Accès direct au contenu de la page
[Pour accéder au sommaire général du mag-portail] Yanous : Emploi !  [ English Version ]
 [ Deutsche Version ]  [ Versione Italiana ]  [ Version Española ] [ Na Rousskom Yazike ]    
Réussir le retour au travail. L'insertion professionnelle nécessite d'évaluer des capacités et aptitudes qui doivent être mises en adéquation avec des tâches spécifiques, une organisation et une durée du travail adaptées, accompagnées d'une veille permanente. Lecture de cette page par la synthèse vocale de ReadSpeaker.
 
[Vers le sommaire général du mag-portail]
 [ English Version ]
 
[Informations : éditorial, revue de presse, reportages, interviews, actualités, agenda, top-flop...]
[A l'aide ! Plan du site...]
[Bases de données : toutes vos recherches spécialisées !] [Archives de cette rubrique]

          Les personnes handicapées psychiques demeurent le parent pauvre de l'insertion professionnelle. Si les réflexes de peur et de rejet résultant de la représentation médiatique des troubles mentaux sont une partie essentielle du problème, les spécificités du handicap invisible et impalpable qu'ils génèrent nécessitent une approche très particulière, encore peu mise en oeuvre. "On travaille à partir de la personne pour voir ce que l'on peut rétablir, pour qu'elle ait confiance dans son potentiel, explique Barbara Larzabal, chargée d'insertion au sein de l'Association pour la Promotion Sociale et Professionnelle (APSP, Biarritz). La recherche du poste est fonction du désir exprimé, en faisant le deuil des emplois cadre". Si tous les emplois sont ouverts a priori, les métiers stressants sont écartés, telles les fonctions commerciales, le travail en 3x8 ou au rendement. Paradoxalement, un travail posté sans rendement obligé, ça marche. Mais l'accès à un emploi d'encadrement est estimé exceptionnel. "La spécialisation des tâches donne de bons résultats, poursuit Barbara Larzabal. Par exemple, une personne affectée au nettoyage des bus de Bayonne n'effectue que le travail d'aspiration, qu'elle réalise bien. Par contre, elle panique et prend beaucoup de temps si on lui demande de laver les vitres". Un travailleur handicapé psychique ne peut pas toujours être polyvalent et les tâches répétitives sont préconisées dans ce cas, dans un cadre sécurisant, sans rapport hiérarchique fort, pour des travaux administratifs, de ménage, ou des emplois protégés en Contrat d'Accès à l'Emploi, par exemple dans l'informatique, comme assistant communication, dans une mairie, un musée. Finalement, une offre large, qui repose sur l'évaluation des capacités et des aptitudes.

Mais qui se heurte aux pratiques managériales basées sur des fiches de poste, une polyvalence fréquemment exigée, des normes de travail très cadrées. "Il est très difficile de faire modifier l'organisation de travail dans les entreprises, reprend Barbara Larzabal. Nous ne travaillons que sur du temps partiel, du fait de la grande fatigabilité de ces travailleurs handicapés qui peuvent se mobiliser sur un temps réduit. Déjà, se lever le matin est surhumain pour certains. C'est un handicap invisible, inconcevable pour le chef d'entreprise. En France, le fait de travailler est important dans les relations sociales, même si on sait que tout le monde peut être touché par le chômage, les difficultés du marché du travail. Mais on a dû faire accepter la représentation du travail en CDI à temps très partiel, qui est une véritable adaptation, alors que la tendance est encore de ne reconnaître que le CDI à temps plein. En faisant comprendre que travailler peu équivaut, pour certaines personnes, à travailler beaucoup". Ces travailleurs handicapés sont d'abord placés en stage à temps partiel, durant deux à trois semaines, en observant le regard que l'entreprise porte sur eux, pour déceler une accroche, un intérêt, la poursuite d'un parcours d'insertion s'avérant finalement une affaire très personnelle, reposant sur des affinités réciproques. "Ça marche dans un service, pas dans un autre, relève Barbara Larzabal. La taille de l'entreprise ne compte pas forcément, l'insertion fonctionne aussi dans des entreprises de grande taille". Elle cite l'exemple d'une formatrice qui exerce maintenant à temps partiel, dans de petits ateliers de formation, tout en se protégeant. Et d'un ancien d'HEC devenu magasinier : psychotique, il a fait le deuil de ses fonctions antérieures de cadre d'entreprise, et a accepté d'envisager un emploi de niveau 5, un parcours qui a pris trois ans, mais est réussi. Une réussite qui repose notamment sur la mise en place d'un référent naturel, avec lequel le courant passe.

Des aides financières sont disponibles, mais face à des préjugés très ancrés, elles ne sont pas à elles seules suffisantes pour déclencher la décision d'employer. "J'utilise la procédure légale de lourdeur du handicap, précise Barbara Larzabal, parce qu'on a la chance dans le département d'avoir une administration qui accepte d'aménager cette disposition complexe, elle en a compris la logique. L'aide financière est, dans ce cas, plus intéressante pour l'entreprise, de 3.000 à 4.000€". Reste que l'APSP ne peut malheureusement compter sur les principaux secteurs économiques de la région : l'hôtellerie, la restauration, la gériatrie refusent d'adapter les postes de travail, de même que le bâtiment. "On récupère des travailleurs qui ont perdu le sens du travail, conclut Barbara Larzabal. Cela pose la question de la fabrication de travailleurs handicapés et de l'implication d'entreprises soumises à forte pression".

En Bretagne, l'action d'insertion conduite par Fil Rouge est assez similaire. "On se positionne en complément du service public de l'emploi, et en partenariat avec Cap emploi, explique son coordinateur, André Biche. Fil Rouge est un groupement de coopération de plusieurs organismes né grâce à des fonds européens, en partant du postulat qu'il y avait besoin d'accompagnement, comme outil premier de la compensation du handicap. Et que tous les aspects de la vie s'interpénètrent". L'action de Fil Rouge repose sur une équipe pluridisciplinaire qui prend la personne globalement en charge, avec un accompagnement qui assure le lien entre les étapes et les acteurs du parcours d'insertion, avec toute la sécurisation nécessaire. "C'est un travail sur le lien à l'autre, reprend André Biche, qui s'inscrit dans le temps, il faut savoir s'adapter à la variabilité des personnes que nous prenons en charge". En se défiant des schémas tout faits, certaines personnes handicapées psychiques trouvant dans la perspective du retour au travail le levier qui leur redonne le goût de vivre au quotidien. "On commence par écouter la demande et le parcours de la personne, lors d'un long entretien de plus de deux heures, poursuit André Biche. Notre travail est basé sur le concept d'autodétermination. Presque tous les métiers sont ouverts, mais il faut trouver celui qui est le mieux adapté à la personne. La question, ce sont les compétences mobilisables, l'identification des situations dans lesquelles la personne handicapée psychique peut fonctionner".

Pour agir, Fil Rouge a négocié avec l'Agefiph une prestation souple qui se décline en fonction de ce qui est concrètement mis en place, alors que les actions habituellement financées par cet organisme sont très normées et portent sur une durée déterminée. Fil Rouge est financé pour un nombre d'heures et non pas sur une durée précise, incluant l'intervention d'un médecin psychiatre et l'acceptation que le parcours d'insertion puisse conduire à autre chose qu'un retour à l'emploi. "On a réussi à démontrer, avec cette approche, qu'on produisait du retour à l'emploi, reprend André Biche. Ce qui nous importe, c'est le suivi en emploi par un tiers externe, au-delà du tuteur en entreprise. Et le médecin du travail doit toujours être présent, comme s'il était en tâche de fond". Un environnement constant de travail est élaboré avec eux, ainsi qu'une identification par la personne handicapée psychique elle-même de ses fragilités, ou de ses moments de fragilité. Fil Rouge conduit également une fonction de veille des personnes qui travaillent et contactent régulièrement l'association, André Biche cite deux exemples : "Une personne qui travaille comme les autres, mais en horaires décalés, nous appelle tous les six mois, simplement pour nous dire 'vous êtes mon parachute'. Une autre, comptable de haut niveau, vient nous voir toutes les six semaines, elle a besoin de vider son sac, ce suivi a permis de fiabiliser son activité".

Dans le Loiret, l'association Lieu d'Écoute et d'Accompagnement (LEA) est au contact de personnes en grande précarité sociale. "On reçoit toutes sortes de personnes, explique sa directrice, Marie Odile Behra. Environ 120 dans l'année, majoritairement des femmes, toutes en précarité sociale. Un quart d'entre elles sont travailleurs handicapés, la plupart avec des troubles psychiques, avec une orientation vers le milieu protégé de travail". LEA n'a pas réussi à placer en entreprise des travailleurs handicapés psychiques, et déplore l'absence dans sa région d'Etablissements et Services d'Aide par le Travail adaptés à ce public. C'est avec des Entreprises Adaptées qu'elle a réussi quelques insertions professionnelles. "On poursuit les suivis avec un psychiatre, un psychologue référent, qui favorisent le maintien dans l'emploi, reprend Marie Odile Behra. On travaille avec Cap emploi, Ohé Prométhée. Mais nous n'avons pas trouvé de solution pour des personnes handicapées psychiques à haut niveau de compétence".


Propos recueillis par Laurent Lejard, janvier 2010.


Entreprises et handicap.


| Mél | Aide | News | Espaces | Pratique | Tribus | Bases de données | Canal Handi | Forums | Newsletter | Emploi |
© Entreprises & Handicap / Yanous! 2010. Reproduction et diffusion interdites sans autorisation.