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  Transports Publics 2011.
  Le vaste chantier de la mise en accessibilité est conduit, au fil des renouvellements de matériels et des investissements, sur fond d'absence de coordination et de visibilité des réalisations alors que toutes les solutions sont sur le marché !

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            Strasbourg a accueilli, du 12 au 14 octobre derniers, les 23e rencontres nationales du transport public organisées par Objectif Transport public. Ce rendez-vous, qui réunit les élus des collectivités territoriales qui sont Autorités Organisatrices de Transport, les professionnels du transport et les fabricants de matériels, est une fois de plus l'occasion de constater la diversité des réponses à la mise en accessibilité des transports publics. Il reste encore trois ans d'ici son échéance légale, et si une partie seulement des collectivités territoriales ont lancé leurs chantiers d'accessibilité, les fabricants de matériels proposent désormais des solutions couvrant tous les besoins en la matière.

Sur le respect de l'échéance, Marc Delayer, vice-président de l'Union des Transports Publics (UTP), est néanmoins circonspect : "Est-ce que la logique complète de la loi de février 2005 sera respectée en 2015 en matière de chaine du déplacement ? Il y a de quoi en douter pour certaines agglomérations. La partie transports sera probablement la plus aboutie, par rapport à l'accessibilité des Etablissements Recevant du Public ou de la voirie". Marc Delayer estime que les opérateurs et les autorités organisatrices ont bien intégré la problématique de l'accessibilité des transports mais qu'ils butent sur les autres aspects, bâtiments et trottoirs par exemple, qui ne sont pas dans leurs compétences. "Nous soutenons le Groupement des Autorités Responsables de Transport (GART) dans sa revendication que les collectivités territoriales aient l'autorité pour s'occuper de mobilité et de déplacement et avoir les compétences juridiques pour traiter la chaine du déplacement", complète Anne Meyer, directrice du département "clientèles exploitation recherche" à l'UTP. "Il est nécessaire de travailler localement avec les associations pour au moins viser, si on n'arrive pas à être complètement accessible dans l'esprit de la loi, les sites les plus efficients, qui rendent le service le plus important", poursuit Marc Delayer. Avec un effet positif particulier à ce travail en commun : "Je prends l'exemple de ma ville, Cholet. En mettant les gens autour d'une table, on a réussi à concilier des besoins apparemment contradictoires exprimées par des associations qui ne se connaissaient pas les unes des autres. Les déficients intellectuels demandant des couleurs différenciant la signalétique des lignes alors que les déficients visuels voulaient du contraste, on a trouvé une solution mixte." L'UTP et la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV) ont toutefois alerté le ministère des Transports sur quatre "écueils importants qui subsistent et pourraient exposer le transport public à des recours en justice de la part des associations", citant "le retard dans l'adoption des Schémas Directeurs d'Accessibilité [,] le manque de coordination sur certains territoires entre les différents acteurs de l'accessibilité concernant les aménagements de voirie [,] les difficultés de mise en accessibilité des autocars [et] la mise en oeuvre de services de substitution".

 

 

Autobus : un ou deux fauteuils roulants ?

La progression constante de l'accessibilité des autobus pose de plus en plus fréquemment problème lorsque deux personnes en fauteuil roulant demandent à être transportées. Si quelques villes telles Nantes ou Strasbourg s'équipent en autobus à deux UFR (Unité Fauteuil Roulant), l'anticipation par les réseaux et les constructeurs est encore timide. Avec l'exception notable de Mercedes Benz, qui présente un tout-nouvel autobus à plancher bas de 9m de long à deux UFR, conçu sur châssis Sprinter à deux essieux arrière et deux rampes manuelles (ou motorisées sur demande), la première à l'avant et la seconde à l'arrière. Compter 160.000€ en prix de base pour ce City 77 en cours d'homologation française qui transporte 40 personnes dont 15 assises et comble une lacune dans la gamme du constructeur, identifiée par les retours d'expérience des réseaux clients. Il leur faudra toutefois apprendre à gérer les accès par l'avant et l'arrière en fonction de l'occupation des UFR, ainsi que l'installation à bord des passagers en fauteuil roulant.

Leader du marché français, Irisbus propose son modèle phare, le Citelis, dans une motorisation hybride présentée comme plus souple et confortable à la conduite. Aucune nouveauté en matière d'accessibilité, ni même de frémissement côté demande : "Les grands groupes que sont Keolis, Veolia Transdev et la RATP demandent toujours des autobus à un seul emplacement fauteuil roulant", précise Frédéric Deparis, responsable grands comptes chez Iribus.

Les remontées de terrain sont différentes chez Heuliez, second constructeur du marché français : l'entreprise constate un début de demande pour deux emplacements fauteuil roulant par autobus, installés l'un derrière l'autre ou de part et d'autre de l'allée, mais toujours à proximité des portes centrales.

Comment alors comprendre l'innovation du carrossier Safra, qui a présenté la maquette grandeur nature du projet d'autobus urbain Businova avec accès universel par l'avant ? "C'est une demande des exploitants, tous les voyageurs pourront passer par la porte avant, le couloir étant large pour assurer le passage des personnes en fauteuil roulant, explique Joël Alpin, directeur carrosserie industrielle et ferroviaire. Cela améliorera la circulation dans le véhicule". Pas si sûr : l'unique et étroite UFR reste au centre du bus, près des portes centrales, obligeant un usager handicapé à écarter les autres voyageurs alors que le conducteur aura repris sa route... Un concept manifestement à revoir, malgré l'intérêt d'un projet reposant sur une motorisation hybride et un design attrayant, nettement influencé par celui du Microbus puisque les ingénieurs qui l'ont élaboré ont également conçu le Safra Businova dont la commercialisation pourrait démarrer en 2013.

  Image : rampe d'accès au Mercedes-Benz-City-77.

Image : UFR sur Safra Businova.

 

Minibus et autocars.

Gruau a finalisé une version à motorisation électrique du Microbus qui a nécessité d'élargir ce véhicule dénommé Bluebus, alimenté par les batteries polymère Bolloré, celles-là même qui sont utilisées dans les Autolib parisiennes. Dans le Bluebus, les batteries sont au-dessus du véhicule dont la structure a dû être renforcée : les villes de Laval et Luxembourg font actuellement rouler un véhicule livré avec rampes manuelles d'accès, girouette avant, arrière et latérale, système d'annonce visuelle des arrêts, la palette électrique et l'annonce sonore étant en option.

Dietrich Véhicules transforme quant à lui un Fiat Ducato en minibus à plancher bas et rampe d'accès manuelle sur tiroir (ou motorisée sur demande), le City 21. Le véhicule reçoit une vingtaine de passagers, dont un en fauteuil roulant, qui profitent de larges vitres offrant une vision panoramique. Le véhicule est équipé en standard d'un système d'annonces visuelles de la destination et des arrêts à l'avant, sur le côté, à l'arrière et à l'intérieur, mais il revient au conducteur d'effectuer les annonces sonores...

Chez Durisotti, un nouveau petit autocar sur base Volkswagen Crafter ou Mercedes Sprinter reçoit jusqu'à 2 personnes en fauteuil roulant (transfert sur siège fixe impossible) avec une piètre visibilité latérale, et nulle devant, les sièges étant rapidement déposables avant le transport. L'accès s'effectue par élévateur arrière et porte latérale avec marchepied escamotable.

 

Image : Dietrich City 21.

 

Et le tram ?

Les premiers travaux de voirie sont engagés à Besançon, qui a dévoilé la maquette du tramway qui traversera la ville dans trois ans. Et ce n'est pas Alstom, pourtant implanté à une poignée de kilomètres, qui fournira les rames, mais l'espagnol CAF : la communauté d'agglomération du Grand Besançon veut un tramway économique, à 16 millions d'euros du kilomètre (le record en la matière est détenu par Le Mans avec 20 millions d'euros du kilomètre). Les rames ressembleront aux Citadis d'Alstom, extérieurement comme intérieurement, avec une capacité de 132 passagers et 2 UFR réglementaires ni isolées ni protégées. "L'accessibilité sera assurée par les extrémités dans toutes les stations, précise Pascal Gudefin, directeur du projet à la communauté d'agglomération. Sauf une située en pente, l'un des deux accès comportera une ou deux marches. Un barrièrage empêchera la sortie en fond de station. L'information des passagers sera assurée par des écrans installés dans les rames indiquant le prochain arrêt, les correspondances et d'autres infos trafic en temps réel. Je crois que c'est une première. En sonore seront annoncés le prochain arrêt et la direction." Enfin, un bouton d'alerte du conducteur est prévu à côté des UFR, dont l'usage est encore à préciser.

 

 

La billettique évolue.

Si les systèmes de titres de transports dématérialisés ou sans contact se développent, les appareils de distribution de billets ont encore de longues années d'existence devant eux. Le fabricant Vix ERG propose un nouveau modèle à synthèse vocale et écran tactile qui vient d'être mis en service à Monaco, et le sera prochainement à Dijon, Brest et Tours. Un bouton "Audio" active la synthèse vocale, et l'affichage sur l'écran bascule en grands caractères et contraste, la commande s'effectuant en touchant les angles de l'écran tactile partagé en quatre grands rectangles. La plupart de ses éléments (chargeur de carte de transport, lecteur et clavier de carte de paiement, bac de réception) sont regroupés sous l'écran; seul le monnayeur est déporté à droite, l'ensemble offrant une bonne ergonomie et accessibilité.

Son concurrent ACS présente un nouveau valideur avec synthèse vocale. Il suffit d'appuyer sur l'angle inférieur droit de son écran pour entendre une invite à valider, suivie d'un son et d'un signal visuel vert après l'opération. Une première série d'appareils équipera très prochainement les autocars des transports du département de la Loire.

L'information des voyageurs.

Développeur du système d'information en temps réel de la SNCF, Soridis a élaboré une adaptation pour personnes handicapées et particulièrement celles qui sont déficientes visuelles, "Accedis", évolution du produit Handiblue. L'application est commandée par l'intermédiaire d'un téléphone bluetooth ou sur système Android et IPhone : elle fait basculer les informations des nouveaux panneaux LCD en affichage haute lisibilité, jaune vif sur fond noir et grands caractères, avec mention par pictogrammes de l'accessibilité en gare et expédition d'un fichier son sur le téléphone. Une expérimentation devrait être prochainement réalisée en région parisienne ou à Lyon Part-Dieu. Accedis utilise l'une des solutions sonores d'Active Audio, qui fabrique également des balises sonores directionnelles dont la Sagitone a été retenue par la SNCF pour déployer dans les gares une "Flèche sonore", succession élaborée d'annonces guidant les voyageurs déficients visuels équipés d'une télécommande pour feux sonores. Active Audio veut se différencier dans un marché très concurrentiel (bien que ces bornes ne soient pas obligatoires) par la qualité sonore des solutions qu'elle propose, afin que ces équipements soient efficaces, même en milieu urbain.

  Image : ditributeur vocal Vix ERG.

Image : valideur vocal ACS.

 

Le stationnement est un business.

Si Effia a abandonné à la filiale Itirémia son activité de service dans les gares SNCF, c'est pour mieux attaquer le vaste et lucratif marché du stationnement payant : Effia veut en devenir le second opérateur. Déjà présente dans les gares, les hôpitaux, les cliniques, Effia veut s'implanter dans les rues et à l'international. Mais la société ne pratique pas de tarifs spécifiques pour les clients handicapés et ne comptabilise pas le taux d'irrespect du stationnement réservé : "On n'a pas senti de problématique, commente Fabrice Lepoutre, directeur général d'Effia Stationnement. Quand il y a des abus, nos employés font de la pédagogie". "On n'est pas rentré dans une approche répressive", complète Frédéric Baverez, président d'Effia. Leurs clients inciviques ne risquent donc pas d'être verbalisés, seulement (et éventuellement) "sermonnés"... L'entreprise compte investir de 5 à 10 millions d'euros pour la mise en accessibilité de ses parkings, en supprimant les ascenseurs en demi-niveau et en installant des caisses abaissées et des distributeurs de tickets adaptés.


Laurent Lejard, octobre 2011.

 



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