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Des milliers
de personnes sont en situation de handicap pour communiquer. Et quand
la parole n'est pas ou plus possible il est absolument nécessaire de
ne pas en rester à des situations dans lesquelles l'interprétation libre
de l'entourage est reine ! Même si les nouvelles technologies sont utiles
et de plus en plus fiables, nous devons admettre que les compétences
de l'interlocuteur humain sont loin d'être égalées : l'humain est capable
de fonctionner sans fil électrique et sans batterie, sous le soleil
ou dans le noir et même sous la pluie, il sait passer de la position
d'interlocuteur à celle de finisseur des phrases, il est capable de
répondre, de rire, de raconter.
"C'est effectivement dans la complémentarité entre les aides techniques
et technologiques mais aussi humaines que réside une réelle communication
alternative" explique Elisabeth Cataix- Nègre, ergothérapeute consultante
en communication améliorée et alternative à l'Association des Paralysés
de France (APF). Quotidiennement, elle montre aux "personnes non parlantes"
et à leur entourage comment mettre en place de nouveaux codes de communication.
Quand la personne non parlante peut désigner avec son doigt, alors elle
expose comment élaborer des tableaux fonctionnels sur des supports judicieux
(une feuille plastifiée, du carton, un morceau de tissu ou un classeur
avec des pochettes plastique), avec une zone "principaux thèmes", désignés
par des mots, des photos ou images représentant les sujets de conversation
les plus fréquents entre la personne non parlante et ses interlocuteurs;
une zone clavier, avec l'alphabet, les chiffres et des cases permettant
d'effacer la dernière lettre ou de tout effacer; une zone "raccourcis"
avec une photo d'identité pour dire "je", "j", "moi", le schéma d'une
assiette pour "repas"; enfin une zone de phrases courtes comme "je ne
sais pas", "je veux parler", "je ne veux pas parler", "appel", "j'ai
mal à...", etc.
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Quand la personne ne peut désigner, alors on choisit
un alphabet fonctionnel que le locuteur épellera, tandis que la personne
non parlante signifiera OUI ou NON à chacune des propositions. Lettre
après lettre, mot après mot, affirmation après affirmation, l'échange
s'instaurera et le sens émergera. "Bien sûr, on ne s'improvise pas locuteur
alphabétique sans un certain apprentissage. C'est en pratiquant que
l'on s'approprie cette technique. Et l'on finit même par repérer les
astuces qui facilitent la communication" ajoute Clairette Charrière,
ergothérapeute auprès de jeunes personnes non parlantes.
Si les mouvements classiques de la tête pour signifier OUI et NON ne
sont pas reproductibles, on sollicite les mouvements de paupières, des
sourcils ou d'un doigt. La signification de ces signes est affichée
à proximité de la personne non parlante afin qu'elle puisse éventuellement
discuter avec des personnes novices. Il en est de même pour le code
alphabétique choisi.
Le plus classique de ces codes consiste à épeler l'alphabet habituel
en notant les lettres validées par la personne non parlante. Il ne nécessite
aucun apprentissage particulier, il donne donc aux interlocuteurs occasionnels
la possibilité d'échanger sans avoir à apprendre un code spécifique.
Mais compte tenu de la lenteur de cette technique d'égrenage, on a souvent
intérêt à recourir à des codes accélérant sensiblement la fabrication
des mots et des phrases. L'alphabet voyelles- consonnes sépare alors
l'alphabet en deux groupes : les voyelles d'un côté et les consonnes
de l'autre. Le locuteur propose "voyelles" puis "consonnes". On peut
ensuite rendre ce code plus rapide en subdivisant les consonnes en trois
groupes : "voyelles", "consonnes 1", "consonnes 2" et "consonnes 3".
La personne non parlante valide un des quatre groupes puis une des lettres
du groupe.
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L'alphabet "Esarin" est fondé sur l'ordre de fréquence
d'apparition des lettres dans la langue française. C'est celui qu'a
utilisé Jean- Dominique Bauby pour écrire son livre "Le
scaphandre et le papillon" : E S A R I N T U L O M D P C E F B V
H G J Q Z Y X K W. D'autres codes, dits "à double entrée" ou "ligne-
colonne", suivent le principe de la bataille navale : les lettres sont
disposées sous forme de tableau. La personne non parlante choisit directement
la lettre voulue en indiquant son emplacement par un nombre précis de
validations correspondant à sa place dans la colonne puis dans la ligne.
Bien entendu, il faut toujours procéder dans le même ordre : annoncer
d'abord le numéro de la ligne puis celui de la colonne. Cela nécessite
une maîtrise parfaite du signal "OUI" par la personne non parlante,
mais dans ces conditions on se trouve pratiquement en situation de désigner
la lettre. Ce système est beaucoup plus rapide que celui de l'épellation
des lettres. On peut réaliser un code à double entrée avec l'alphabet
classique, avec l'alphabet Esarin, avec l'alphabet voyelles- consonnes
ou avec des alphabets phonétiques. Le code "Vigand" (à découvrir
en bas de page), du nom de Philippe (locked- In Syndrome) et Stéphane
Vigand qui l'ont élaboré, est un code hybride réalisé à partir de l'alphabet
voyelles- consonnes, mais disposé sous forme de deux tableaux à double
entrée. Le premier choix se fait toujours entre voyelles et consonnes,
puis la personne non parlante choisit la lettre en indiquant sa place
dans le tableau.
Certaines règles améliorent la communication : en début de mot, après
un "j" proposer le "je" ou l'apostrophe, puis le "j'ai", après un "c"
proposer le "ce", le "c'est" ou le "ça", après un "u" demander si c'est
"un" ou "une", après un "Y" en début de mot, proposer "y-a-t-il ?".
Il faut bien sûr éviter les questions négatives comme par exemple :
"Vous n'avez pas mal à la tête ?" car la réponse sera forcément ambiguë
: un OUI peut tout aussi bien signifier "oui, j'ai mal" ou bien "oui,
je n'ai pas mal". Éviter aussi les propositions à double précision,
du genre : "Veux- tu manger des épinards ?" (manger : oui, mais des
épinards... non !). Prévoir des questions d'échappement qui évitent
les situations inconfortables quand aucune des propositions ne convient.
Par exemple : "Veux- tu aller regarder le match, le film, autre chose
?".
Les orthophonistes et ergothérapeutes sont généralement en mesure d'aider
à mettre en place ces divers dispositifs d'aide à la communication.
L'Association sur le Locked- In syndrome a répertorié quelques alphabets
utiles : ALIS, M.B.E. 182, 225 boulevard Jean- Jaurès, 92100 Boulogne,
tél : 01 45 26 98 44, Email : alis@club-internet.fr,
Web : www.club-internet.fr/alis/.
Élisabeth Cataix- Nègre peut être contactée à l'Association des
Paralysés de France, 17 boulevard Blanqui, 75013 Paris, tél : 01 40
78 27 37, Fax : 01 45 65 43 45, Email : e.cataix-negre@rnt-apf.org.
Lire également ici
une présentation de quelques synthèses vocales.
Véronique Gaudeul, mars 2001
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