Accès direct au contenu de la page
[Pour accéder au sommaire général du mag-portail] Yanous / Banc d'essais...  [ English Version ]
 [ Deutsche Version ]  [ Versione Italiana ]  [ Version Española ] [ Na Rousskom Yazike ]
Comment communiquer quand l'élocution est difficile ?
Se trouver dans l'impossibilité de parler peut être la conséquence de pathologies très diverses. Les outils techniques peuvent aider mais les aides humaines sont toujours indispensables...
[Pour nous écrire...]
[Vers le sommaire général du mag-portail]
 [ English Version ]
[Boutique : galerie online, vitrines du matériel adapté, label Handicap, nos partenaires se présentent, 'gadgets Yanous'...]
[Informations : éditorial, revue de presse, reportages, interviews, actualités, agenda, top-flop...]
[A l'aide ! Plan du site, S.O.S. Handicap...]
[Bases de données : toutes vos recherches spécialisées !]

Des milliers de personnes sont en situation de handicap pour communiquer. Et quand la parole n'est pas ou plus possible il est absolument nécessaire de ne pas en rester à des situations dans lesquelles l'interprétation libre de l'entourage est reine ! Même si les nouvelles technologies sont utiles et de plus en plus fiables, nous devons admettre que les compétences de l'interlocuteur humain sont loin d'être égalées : l'humain est capable de fonctionner sans fil électrique et sans batterie, sous le soleil ou dans le noir et même sous la pluie, il sait passer de la position d'interlocuteur à celle de finisseur des phrases, il est capable de répondre, de rire, de raconter.

"C'est effectivement dans la complémentarité entre les aides techniques et technologiques mais aussi humaines que réside une réelle communication alternative" explique Elisabeth Cataix- Nègre, ergothérapeute consultante en communication améliorée et alternative à l'Association des Paralysés de France (APF). Quotidiennement, elle montre aux "personnes non parlantes" et à leur entourage comment mettre en place de nouveaux codes de communication. Quand la personne non parlante peut désigner avec son doigt, alors elle expose comment élaborer des tableaux fonctionnels sur des supports judicieux (une feuille plastifiée, du carton, un morceau de tissu ou un classeur avec des pochettes plastique), avec une zone "principaux thèmes", désignés par des mots, des photos ou images représentant les sujets de conversation les plus fréquents entre la personne non parlante et ses interlocuteurs; une zone clavier, avec l'alphabet, les chiffres et des cases permettant d'effacer la dernière lettre ou de tout effacer; une zone "raccourcis" avec une photo d'identité pour dire "je", "j", "moi", le schéma d'une assiette pour "repas"; enfin une zone de phrases courtes comme "je ne sais pas", "je veux parler", "je ne veux pas parler", "appel", "j'ai mal à...", etc.

Quand la personne ne peut désigner, alors on choisit un alphabet fonctionnel que le locuteur épellera, tandis que la personne non parlante signifiera OUI ou NON à chacune des propositions. Lettre après lettre, mot après mot, affirmation après affirmation, l'échange s'instaurera et le sens émergera. "Bien sûr, on ne s'improvise pas locuteur alphabétique sans un certain apprentissage. C'est en pratiquant que l'on s'approprie cette technique. Et l'on finit même par repérer les astuces qui facilitent la communication" ajoute Clairette Charrière, ergothérapeute auprès de jeunes personnes non parlantes.

Si les mouvements classiques de la tête pour signifier OUI et NON ne sont pas reproductibles, on sollicite les mouvements de paupières, des sourcils ou d'un doigt. La signification de ces signes est affichée à proximité de la personne non parlante afin qu'elle puisse éventuellement discuter avec des personnes novices. Il en est de même pour le code alphabétique choisi.

Le plus classique de ces codes consiste à épeler l'alphabet habituel en notant les lettres validées par la personne non parlante. Il ne nécessite aucun apprentissage particulier, il donne donc aux interlocuteurs occasionnels la possibilité d'échanger sans avoir à apprendre un code spécifique. Mais compte tenu de la lenteur de cette technique d'égrenage, on a souvent intérêt à recourir à des codes accélérant sensiblement la fabrication des mots et des phrases. L'alphabet voyelles- consonnes sépare alors l'alphabet en deux groupes : les voyelles d'un côté et les consonnes de l'autre. Le locuteur propose "voyelles" puis "consonnes". On peut ensuite rendre ce code plus rapide en subdivisant les consonnes en trois groupes : "voyelles", "consonnes 1", "consonnes 2" et "consonnes 3". La personne non parlante valide un des quatre groupes puis une des lettres du groupe.

L'alphabet "Esarin" est fondé sur l'ordre de fréquence d'apparition des lettres dans la langue française. C'est celui qu'a utilisé Jean- Dominique Bauby pour écrire son livre "Le scaphandre et le papillon" : E S A R I N T U L O M D P C E F B V H G J Q Z Y X K W. D'autres codes, dits "à double entrée" ou "ligne- colonne", suivent le principe de la bataille navale : les lettres sont disposées sous forme de tableau. La personne non parlante choisit directement la lettre voulue en indiquant son emplacement par un nombre précis de validations correspondant à sa place dans la colonne puis dans la ligne. Bien entendu, il faut toujours procéder dans le même ordre : annoncer d'abord le numéro de la ligne puis celui de la colonne. Cela nécessite une maîtrise parfaite du signal "OUI" par la personne non parlante, mais dans ces conditions on se trouve pratiquement en situation de désigner la lettre. Ce système est beaucoup plus rapide que celui de l'épellation des lettres. On peut réaliser un code à double entrée avec l'alphabet classique, avec l'alphabet Esarin, avec l'alphabet voyelles- consonnes ou avec des alphabets phonétiques. Le code "Vigand" (à découvrir en bas de page), du nom de Philippe (locked- In Syndrome) et Stéphane Vigand qui l'ont élaboré, est un code hybride réalisé à partir de l'alphabet voyelles- consonnes, mais disposé sous forme de deux tableaux à double entrée. Le premier choix se fait toujours entre voyelles et consonnes, puis la personne non parlante choisit la lettre en indiquant sa place dans le tableau.

Certaines règles améliorent la communication : en début de mot, après un "j" proposer le "je" ou l'apostrophe, puis le "j'ai", après un "c" proposer le "ce", le "c'est" ou le "ça", après un "u" demander si c'est "un" ou "une", après un "Y" en début de mot, proposer "y-a-t-il ?". Il faut bien sûr éviter les questions négatives comme par exemple : "Vous n'avez pas mal à la tête ?" car la réponse sera forcément ambiguë : un OUI peut tout aussi bien signifier "oui, j'ai mal" ou bien "oui, je n'ai pas mal". Éviter aussi les propositions à double précision, du genre : "Veux- tu manger des épinards ?" (manger : oui, mais des épinards... non !). Prévoir des questions d'échappement qui évitent les situations inconfortables quand aucune des propositions ne convient. Par exemple : "Veux- tu aller regarder le match, le film, autre chose ?".

Les orthophonistes et ergothérapeutes sont généralement en mesure d'aider à mettre en place ces divers dispositifs d'aide à la communication. L'Association sur le Locked- In syndrome a répertorié quelques alphabets utiles : ALIS, M.B.E. 182, 225 boulevard Jean- Jaurès, 92100 Boulogne, tél : 01 45 26 98 44, Email : alis@club-internet.fr, Web : www.club-internet.fr/alis/. Élisabeth Cataix- Nègre peut être contactée à l'Association des Paralysés de France, 17 boulevard Blanqui, 75013 Paris, tél : 01 40 78 27 37, Fax : 01 45 65 43 45, Email : e.cataix-negre@rnt-apf.org. Lire également ici une présentation de quelques synthèses vocales.


Véronique Gaudeul, mars 2001


| Email | Aide | News | Espaces | Pratique | Boutique | Tribus | Bases de données | L'équipe | Canal Handi | Forums |