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  L'Armée recrute des travailleurs handicapés !
  Pas de statut militaire mais une offre diversifiée d'emplois civils au ministère des Armées qui favorise le reclassement et le recrutement : explications.


 

          "Avec l'armée, chaque personne a la possibilité d'évoluer tout au long de sa vie professionnelle. La motivation et le mérite sont les seuls critères qui lui permettent d'accéder à de plus amples responsabilités" : une devise porteuse de sens pour toute personne en situation de handicap. Le ministère des Armées recrute des travailleurs handicapés et s'engage à les accompagner dans leur parcours. Tous les emplois civils sont ouverts aux travailleurs handicapés. Le statut de militaire n'est pas ouvert aux candidats handicapés; toutefois les militaires devenus handicapés peuvent à titre exceptionnel le conserver, tel le lieutenant-colonel Gaëtan de la Vergne, collaborateur du gouverneur des Invalides (Paris 7e). "On recrute en fonction des emplois vacants, explique Martine Ricard, déléguée nationale Handicap du ministère des Armées. Tous les postes sont éligibles aux candidats, qu'ils soient bénéficiaires ou pas de l'obligation d'emploi. Il faut envoyer une lettre de motivation et un Curriculum Vitae, je les retransmets à mes correspondants en province et en administration centrale. Les emplois à pourvoir figurent sur la Bourse interministérielle de l'emploi public. Tous les emplois du ministère sont recensés." Le recrutement de travailleurs handicapés utilise toutes les possibilités qui leur sont ouvertes, dont celle du contrat probatoire. Trois d'entre eux relatent leurs parcours et motivations.

Un reclassé reclasseur.

Âgé de 48, Denis Ducroc est conseiller en mobilité professionnelle au sein de l'administration centrale, et accompagne les agents de la fonction publique et les contractuels dans leur parcours de mobilité professionnelle (changement de région, reconversion...). Lui-même est issu d'une reconversion professionnelle; il s'était engagé sous contrat dans l'armée de l'air en 1990, où il a travaillé jusqu'à ce qu'une maladie chronique lui soit diagnostiquée huit ans plus tard : "Toutes les portes se sont fermées mais l'armée m'a permis de rester sous contrat jusqu'en 2015." Il a entrepris en 2003 de se reconvertir dans l'administratif, tout en gardant le statut militaire jusqu'en 2009, où il s'orienta vers les ressources humaines en basculant vers le statut de fonctionnaire. Sa fonction de conseiller en mobilité professionnelle l'amène à accompagner des agents handicapés au moment de leur recrutement ou de leur reconversion : "Mon bureau est voisin de celui de la référente handicap. Notre politique n'est pas de mettre le handicap en avant mais de le prendre en compte pour le compenser." Lui-même avait mal vécu la fin de sa carrière militaire, ce qui l'avait conduit à la dissimuler, pensant qu'elle serait un frein à son évolution de carrière. Avec le recul, il estime que c'était une erreur, même s'il se remémore que "le service de santé des armées m'a envoyé me faire voir à la Cotorep ! C'est un médecin militaire qui m'a permis d'avoir ma chance. Et j'étais un bon élément. Aujourd'hui, les dispositifs assurent une égalité de traitement des situations." Parmi les cas récents qu'il a traités, il cite une dame diabétique qui avait fait un arrêt cardiaque : " On l'a récupérée et on a mis en place tout ce qu'il fallait : accès en voiture, horaires réaménagés, chauffeur au besoin. Parce qu'il y a des gens qui s'investissent et qui sont proactifs".

 



 

Une acheteuse de formation.

Si elle se présente comme malvoyante, les 2/10e de vision de près qui restent à l'un des yeux de Nathalie de Saint Mars en feraient une aveugle légale au sens anglo-saxon du terme. Et bien qu'elle vive depuis 25 ans avec, cela n'a en rien entamé sa détermination à profiter de la vie par le travail : "Je viens d'avoir 50 ans. J'ai toujours travaillé, dans le privé, je refuse d'être poussée vers l'AAH [Allocation Adulte Handicapé]." Son dernier emploi fut au sein d'une association oeuvrant pour l'emploi des personnes handicapées dans l'industrie du médicament, où elle est restée quatre ans jusqu'à ce qu'une restructuration menace son poste. Elle a préféré partir avant, et a recherché activement un emploi mais pas dans le secteur privé. "Je voulais rentrer dans le secteur public pour ne plus revivre le licenciement. Grâce à la cellule emploi de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), j'ai postulé au centre ministériel de gestion du personnel civil de la Défense d'Île-de-France. On m'a d'abord proposé un poste dans la paye, un domaine que je ne connaissais pas, mais à la fin de l'entretien, la recruteuse m'a proposé un emploi d'acheteuse pour le service formation." Embauchée sous contrat d'un an, elle a été titularisée en février 2017; elle est chargée de rechercher, négocier et acheter des actions de formation destinées aux personnels civils du ministère des Armées, en fonction de leurs besoins qui sont très divers. Nathalie de Saint Mars dispose d'un poste de travail adapté, équipé d'un ordinateur avec ZoomText et d'un téléagrandisseur. Son bureau a également été aménagé pour que sa vison résiduelle ne soit pas endommagée par la lumière du jour : "L'étude ergonomique a été réalisée juste après l'examen médical d'embauche, pour que je commence à travailler dans de bonnes conditions." Elle doit toutefois affronter à la canne blanche les problèmes d'accessibilité posés par la voirie dégradée du camp militaire dans lequel son service est installé, ce qui devrait prochainement être réglé par la réalisation d'un cheminement adapté. Difficultés qui n'entament pas sa volonté de conduire sa vie.

Une webmestre issue du secrétariat.

C'est sur un emploi de secrétariat que Touria Bali, 48 ans, est entrée au ministère des Armées en 2001 : "J'ai toujours voulu entrer dans la fonction publique car les employeurs du privé me fermaient les portes, du fait de mon handicap. J'ai mis cinq à six ans pour entrer dans un ministère et c'est le ministère de la Défense qui m'a contacté pour un entretien". Hémiplégique depuis une méningite infantile, elle subit également une altération de sa communication verbale. "Mon cas est atypique. J'ai obtenu un CAP vente et employée de bureau en 1989 et 1990, j'ai fait plusieurs métiers, vendeuse, caissière, aide comptable, dans le domaine du secrétariat. C'est d'ailleurs sur un poste de secrétariat que je suis entrée au ministère des Armées. Et en 2006, j'ai décidé de changer de carrière et j'ai postulé au service information et relations publiques de l'armée de Terre, à la cellule rédaction en tant qu'infographiste multimédia car les métiers du web m'intéressaient. Puis en 2011, j'ai pris les fonctions de webmestre." Au bout de 3 ans, grâce à une validation des acquis de l'expérience, elle a obtenu un niveau bac +3. Elle travaille maintenant dans les bureaux ultramodernes du "Balardgone", tout récent site du ministère des Armées au bord du périphérique parisien, et gère les sites Internet et intranets de l'armée de Terre. De plus, Touria Bali est formée à l'accessibilité du web qu'elle applique dans son travail quotidien. Son adaptation de poste de travail est en cours de révision. Actuellement, elle utilise une tablette graphique mais dont le stylet n'accède pas aux menus des logiciels, ce que le médecin du travail recommande. "Les aménagements ont été faits aisément et rapidement," précise-t-elle. Elle bénéficie également d'horaires aménagés, et télétravaille au besoin. Touria Bali affirme sa fidélité au ministère des Armées, où elle est entrée par la voie spécifique aux travailleurs handicapés : contrat d'un an suivi d'une titularisation : "Le ministère des Armées est celui qui recrute des travailleurs handicapés" conclut-elle. A vous le tour ?


Yanous.com en partenariat avec le Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP), octobre 2018.



(Re)lisez les articles précédents :
Second souffle pour les personnels de santé
Télétravail mode d'emploi
Accessibilité numérique: régression ou facilitation?
C'est quoi, un aménagement raisonnable ?
L'apprentissage, c'est possible pour tous !
Emploi : quand parler du handicap ?

 





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