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  L'Île-de-France lui fait regretter Lyon !
  La blogueuse Baya Sebiane espérait trouver un nouveau souffle en acceptant un emploi à Paris mais sa vie est devenue un enfer alimenté par l'indifférence des élus face à son besoin de logement et de transports adaptés : récit.

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            On le sait bien : rien n'est fait en France pour faciliter la mobilité géographique des travailleurs, et pour ceux qui sont handicapés, aucune aide ni prise en compte de leurs besoins spécifiques n'existe; aux difficultés de tout un chacun s'ajoutent les délais administratifs imposés pour obtenir un logement social adapté ou être admis comme client par le service de transport adapté qui dessert le territoire. Cette expérience, Baya Sebiane, qui anime le blog Handicitoyens, la vit douloureusement depuis plus de quatre mois : résidant à Lyon, sans emploi pendant 18 mois, elle pensait retrouver le sens de "l'utilité sociale" en acceptant un poste de psychologue à Paris, dans un Centre de Rééducation Fonctionnelle géré par un groupe privé à but lucratif. Munie d'une promesse d'embauche, elle a assidument cherché un logement, pour constater rapidement qu'elle ne trouverait pas d'appartement compatible avec son handicap, découlant d'une ostéogénèse imparfaite (maladie des os de verre), et son futur salaire. C'est donc à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, qu'elle a trouvé un logement presque compatible : accessible, mais sans adaptation, et un loyer approchant les 900€ (les 2/3 de son salaire net) pour deux pièces dans une résidence neuve située à mi-chemin d'une longue rue pentue, gravie heureusement par son vieux fauteuil roulant électrique...

 

 

Mais côté transports accessibles, aucune ligne d'autobus à proximité : Châtillon est oubliée par la mise en accessibilité, et son artère principale actuellement éventrée par des travaux d'un tramway sur pneus. La seule solution restant à Baya était d'utiliser le service de transport spécialisé PAM 92... qui a refusé d'assurer les transports domicile-travail, invoquant la saturation. "Nous avons beaucoup de demandes de transport en heures de pointe, justifie Julien Durand, directeur de PAM 92. Nous rencontrons des difficultés à organiser et assurer des transports réguliers." Et de préciser que le service peut être assuré aux nouveaux clients certains jours et pas d'autres, ce qui est incompatible avec une activité professionnelle. Cette carence en transports domicile-travail n'est pas quantifiée, alors que Julien Durand affirme que le taux de refus de transport occasionnel est entre 2 et 2,5%.

  Image : Bahia Sebiane.

 

Dans le second département le plus riche de France, Baya ne peut que déplorer que le Conseil Général n'ait pas doté son service de transport adapté des personnes handicapées des moyens suffisants pour répondre à la demande des clients. "On est en train d'effectuer des démarches auprès du Conseil Général pour obtenir 4 à 5 véhicules et 7 ou 8 chauffeurs supplémentaires", assure le directeur de PAM 92. Baya peut donc espérer des transports "dans quelques temps", mais les portes d'un logement social ou intermédiaire lui sont fermement fermées : elle doit attendre un an pour que sa demande soit éventuellement étudiée, lui ont annoncé et réaffirmé les élus qu'elle a rencontrés à Paris comme dans les Hauts-de-Seine, sans autre droit que celui de prendre patience...

Des élus qui se sont bien gardés de préciser que le délai d'obtention d'un logement adapté était de plusieurs années après la première période de carence. "Je suis hallucinée de voir comment on est traité ! s'indigne Baya. J'ai échappé à l'arsenal de la loi de février 2005. Avant cette loi, c'était plus facile parce qu'il y avait de la bonne volonté pour compenser le handicap. Alors qu'aujourd'hui, le handicap n'est plus un critère d'attribution." Face à la pénurie de logement en Ile-de-France, particulièrement aiguë à Paris et dans les villes de la petite couronne, on ne peut que lui donner raison.

Que fera Baya ? Devant les difficultés de son quotidien et les répercussions qu'elles ont eues sur son activité professionnelle, son employeur a décidé de mettre fin à sa période d'essai au terme de quatre mois de travail. "En venant travailler à Paris, j'ai perdu mon autonomie, ma qualité de vie, je me suis accrochée !" Avec pour vivre une Allocation aux Adultes Handicapés et une Allocation Compensatrice Tierce-Personne, isolée au milieu de rien, et une vie sociale à reconstruire.


Laurent Lejard, avril 2012.

 



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