Handicap moteur
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  Bénin : accès interdit !
  L'accessibilité aux infrastructures constitue un casse tête, bien que les discours des autorités sur la prise en compte des besoins des personnes handicapées soient en vogue. Des victimes témoignent.

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            Les escaliers omniprésents des bâtiments publics et privés béninois constituent de véritables obstacles pour les personnes handicapées dans leurs déplacements quotidiens. "Les gens font des constructions sans se soucier des personnes handicapées qui seront aussi usagers de ces bâtiments, explique Abdramane Ouorou Bare, juriste en droit des affaires et fiscalités, handicapé moteur. Malheureusement, cette situation est protégée par la loi du silence. Il n'y a aucune législation rigoureuse qui facilite aujourd'hui la vie des personnes handicapées en matière d'accessibilité aux infrastructures. Même la récente ratification par le Parlement de la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées ne garantit pas encore un lendemain meilleur. La noble décision à cet effet viendra du pouvoir public et de sa détermination à faire respecter cette convention. La réalité actuellement est que je ne peux pas rencontrer les ministres de la République parce que leurs cabinets sont situés aux étages qui sont souvent sans ascenseurs. Faut-il chaque fois des vigiles pour nous transporter aux paliers ?"

 

 

Gustave Djagba, président du Groupement des Personnes Handicapées, rencontre les mêmes problèmes : "Vous voyez que de par les activités liées à ma fonction, je suis appelé chaque fois à rencontrer les partenaires et les autorités. Mais les bureaux et les salles de réunions qui servent d'arènes à ces rencontres sont souvent à l'étage. Et ce sont des escaliers que je rencontre en allant vers ces bâtiments administratifs tels que le Centre de promotion Sociale, la mairie, la Préfecture. Je suis obligé de descendre de mon tricycle et d'aller dans les salles à quatre pattes, souvent s'il n'y a pas d'aide. D'ailleurs, je ne peux faire des opérations bancaires aux heures de pointe à cause des escaliers ou des guichets hauts perchés, au risque de me faire piétiner par les autres usagers. Et ce n'est pas tout... Retenons simplement que l'accès aux bâtiments est refusé aux personnes handicapées."

Études contrariées.

Etudiant en 3e année des Sciences Juridiques, Edmond Houssou est également vice-président de l'association des étudiants et élèves handicapés : "Comme vous le voyez, je suis handicapé moteur et je vis d'énormes problèmes d'accès aux infrastructures tant sur le plan académique que sur le plan environnemental. En effet, suivre les cours sur le campus est très difficile pour nous. La première difficulté sont les escaliers à l'entrée des amphithéâtres. La deuxième, le nombre de places assises pour suivre les cours. La troisième, le manque de places prévues dans les bus de transport pour les fauteuils roulants. A cela s'ajoutent les tracasseries et autres conditions drastiques liées à l'acceptation des dossiers pour l'obtention de résidences universitaires. Or, cette dernière possibilité permet d'éviter les problèmes de transport en commun. Même quand on bénéficie d'une chambre en résidence universitaire, on est confronté à des difficultés tant à l'entrée comme à l'intérieur des résidences à escaliers, surtout quand on est en fauteuil roulant. Seul le rez-de-chaussée du bâtiment I est aménagé, juste pour permettre aux tricycles et fauteuils roulants de passer la porte; ceci après des années de revendication. Le Ministère de la Famille et de la Solidarité Nationale ne bouge pas sur l'essentiel pour faciliter la vie aux étudiants handicapés. Le calvaire des étudiants handicapés à l'Université d'Abomey Calavi illustre bien les difficultés des personnes handicapées face l'accessibilité des bâtiments. L'accès aux amphithéâtres, à la résidence universitaire, voire même aux ouvrages pédagogiques, constitue un parcours du combattant pour les étudiants handicapés au Bénin."

Naïmatou Zachari Taïrou, étudiante en 3e année d'espagnol, rencontre d'autres difficultés, mais du fait de sa cécité : "Le problème de l'accessibilité n'est pas lié seulement aux infrastructures, mais aussi sur le plan académique. Pour nous, l'université est d'abord difficile d'accès aux étudiants qui ont des problèmes visuels avant qu'on parle de l'accessibilité des infrastructures. Nous vivons sur le campus au risque de nous faire heurter lors de nos déplacements par une moto, ou de tomber dans l'un des caniveaux à ciel ouvert. Dans les amphithéâtres, difficile de trouver une place assise et d'accéder aux ouvrages par sa propre lecture. Les livres ne sont pas traduits en braille. Il faut pour cela solliciter tout le temps un camarade."

  Image : Entrée du Bureau de promotion de l'Emploi à Covè.

Image : Entrée d'un amphithéâtre de l'Université d'Abomey Calavi.

 

Handicapé moteur, Romain Houeze étudie en 2e année de Psychologie et en 1ère année de Sciences Juridiques : "L'autonomisation des personnes handicapées est un perpétuel défi. Aucune infrastructure n'est adaptée, ceci jusqu'aux transports en commun, de telle manière que se sont les téméraires qui accèdent aux infrastructures en y allant à quatre pattes, en béquilles ou cannes au risque de dégringoler ou de se faire piétiner. Nous avons des infrastructures qui ne sont pas adaptées à nos conditions de personnes handicapées. Ni le Ministère en charge des personnes handicapées, ni les associations de personnes en situation de handicap ne réussissent encore à régler les problèmes liés à l'accessibilité des bâtiments. Et par rapport aux problèmes d'accessibilité aux amphithéâtres et dans les transports en commun, on nous prend comme un bébé du fauteuil roulant pour nous amener à s'asseoir ! Nous devenons une charge pour nos camarades, alors que tout ceci serait facile si les bâtiments étaient adaptés. J'entends qu'il y a des lois en faveur des personnes handicapées, mais qui ne sont pas encore ratifiées. Pour cela, j'exhorte les personnes handicapées à une prise de conscience de la situation en vue d'une mobilisation générale pour forcer les pouvoirs législatif et l'exécutif à la reconnaissance effective du droit à l'accessibilité des personnes handicapées aux infrastructures."

 

 

Ainsi qu'il ressort de ces interviews, aucune disposition légale n'est prise pour faciliter l'accès des personnes handicapées aux infrastructures du pays. Une réalité contraire aux discours des autorités avant et après la ratification par les parlementaires béninois de la convention des Nations Unies sur le droit des personnes handicapées. Mamatou Marie-Joe Meba Bio, ancien Ministre de la Famille de la Solidarité Nationale, n'avait-elle pas écrit dans le magazine "Le Social", en mars 2011 : "La vision du Ministère de la Famille et de la Solidarité Nationale véhiculée par la politique de protection et de l'intégration des personnes handicapées est de promouvoir réellement la jouissance des droits humains fondamentaux à tous les citoyens béninois tout en évitant à tous les niveaux de la vie les discriminations faites aux couches marginalisées, en particulier les personnes handicapées." ?

  Image : Accès à la Préfecture de Cotonou.

 

Et pourtant, la vie des personnes handicapées continue d'être un calvaire au quotidien. Même les structures oeuvrant dans le sens de l'amélioration des conditions de vie des personnes handicapées telles que la Direction Nationale du Programme de la Réadaptation à Base Communautaire (DPRBC), la Direction de la Protection Sociale et de la Solidarité (DPSS), la Direction de la Réadaptation et de l'Intégration des Personnes Handicapées (DRIPH), le Fonds d'Appui à la Réadaptation et à l'Intégration des Personnes Handicapées (FARIPH) semblent rester à côté des réalités du quotidien. Leurs actions ne tiennent pas compte des besoins réels des personnes handicapées, qui considèrent lesdites actions comme de la comédie ou du trompe l'oeil. Vivement alors que la convention ratifiée serve de tremplin au Gouvernement pour l'élaboration des lois applicables et propices à une intégration efficace et efficiente des personnes handicapées au Bénin...


Nassirou Domingo, février 2012.

 



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