Point de vue
Accueil Mél News Espaces Vie pratique Tribus Emploi Archives de cette rubrique RSS
  Handicap et e-administration : quel avenir ?
  La mise en place d'une Administration électronique basée sur les logiciels libres et les normes d'accessibilité du W3C fait s'interroger sur ses orientations: pragmatiques ou idéologiques ?

Lecture de cette page par la synthèse vocale de ReadSpeaker.

Nous l'annoncions récemment à l'occasion de la publication du rapport de Pierre de la Coste "L'Hyper- République: bâtir l'administration en réseau autour du citoyen", l'Administration française doit entrer dans l'ère Internet. Les personnes handicapées sont a priori inclues dans le dispositif. Au nom de l'égalité de tous devant l'administration, Pierre de la Coste préconise que l'accessibilité de ses sites Internet soit garantie : "Cette question a été fixée comme une priorité par le Secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, Henri Plagnol. Je ne suis pas rentré dans les différentes modalités de l'accessibilité. Je demande que l'administration soit contrainte par la Loi, au moyen d'une obligation de résultats, à rendre ses sites Internet accessibles à tous. Les associations alors pourraient contraindre l'Administration à se mettre en conformité avec les normes, notamment celles du World Wide Web Consortium".

On peut constater un décalage visible entre les propos de Pierre de la Coste et le texte du rapport qu'il a déposé : il y est écrit qu'une "agence pour la e- administration correctement dotée pourra faciliter la mise en oeuvre de ces obligations en créant un 'squelette' de site unique pour tous les sites publics, conforme aux recommandations W3C, et dûment testés". En fait, Pierre de la Coste nous a précisé avoir pris les normes du World Wide Web Consortium "comme un exemple". Il reconnaît sa méconnaissance technique de la Web Accessibility Initiative (WAI) du W3C et précise qu'elle n'était pas l'objet de son rapport.

  Image : Pierre de la Coste.

Mais cette WAI a-t-elle été prise en compte pour ce qu'elle est ? Au World Wide Web Consortium, Judy Brewer, directrice de la WAI, nous précise l'esprit des normes qu'elle publie: "Le W3C est un organisme consultatif qui n'a pas d'autorité pour faire respecter les normes qu'il édicte".

Image : Judy Brewer.  

"La principale résistance provient des réalisateurs de sites (webdesigners)". On sait en effet que les documents très techniques publiés par le W3C sont difficilement utilisables et souvent uniquement disponibles en anglais. "Les évolutions positives [de l'accessibilité] constatées ces deux dernières années ont été réalisées à la demande des clients des webdesigners, poursuit Judy Brewer. Le W3C souhaite harmoniser la conception de l'accessibilité de l'Internet qui varie selon les fabricants de logiciels. L'essentiel pour nous est de trouver un consensus entre ces industriels, qui sont souvent à la traîne". Ce qui est assez éloigné de la conception d'une norme que certains perçoivent comme des Tables de la Loi et fait s'interroger sur le caractère idéologique de certaines dispositions proposées.

En effet, Pierre de la Coste situe son rapport dans la continuité de celui de Thierry Carcenac "Pour une administration électronique citoyenne" et propose également l'usage des logiciels libres: "Je préconise une sorte d'équilibre. Il y a de très forts arguments pour ne pas s'enfermer dans les logiciels propriétaires". Le spectre de la domination de Microsoft sur l'e-administration planerait- il, bien que la compagnie américaine ait annoncé sa volonté d'ouvrir le code source de ses produits aux gouvernements ? Pierre de la Coste précise : "Microsoft est susceptible d'avoir des évolutions qui sont à mon avis tactiques pour mieux pénétrer le marché de l'e-administration, qui est extrêmement rentable à ses yeux et à ceux d'autres opérateurs. Microsoft a bien senti qu'il y avait un mouvement de réaction contre son attitude et courrait le risque de se faire déborder par les logiciels libres. Ce mouvement positif doit être salué mais ne doit pas nous inciter à baisser les bras. J'attends encore des précisions sur ce que signifie ouvrir le code source. Il y a peut- être aussi un danger : que Microsoft inonde les administrations d'une telle masse d'informations qu'elles ne soient pas capables de les traiter et qu'elles aient besoin de cette société pour les aider à bien comprendre les codes source". Pierre de la Coste justifie également le recours aux logiciels libres, malgré les innombrables problèmes de compatibilité qu'ils posent, par le risque d'une "perte d'indépendance de l'administration française qui serait très préjudiciable à terme à notre indépendance tout court".

En 2003, c'est pourtant bien avec l'Internet Explorer de Microsoft que près de 90% des internautes vont sur le web, qu'ils utilisent un PC sous Windows ou un Mac. Tourner le dos à la technologie majoritaire, au- delà des considérations que l'on peut avoir sur le caractère supposé dominateur d'un industriel qui remplit normalement sa vocation - faire du profit - c'est prendre le risque de développer une e-administration qui ne soit pas pleinement accessible. Basée sur une norme d'accessibilité que peu de webdesigners maîtrisent et sur des logiciels qu'un nombre infime d'internautes utilisent, l'administration électronique risque d'être bien handicapée... et handicapante.


Jacques Vernes, février 2003




| ACCUEIL | MÉL | NEWS | ESPACES | VIE PRATIQUE | TRIBUS | NEWSLETTER | EMPLOI | ARCHIVES |


| ISSN 1777-5191 | Informations légales | Plan du site |

© Yanous! 2003. Reproduction et diffusion interdites sans autorisation.


Fin de page