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  Alea thérapeutique : indemnisation contre l'ONIAM.
  Une jeune femme ressortie lourdement handicapée de son deuxième accouchement a obtenu du tribunal une bien meilleure indemnisation que celle que lui proposait l'organisme d'indemnisation de l'aléa thérapeutique...

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Catherine et Nicolas Meimon Nisenbaum, avocats à la Cour, spécialisés dans l'indemnisation du préjudice corporel.

          En 2006, en France, une jeune femme a été victime, lors de l'accouchement programmé par césarienne de son deuxième enfant, d'un collapsus cardiovasculaire ayant entraîné des lésions anoxiques cérébrales et un coma avec des séquelles neurologiques très graves. Il était difficile de définir s'il s'agissait d'un aléa thérapeutique, d'une faute médicale ou d'un accident inhérent à la personne, sans aucune possibilité d'indemnisation. Le diagnostic était très délicat.

Un an plus tard, la Commission Régionale de Conciliation et d'Indemnisation des Accidents Médicaux de l'Ile-de-France (CRCI) était saisie par la victime, qui fit appel à un avocat spécialisé pour assurer la défense de ses intérêts afin de faire reconnaitre son droit à indemnisation. Une expertise médicale était alors diligentée par la CRCI (lire La CRCI n'est pas une juridiction) qui désigna trois experts judiciaires : un gynécologue obstétricien, un anesthésiste réanimateur et un neurologue. Les experts convoquèrent les parties, et la victime fut assistée dans toutes les opérations d'expertises par son médecin-conseil de victimes et son avocat spécialisé.

Lors de ces expertises étaient présents, notamment, le médecin accoucheur impliqué, son assureur et son avocat. Les discussions lors de ces expertises furent longues, les gestes de l'accoucheur rappelés, détaillés, expliqués, analysés, pour comprendre la réalité de cet accident médical gravissime et ses conséquences. En mars 2008, les experts déposèrent leur rapport, qui concluait à l'existence d'un accident médical non fautif et évaluait le dommage corporel de la victime, fixant notamment à 95% le taux de son déficit fonctionnel permanent, et à 24 heures sur 24 ses besoins en tierce personne.

En mai 2008, cette affaire revenait devant la CRCI qui, estimant ne pas être suffisamment informée, ordonna un complément d'expertise. Après une ultime expertise où toutes les parties étaient présentes, la victime étant à nouveau assistée par son avocat spécialisé, l'expert judiciaire déposait un complément de rapport en mars 2009. En mai 2009, après avoir entendu les parties et pris connaissance de leurs conclusions respectives, la CRCI rendait son avis et estimait qu'il s'agissait d'un accident médical non fautif, qui devait être pris en charge par la solidarité Nationale, en l'espèce l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et exposait notamment : "La survenue d'un collapsus dans les suites immédiates de cet acte de soins constitue un accident médical survenu en dehors de tout geste médical maladroit ou imprudent. Il est donc par lui-même non fautif [...] Il résulte des éléments ci-dessus exposés concernant la responsabilité des mises en cause, la causalité du dommage, sa gravité ainsi que ses conséquences pour la patiente, que ledit dommage remplit les conditions d'indemnisation par la solidarité nationale. Il appartient donc à l'ONIAM d'indemniser les préjudices subis par Madame X."

A ce stade de la procédure, l'avocat spécialisé avait la possibilité d'un point de vue procédural de ne pas faire indemniser l'entier préjudice corporel de sa cliente amiablement devant l'ONIAM, mais devant le Tribunal de Grande Instance, soit devant l'Ordre judiciaire. L'avocat spécialisé choisit cette voie procédurale car le barème indicatif d'indemnisation de l'ONIAM est nettement moins avantageux pour la victime d'un dommage corporel que la jurisprudence des juridictions de l'Ordre judiciaire. Le représentant légal de la victime a fait à nouveau confiance à l'avocat spécialisé pour porter ce dossier devant le Tribunal de Grande Instance et non à l'amiable avec l'ONIAM pour l'indemnisation de la majeure protégée. C'est ainsi qu'en 2009, l'avocat spécialisé de la victime saisissait le Tribunal de Grande Instance de Bobigny et mettait en cause l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), pour solliciter l'indemnisation de son entier dommage corporel. Parallèlement à cette procédure devant le Tribunal, l'avocat spécialisé saisissait le Juge de la Mise en Etat d'une demande de provision pour sa cliente. Des conclusions furent à nouveau échangées entre les parties, et cette affaire fut plaidée devant le Juge de la Mise en Etat, qui par ordonnance de mars 2010 alloua une provision de 200.000€ à la victime.

Entre-temps, le procès continuait à se dérouler devant le Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Les parties échangèrent un grand nombre de conclusions et de pièces pour évaluer le montant de l'indemnisation de la victime, montant qui était très différent entre celui de la victime et celui de l'ONIAM. Il convient de relever que l'ONIAM demandait au Tribunal notamment de faire application de son référentiel indicatif d'indemnisation, qui n'est pas favorable à la victime (lire Dommages corporels : une indemnisation en péril). Les parties étaient en désaccord sur pratiquement tous les postes de préjudices. Après un échange de plusieurs conclusions et de très nombreuses pièces, l'affaire fut fixée pour être plaidée devant le Tribunal. L'audience de plaidoiries permit à l'avocat spécialisé de plaider longuement les demandes de sa cliente, tant les points de désaccord étaient nombreux. Le Tribunal, après l'audience et l'étude des dossiers de plaidoiries, invita les parties à préciser certains points et à déposer une note en délibéré. Trois notes en délibéré furent échangées entre les parties sur l'assistance de la tierce personne.

Par jugement définitif en date de mai 2011, le Tribunal de Grande Instance de Bobigny rendait une décision parfaitement motivée et donnait gain de cause à la victime. Le Tribunal allouait à la victime une somme en capital de 2.027.356€, à laquelle s'ajoutait une somme capitalisée de 2.906.151€ au titre de la tierce personne future, correspondant à une rente trimestrielle viagère et indexée de 28.560€, soit la somme de 9.520€ par mois (hors week-end et vacances). Il s'agit là d'une très belle décision. Il convient de relever notamment que l'ONIAM demandait au Tribunal de faire application de son référentiel indicatif d'indemnisation, que celui-ci n'a pas retenu. La tierce personne fut l'objet d'un débat très important. L'ONIAM offrait un taux horaire de 9,71€ et la victime, après discussions et pièces à l'appui, obtenait du Tribunal une indemnisation sur la base de 17€ pour l'heure active, et 15€ pour l'heure de surveillance 24 heures sur 24. La prise en charge au titre de la tierce personne pour les deux enfants mineurs était également allouée.

Que de même, l'ONIAM estimait notamment que la victime ne pouvait prétendre à une perte de gains professionnels futurs puisqu'elle n'avait jamais travaillé. Or, le Tribunal lui allouait une indemnisation sur le fondement de la perte de chance. Les parties étaient également en désaccord sur le barème de capitalisation applicable, la victime obtenait gain de cause, le barème de la Gazette du Palais étant retenu. Le représentant légal de la victime a fait confiance à son avocat spécialisé, et c'est une fois encore cette confiance qui a permis à l'avocat de travailler et d'aboutir au résultat souhaité, sans oublier la parfaite réalisation de l'expertise médicale et la parfaite motivation du jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Cette jeune femme très lourdement handicapée pourra obtenir tous les soins qui lui sont nécessaires ; tous ses besoins sont couverts, sa sécurité et son avenir sont assurés, ses droits ont été reconnus et l'avocat spécialisé est plus que satisfait que justice lui ait été rendue.



Catherine Meimon Nisenbaum,
Nicolas Meimon Nisenbaum,
avocats à la Cour,
février 2012.




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