapés mentaux ont eux-mêmes filmé et commenté, au château de Versailles, à la Bastille, ont visité l'Assemblée Nationale, le Parlement européen de Strasbourg pour découvrir les lieux dans lesquels s'élaborent les lois, sont allés à la mairie, etc. Ils ont transformé le CITL en "musée citoyen", avec guichet d'inscription sur la liste électorale, réalisation de panneaux pédagogiques, de photographies, pour que les plus "dégourdis" transmettent aux autres, dans leur langage, précise Mouhannad Al Audat.

"On a procédé ce mercredi matin à l'élection du président du CITL, commente Dalila Perez, éducatrice. On dépouillera et le résultat sera proclamé." "Sur les huit participants du groupe de travail, ajoute l'éducateur Ludovic Roldez, trois femmes et trois hommes se sont portés candidats sur des programmes très diversifiés : organisation d'un voyage au Canada et aux USA, création d'ateliers bijoux ou sculpture, intensification du développement durable dans l'établissement, organisation de sorties et activités extérieures... Les usagers en ont parlé entre eux, comme ils voulaient, quand ils voulaient. On leur a proposé de se renseigner sur Internet pour développer leurs idées. Quand le candidat présentait son programme, c'était parfois sur ses propres envies, on a expliqué qu'il s'adressait aux autres."

 

 

Cette expérience a permis à Ludovic de dépoussiérer ses anciens cours d'éducation civique, et à Dalila de tirer l'enseignement suivant : "Cela m'a fait poser le regard sur la position de citoyen de la personne handicapée. Ce matin étaient alignées les six photographies des candidats, et on se demandait quel sens avait le geste de mettre l'une des photographies dans une enveloppe. Parce que c'est un copain, une image, un programme ? Mais on sentait le moment solennel de l'élection." "Je n'ai jamais pris le temps de lire le programme d'un candidat aux élections, répond Ludovic. Cette élection nous renvoie à notre degré d'implication, nous conduit à approfondir, remettre en question notre rôle de citoyen."

Et parce que beaucoup d'activités de cet établissement sont tournées vers l'extérieur, le film réalisé lors de l'élection du président du CITL sera prochainement montré à des lycéens en âge de voter, prélude à un échange citoyen avec ceux qui l'ont réalisé : "Ce sont des personnes que l'on ne voit pas habituellement voter, conclut Mouhannad Al Audat, qui vont dire d'aller voter, et que c'est important de voter."


Propos recueillis par Laurent Lejard, mars 2012.


Pour approfondir le sujet de l'expression citoyenne des personnes handicapées mentales, l'Unapei développe propositions et informations sur le site dédié 2012.unapei.org.

 



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