Niché à Choisel
(Yvelines) au coeur de la très huppée Vallée de Chevreuse, le château
de Breteuil est une grosse maison de briques dans l'esprit de la
Malmaison... l'histoire
en moins, même si quelques grands personnages y sont passés. Les lieux
ont échappé aux fureurs révolutionnaires à la faveur d'une loi protégeant
les enfants nobles orphelins, ce qui était alors le cas du petit marquis
de Breteuil, dont les descendants administrent toujours le château.
La visite, assez onéreuse, est obligatoirement guidée mais la richesse
du mobilier et l'impression de partager un peu de la vie privée d'une
famille aristocratique méritent sans doute la dépense. Les enfants,
en outre, sont ici royalement servis (ce qui est loin d'être le cas
ailleurs) puisque des animations leurs sont proposées autour des contes
de Perrault. Le rez de chaussée est accessible mais pas l'étage. Tout
le monde ne pourra donc pas découvrir, dans la bibliothèque, cet étonnant
fauteuil roulant, conçu par Jacob pour Louis XVIII, avec ses roues dissimulées.
On pourra se consoler avec une belle promenade dans les jardins, facilement
accessibles, qui offrent de belles perspectives, un petit labyrinthe,
une fontaine aux canards, un colombier et une glacière que complètent
une buvette et des jeux d'enfants. Une visite paisible à recommander
aux familles.
Toujours dans
les Yvelines, le château
de Saint-Germain en Laye abrite depuis 1867 les précieuses collections
du Musée d'archéologie nationale. Le domaine d'origine, importante possession
royale dès le XIIe siècle, a été maintes fois remanié. En 1559, le château
totalisait une superficie de 8.000 m² ! Puis Henri II fit construire,
à l'extrémité de l'actuelle terrasse (qui offre une superbe vue
panoramique sur Paris) un "château neuf" terminé par Henri IV. Les
règnes suivants verront ce que l'on nomme dorénavant le "château vieux"
abandonné aux enfants royaux et à leur domesticité. En 1660, Louis XIV
déserte le "château neuf" (où il est né) et revient au "château vieux"
pour de fréquents séjours, notamment lors des chasses royales. La fameuse
"affaire des poisons" se déroule en grande partie à Saint- Germain.
En avril 1682, le roi s'installe définitivement à Versailles,
laissant le domaine à la famille de Jacques II Stuart, roi d'Angleterre
exilé en France. Le "château neuf", construit sur un terrain instable,
disparaît. Investi à la Révolution, le "château vieux" sert quant à
lui de prison, hôpital, école de cavalerie, caserne puis pénitencier
avant que Napoléon III décide d'y installer un musée après une importante
campagne de restauration. Aujourd'hui, les anciennes salles du château,
transformées en espaces d'exposition (accessibles), présentent des collections
archéologiques, dont certaines comptent parmi les plus riches au monde.
N'oubliez pas de visiter la sainte chapelle en dépit de sa mauvaise
accessibilité, c'est un chef d'oeuvre de l'art gothique à l'instar de
celles de Paris et de Vincennes.
A quelques encablures de Saint-Germain en Laye, le château
de Maisons-Laffitte est un bijou inaccessible qu'il serait injuste
de ne pas mentionner, tant une récente restauration lui a rendu de son
lustre. Chef d'oeuvre de Mansart, le château a connu des hôtes prestigieux
: rois ou princes, empereurs ou maréchaux, mais aussi écrivains ou penseurs
tels Voltaire, Madame de Staël, Benjamin Constant... C'est à l'un de
ses propriétaires, le Comte d'Artois futur Charles X, que la ville doit
ses activités hippiques. Confisqué à la Révolution, le domaine passe
ensuite entre diverses mains, dont celles, calamiteuses, du banquier
Jacques Laffitte qui lotit le parc, réduit aujourd'hui à la portion
congrue, et fait démolir les écuries. L'État rachète et sauve ce qu'il
reste en 1905. Le rez de chaussée est occupé par de grands appartements
d'apparat où le blanc et les stucs prédominent. Le vestibule d'honneur
(dont les grilles sont désormais au Musée du Louvre) et le grand escalier
sont d'authentiques splendeurs. A l'étage, les "appartements à l'italienne",
de facture plus conventionnelle, abritent une curiosité : un cabinet
aux miroirs circulaire richement marqueté qui reflètent la lumière provenant
d'une seule fenêtre. Enfin, les nostalgiques de l'Empire ne manqueront
pas d'apprécier la grande chambre d'angle jadis occupée par le Maréchal
Lannes.
Chantilly,
ce n'est pas uniquement un champ de courses, c'est aussi et surtout
un château. Aux confins
de l'Oise et proche de Paris, cette propriété de l'Institut de France
est incontournable en dépit de son accessibilité
réduite. Du château Renaissance des princes de Condé il ne reste
pas grand chose, les lieux ayant été fortement remaniés au XIXe siècle
par le Duc d'Aumale, fils de Louis- Philippe. Outre des jardins dessinés
par Le Nôtre, et un parc splendide, l'endroit vaut surtout pour la prestigieuse
collection d'oeuvres d'art léguée par le Duc à l'Institut en 1886. La
muséographie, ultime caprice du donateur, n'a pas changé depuis le XIXe
siècle et témoigne d'une approche esthétique qui peut décontenancer,
avec ses tableaux accrochés sur plusieurs niveaux, toutes époques et
écoles confondues. Mais quels chefs d'oeuvres : Delacroix, Clouet, Van
Dyck, Poussin, Raphaël, Watteau, Ingres... et une collection de miniatures
et d'enluminures unique au monde, dont les célébrissimes Très
Riches Heures du Duc de Berry. Les plaisirs de la table valent en
outre ceux de l'esprit puisqu'on se souviendra que le fameux Vatel exerça
ici ses talents et que deux restaurants (dont un gastronomique) ont
été aménagés dans le château. A proximité, les Grandes Ecuries, spectaculaire
bâtiment rescapé du XVIIIe siècle qui abrite désormais un Musée
vivant du cheval, raviront les amateurs d'art équestre.
Restauré au
début des années 1990, l'endroit conserve encore quelques témoignages
de l'architecture du XVIIe siècle : entrée d'honneur, écuries, pavillon
de l'Aurore, orangerie, savamment insérés dans les vastes perspectives
dessinées par André Le Nôtre et qui font désormais l'attrait principal
du domaine... et son succès : Sceaux est à éviter, autant que possible,
les fins de semaine ! |