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Troubles psychiques et entreprises.
L'Agence Entreprises & Handicap a convié des protagonistes concernés à débattre de l'emploi des personnes handicapées psychiques. Première synthèse des débats.
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          "On s'est engagé sur un sujet laboratoire", confesse Marie-Anne Montchamp présidente de l'Agence Entreprises & Handicap. L'ancienne Secrétaire d'État aux personnes handicapées durant les années 2004 à 2005 ouvrait ainsi un colloque qui a rempli, le 29 avril dernier, le grand amphithéâtre de l'école Sciences Po Paris. Un premier témoignage de l'intérêt manifeste suscité par la question au centre des débats : comment l'entreprise peut-elle aborder la question de la santé mentale ?

"La grande question, c'est le silence", insistait également Marie-Anne Montchamp, pointant un télescopage entre le principe de subordination du salarié à l'employeur avec la nécessaire préservation de sa vie personnelle et privée : invisible, le trouble psychique entraîne avec lui, quand il apparaît, de multiples intervenants médicaux. Caché, il concerne toutefois 30 % des Français selon Christine Cohidon, de l'Institut National de Veille Sanitaire (INVS). Il constitue la première cause d'invalidité et la seconde d'accidents du travail; les employés et ouvriers sont principalement concernés.

Image : Marie-Anne Montchamp.

Lorsqu'il dirigeait l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), Antoine Durrleman fut confronté à ce problème posé par les personnels : "Comment pouvez-vous nous aider à affronter la question des bras cassés ?" Parmi eux, nombre de personnels subissant des troubles psychiques, avec comme conséquence le transfert de leur charge de travail sur les autres employés. "On s'est rendus compte qu'on était formidablement démunis, explique-t-il. On savait que ça existait, on ne voulait pas en parler. Donc, comment agir, donner du temps ?".

Cette difficulté à appréhender le handicap psychique a également touché le législateur : "Il n'y a pas dans la loi [de février 2005 NDLR] de définition précise, relève le sociologue Pierre Vidal-Naquet, mais un renvoi vers une commission qui doit définir le caractère durable d'une altération". Il constate également une impossibilité de proposer une définition globale du handicap psychique, du fait de l'influence de l'environnement et du milieu social sur la personne qui en est atteinte, y compris dans le cadre du travail : "Il a un aspect ambivalent, poursuit Pierre Vidal-Naquet. Le travail témoigne à la fois d'une normalisation, d'une guérison par la confrontation à la réalité et à la restauration de l'image de soi, et constitue également un révélateur de la maladie et des incapacités, générant un processus de fragilisation mentale de la personne". Pierre Vidal-Naquet esquisse comme solution "un besoin d'ordinarité et d'aménagement du travail et de sa durée".

Ce que confirme Claude Finkelstein, présidente de la Fédération Nationale des Associations d'usagers en PSYchiatrie (F.N.A.Psy), en évoquant ses propres incapacités à gérer un problème simple : "Quand quelque chose ne va pas, c'est l'anxiété qui prime. On a besoin de choses stables, de suivi, et de pouvoir prévenir ce qui ne va pas". Elle déplore certaines carences : "Le capital humain de qualité devient de plus en plus rare, et je ne comprends pas pourquoi on oriente les personnes handicapées psychiques vers des métiers de presse comme la cuisine, les livraisons, alors qu'elles sont formidables dans l'accueil, au contact de l'humain, parce qu'elles ont une sensibilité à l'autre".

Un point de vue complété par Gérard Lefranc, qui dirige la mission insertion du groupe Thales : "Les personnes handicapées psychiques fascinent, elles ont souvent un haut niveau de formation mais leur relation à l'autre sort de la norme, et le collectif doit se saisir d'un stress ambiant qu'il doit partager". Gérard Lefranc explique que pour les autres handicaps l'approche est plus facile, qu'il existe des aides techniques dont l'impact est mesurable, alors que face au handicap psychique, l'entreprise est démunie.

Image : vue de la salle durant le colloque.

Pour Christine Bargain, directrice du projet Diversité au groupe La Poste, de nombreuses personnes handicapées psychiques travaillent, mais ce handicap n'est un problème que lorsqu'il devient visible du fait d'arrêts maladie, de baisse de productivité ou de comportements atypiques. Elle place également le débat sur le terrain de la diabolisation : "On nous rabâche dans les médias les dangers de la folie. Les personnes handicapées psychiques sont mises au banc de l'entreprise, ces comportements pervers arrivent à détruire des équipes". Elle insiste également sur l'impact fort de la vie personnelle sur l'activité professionnelle, et déplore la quasi-absence de réponses pertinentes pour le maintien dans l'emploi.

Ce que confirme le directeur du service aux entreprises de l'Agefiph, Sylvain Gachet, en expliquant que son organisme n'intervient que sur les personnes handicapées psychiques reconnues en tant que telles.

Pour sa part, le psychiatre Bernard Pachoud distingue troubles mentaux et handicap psychique. Il constate que les éléments fonctionnels de la maladie mentale ne permettent pas de comprendre la situation de handicap psychique, qui doit être évaluée pour chaque personne : une approche qui prend du temps et dépasse les prises en charge habituelles dans le cadre du maintien dans l'emploi ou de l'insertion professionnelle.

"C'est une volonté des dirigeants d'entreprise, constate Anne Roi, de UNIRH Cap Emploi, moins celle des managers et des collègues de travail". Elle estime que cela se passe mieux dans les petites entreprises, grâce à leur souplesse d'adaptation à la personne.

"L'entreprise est devenue un acteur politique, affirme Gérard Taponat, directeur des affaires sociales chez Manpower; elle doit réfléchir différemment à la question de la santé. La santé mentale concerne l'organisation et le projet d'entreprise, on doit donner le droit de dire sa fragilité sans avoir à subir des conséquences professionnelles négatives : le développement durable passe par la santé".

Mais, ballottés entre le devoir d'intégration qui émane de l'ensemble de la société et une réalité difficile à appréhender, des dirigeants et managers d'entreprises cherchent à percevoir le handicap psychique et sont demandeurs d'outils d'insertion ou de maintien dans l'emploi, qui restent à créer. Un sujet sur lequel nous reviendrons dans la deuxième partie de la synthèse de ces débats riches en émotions et denses en informations.


Jacques Vernes, juin 2009.


L'Agence Entreprises & Handicap a organisé ce colloque avec la Fondation de France et Sciences Po.
Entreprises et handicap. SciencesPo. Fondation de France.

Avec le soutien de : Agefiph, Banque de France, BNP Paribas, CNSA, FIPHFP, IBM, Groupe La Poste, SNCF.


Le Groupe Caisse d'Epargne et Thales ont permis la réalisation des actes du colloque, à commander par courrier électronique auprès de l'Agence Entreprises & Handicap.


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