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La loi du
11 février 2005 sur l'égalité des droits et des chances, la participation
et la citoyenneté des personnes handicapées, prévoit que le gouvernement
organise tous les trois ans, à compter du 1er janvier 2006, une conférence
nationale du handicap, à laquelle il convie notamment les associations
représentatives des personnes handicapées, qui doit établir un rapport
pouvant être débattu à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Mais surtout,
la loi du 11 février 2005 a défini très largement la notion de handicap
en visant "les fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives
ou psychiques d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant"
et a notamment légiféré sur l'accessibilité du cadre bâti et des transports.
Mais attention, d'un part cette réglementation ne concerne pas l'habitation
existante (à l'exception des gros travaux) mais les habitations collectives
ainsi que leurs abords et les habitations individuelles (vente et
location) ainsi que leurs abords. Elle concerne d'autre part les établissements
recevant du public et des installations ouvertes au public qui doivent
être accessibles à tous dans un délai de 10 ans à compter de la publication
de la loi. La loi prévoit des dérogations qui peuvent êtres accordées
par le Préfet lorsqu'il existe une "impossibilité technique", une
contrainte "liée à la préservation du patrimoine architectural" ou
une "disproportion manifeste entre les améliorations apportées et
leurs conséquences". Aucun organisme ou institution ne contrôle le
bien-fondé de la décision du Préfet, qui est souverain en la matière
(il convient cependant de solliciter l'avis obligatoire de la CCDSA
ou de la CDS). La loi instaure néanmoins des sanctions aggravées pour
infraction à ses dispositions, et notamment une amende de 45.000 €,
ainsi qu'en cas de récidive une peine de six mois d'emprisonnement
et 75.000 € d'amende.
La partie réglementaire prévue par la loi vient d'être partiellement
publiée, à savoir :
- Le décret 2006-555
du 17 mai 2006, relatif à l'accessibilité des établissements recevant
du public, des installations ouvertes au public et des bâtiments d'habitation
et modifiant le code de la construction et de l'habitation.
- Deux arrêtés
en date du 17 mai 2006 : l'un sur les caractéristiques techniques
relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées lors de la construction
et de l'aménagement des bâtiments
d'habitation, l'autre portant sur la construction ou la création
d'établissements
recevant du public ou d'installations ouvertes au public.
Il est intéressant de relever que ces textes retiennent une notion
large de l'accessibilité : une fois encore, il est rappelé, conformément
à la loi, que l'accessibilité concerne toute personne handicapée,
ayant notamment une déficience visuelle, auditive, motrice, cognitive,
mentale et "quel que soit le handicap". Pour les cheminements extérieurs,
il est retenu "la continuité de la chaîne du déplacement" donc une
accessibilité qui doit être réalisée en plusieurs lieux et en plusieurs
points, de l'entrée du bâtiment aux autres bâtiments, pour un usager
handicapé et aussi pour un visiteur handicapé. Les verbes employés
définissent largement la notion d'autonomie, de déplacement et de
compréhension tels que : s'orienter, atteindre, accéder, utiliser,
circuler, communiquer, comprendre, repérer... Les mots employés pour
définir l'accessibilité sont aussi essentiels, le déplacement doit
se faire "aisément" et "sans danger" et encore "avec la plus grande
autonomie possible".
Il est certain que pour les bâtiments d'habitation collectifs, on
peut regretter que le décret dispose en son article R 111-18-2.2 :
"Les logements situés au rez-de-chaussée, en étages desservis par
un ascenseur [doivent] offrir dès leur construction des caractéristiques
minimales [...] la cuisine ou une partie du studio aménagée en cuisine,
le séjour, une chambre ou une partie du studio aménagée en chambre,
un cabinet d'aisances et une salle d'eau".
C'est donc une définition du cadre de vie a mimima qui est
retenue pour les habitations collectives accessibles. Que feront les
personnes handicapées qui vivent en famille : elles vivront alors
dans un appartement qui pourra légalement n'être adapté qu'en partie
! Pourquoi avoir introduit cette limitation qui créé deux territoires
à l'intérieur d'un même logement et ne correspond ni à l'esprit de
la loi, ni à l'attente des personnes en situation de handicap ? Un
appartement familial ne comprend pas qu'une cuisine, un séjour, une
chambre, un cabinet d'aisances et une salle d'eau. Que faire des chambres
et autres pièces dans lesquelles la personne handicapée ne pourra
pas accéder ?
Ces dispositions sont applicables à compter du 1er janvier 2007 aux
permis de construire, avec deux exceptions :
1. Dans les logements faisant l'objet d'un permis de construire déposé
à compter du 1er janvier 2008, au moins un accès depuis "une pièce
de vie à tout balcon, terrasse ou loggia […] doit être conçu de manière
telle que le seuil et les portes permettent, par des aménagements
simples, le passage d'une personne en fauteuil roulant."
2. Dans les logements faisant l'objet d'un permis de construire déposé
à compter du 1er janvier 2010, "une salle d'eau doit être conçue et
équipée de manière à permettre, par des aménagements simples, l'installation
ultérieure d'une douche accessible à une personne handicapée".
L'ensemble de ces dispositions et des dates de mise en oeuvre s'applique
aux maisons individuelles construites pour être louées ou vendues.
Celles qui sont construites pour leur propriétaire et son usage propre
dérogent à cette réglementation. Cette dérogation créera une difficulté
juridique à retardement, lors de la cession de ladite maison du vivant
du propriétaire occupant ou après sa mort : le vendeur sera-t-il obligé
de réaliser une mise en accessibilité avant de réaliser la transaction
? La loi ne traite pas ce cas de figure.
Par ailleurs, il faut retenir que les places de stationnement adaptées
doivent être à l'usage des occupants et également des visiteurs. Bien
entendu, doivent être notamment accessibles les parties communes,
les revêtements de sol, les portes, les sas, les équipements intérieurs
et extérieurs, celliers, caves. Les bâtiments ouverts au public doivent
comporter des places de stationnement adaptées, les circulations doivent
être accessibles, les escaliers doivent être utilisés en toute sécurité
par les personnes handicapées, tous les ascenseurs doivent être empruntables
par les personnes handicapées. Un ascenseur est obligatoire au-delà
d'une capacité d'accueil de 50 personnes, ou si l'activité ne peut
être réalisée en rez-de-chaussée (seuil porté à 100 personnes pour
les établissements d'enseignement). Dans chaque étage ouvert au public,
il doit exister au moins un cabinet d'aisances aménagé pour les personnes
circulant en fauteuil roulant, et un lavabo accessible (ainsi que
ses accessoires). Les cabines d'essayages doivent être aménagées "et
accessibles par un cheminement praticable"; il en est de même pour
les douches. Les locaux d'hébergement "doivent comporter des chambres
aménagées et accessibles" avec salles de bains aménagées ou, à défaut,
une salle de bains aménagée à l'étage; il en est de même pour le cabinet
d'aisances.
Diverses catégories d'établissements et installations recevant du
public feront l'objet, du fait de leur caractère spécifique, d'arrêtés
pris par les ministères dont ils dépendent : enceintes sportives et
établissements de plein air, établissements conçus en vue d'offrir
au public une prestation visuelle ou sonore (théâtres, cinémas, etc.),
établissements pénitentiaires, établissements militaires,
centres de rétention administrative et locaux de garde-à-vue, chapiteaux,
tentes et structures, gonflables ou non, hôtels-restaurants d'altitude
et refuges de montagne, établissements flottants.
Il appartient aux personnes en situation de handicap et aux associations
de veiller à ce qu'il ne soit fait application qu'à bon escient et
avec rigueur des exceptions prévues dans les textes, et d'éviter que
le principe ne devienne l'exception. Il faudra attendre les quatre
arrêtés techniques à venir pour apprécier les moyens techniques qui
sont proposés pour le respect de la mise en oeuvre de l'accessibilité
des personnes en situation de handicap, dans une pleine et entière
autonomie, qui ne peut se limiter aux "caractéristiques minimales"
prévues par le décret pour les logements collectifs.
Catherine Meimon
Nisembaum, avocate au Barreau, juin 2006.
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Catherine
Meimon Nisembaum,
avocate au Barreau de Paris |
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