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Troubles psychiques et entreprises : que faire ?
Confrontés à un handicap invisible, les managers et recruteurs sont en recherche d'outils opérationnels utilisables dans le respect de la vie privée des personnes handicapées psychiques.
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          Les intervenants au colloque "L'entreprise face aux troubles psychiques" organisé le 29 avril dernier par l'Agence Entreprises & Handicap ont dressé un premier état des pratiques d'entreprises. Paradoxalement, le milieu hospitalier n'est pas le mieux armé pour aborder le maintien dans l'emploi de travailleurs handicapés psychiques : "On a du mal à accepter le mi-temps thérapeutique, explique Antoine Durrleman, qui a dirigé l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) de 1997 à 2002. On a créé des groupes de travail, mobilisé le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, pour qu'il y ait une appropriation de la problématique et du dialogue. On a réussi à conclure un accord social après une négociation assez rapide qui a duré six semaines". Très empathique sur le sujet, le président d'IBM France, Daniel Chaffraix, s'avoue "ignorant face à 27 % de la population. Il faut savoir regarder, écouter, comprendre, éviter les dénis, prendre conseil sans espionner. Ce sujet est extrêmement important, à traiter en profondeur et pas en superficialité". Un point de vue contrebalancé par Charles-Henri Besseyre des Horts, Professeur à l'école des Hautes Etudes Commerciales : si les risques psychosociaux ont intégré, en 2008, la politique de développement durable des entreprises, il constate que dans le même temps la problématique des personnes handicapées a régressé.

"L'accompagnement du handicap psychique est difficile à quantifier, constate Roselyne Duchesne Levesque, responsable de la mission handicap de Thales. Il nécessite une reconnaissance pour que les Missions handicap puissent agir". Elle rappelle que l'entreprise ne peut intervenir sur la vie personnelle d'un salarié concerné par des troubles psychiques, et que les conditions de travail sont très normées alors qu'il faut se rapprocher de l'individuel. Le docteur Gérard Lesieur, du cabinet Cinergie, pose quant à lui la question de la pénibilité et du rythme du travail (3 x 8, travail de nuit) et son impact sur le psychisme. "Il faut déjà maintenir la personne au travail, relève Brigitte Bancel Cabiac, Directrice prévention, santé et sécurité au travail de La Poste. On est prêt à faire, mais pas au quotidien, parce qu'il subsiste un sentiment de peur face au handicap psychique qui rend les gens pas forcément intelligents". Pour elle, les maillons humains doivent s'unir autour de la personne handicapée psychique.

Image : quelques participants au colloque.

"Le classement des personnes avec troubles psychiques est rigide, l'étiquetage stigmatisant, discriminant, déplore Denise Jodelet, psychologue sociale. Le savoir n'entraîne pas l'acceptation des malades mentaux : leur image est davantage associée à la dangerosité. Il faut prendre en compte le climat social général du monde du travail, être vigilant au risque de focalisation sur la dangerosité des personnes handicapées psychiques. On peut manipuler la peur négativement, alors pourquoi pas positivement ?". Professeur agrégé en Sciences de gestion, Jean-François Amadieu rappelle que le handicap psychique n'est pas évoqué durant la formation universitaire des managers : "Il existe une discrimination à la bonne santé lors d'un recrutement". Et d'inviter à s'interroger sur les outils de recrutement et la responsabilité du recruteur : "L'objectif des tests psychologiques est de prédire le comportement, les traits de personnalité, la sociabilité. Dans ce cadre, c'est très perturbant d'intégrer le handicap psychique. Comment expliquer aux consommateurs que l'on fait travailler des personnes handicapées psychiques ? Alors que le handicap psychique permet d'aller plus loin, d'élargir la diversité".

Carole Peintre a réalisé pour le Cedias une étude "Situation de handicap psychique". Elle constate une difficulté des équipes pluridisciplinaires d'évaluation de la compensation du handicap à appréhender le handicap psychique. Son étude a porté sur 120 cas dans 15 départements. Elle en tire cinq enseignements : l'environnement a un poids majeur, le projet de vie de la personne nécessite une élaboration évolutive, l'accompagnement doit se doubler d'une souplesse du plan de compensation, l'expertise associe la personne, son entourage et les professionnels de santé et du médico-social. "Les réponses sont interdépendantes, explique-t-elle. Soins, ressources, logement, etc. L'organisation des réponses sur les territoires doit répondre à une logique de service et de réseau. La recherche sur l'environnement de vie concerne l'entreprise par certains aspects : prendre le temps, croiser les expertises, mettre en situation". Sur le terrain, une expérimentation est actuellement conduite dans six départements par des Equipes Spécialisées d'Evaluation du Handicap Psychique (ESEPH). "L'évaluation se fait in situ, dans le contexte d'environnement, pour en identifier les freins et la capacité de compensation, précise Yann Boulon, du réseau Galaxie. L'équipe a une fonction d'interface, qui s'appuie sur des experts. Elle donne des priorités dans une action d'insertion très empirique et pragmatique. On a traité des situations très dégradées par manque d'intervention précoce". Une expérimentation qui repose sur une logique de coopération, pour dépasser la simple gestion de population concernée.

Une approche entendue par la présidente de l'Agence Entreprises & Handicap, Marie-Anne Montchamp, ancienne Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et actuelle députée du Val-de-Marne : "Les politiques sont tétanisés quand ils sentent que la complexité est résistante, que ça sent le conflit social ! Alors il faut enchaîner les actes militants pour faire bouger les lignes".


Jacques Vernes, juillet 2009.


L'Agence Entreprises & Handicap a organisé ce colloque avec la Fondation de France et Sciences Po.
Entreprises et handicap. SciencesPo. Fondation de France.

Avec le soutien de : Agefiph, Banque de France, BNP Paribas, CNSA, FIPHFP, IBM, Groupe La Poste, SNCF.


Le Groupe Caisse d'Epargne et Thales ont permis la réalisation des actes du colloque, à commander par courrier électronique auprès de l'Agence Entreprises & Handicap.


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