|
La définition
des aides techniques qui est donnée par la norme ISO 9999 est la suivante
: "Tout produit, instrument, équipement ou système technique utilisé
par une personne handicapée, fabriqué spécialement ou existant sur
le marché, destiné à prévenir, compenser, soulager ou neutraliser
la déficience, l'incapacité ou le handicap". Les aides techniques
sont donc des moyens permettant à une personne en situation de handicap
de retrouver une autonomie et/ou de se maintenir dans son cadre de
vie et dans la société. Mais avant tout, l'aide technique doit être
un outil de compensation des incapacités au service de la personne
handicapée et ne doit en aucun cas anéantir ses droits relatifs
à la tierce personne. Dans le cadre de l'indemnisation du préjudice
corporel, on constate un glissement de l'aide humaine vers l'aide
technique, la première devant être défendue farouchement pour permettre
aux personnes concernées de sauvegarder leurs droits. Deux
exemples de jurisprudences sont à relever :
1. Cour d'Appel de Paris, 17e Chambre Section A, arrêt du 18 septembre
2000. Une victime accidentée de la route a été reconnue, par un
expert judiciaire, atteinte d'une Incapacité Physique Permanente (I.P.P)
de 90 % rendant nécessaire une tierce personne 24h/24 à raison de
huit heures actives et, le reste du temps, d'heures de surveillance
pouvant être assurées, selon l'expert, soit par une aide humaine soit
par des systèmes sophistiqués, notamment d'alarme et d'assistance.
La Compagnie d'Assurances demandait en justice que les heures de surveillance
soient assurées par une aide technique moins onéreuse qu'une aide
humaine. La Cour d'Appel de Paris, confirmant le jugement du Tribunal
de Grande Instance de Paris, a considéré que "Les moyens modernes
d'alarme et de télésurveillance ne sont pas, en l'espèce, adaptables
au handicap particulier de M. X..."
2. Cour d'Appel de Paris, 1ère Chambre B, arrêt du 24 novembre 2000.
La victime d'une infraction, traumatisée crânienne grave, a été
reconnue, par un expert judiciaire, atteinte d'une I.P.P de 90 % rendant
nécessaire une tierce personne 24h/24 à raison de six heures actives
et, le reste du temps, d'heures de surveillance. Le rapport d'expertise
prévoyait la possibilité de reconsidérer la réévaluation des aides
humaines après la réalisation de "l'aménagement du domicile intégrant
des moyens modernes de domotique, de surveillance avec vidéosurveillance,
de détecteur de fumée et de télétransmission." Le Fonds de Garantie
sollicitait donc devant la Cour un complément d'expertise pour apprécier
la diminution de l'évaluation des aides humaines au regard des aides
techniques nouvellement mises en place. La Cour a débouté le Fonds
de Garantie de ce chef de demande au motif que "Le Docteur a précisé
que 'l'état neurologique de la victime ne permettait pas l'utilisation
de certains progrès de la domotique comme la commande vocale, que
les experts ont admis que M. Y. ne pouvait faire face seul à la moindre
situation périlleuse telle une complication de santé, un incendie,
une chute depuis son fauteuil ou son lit, une simple envie de boire,
d'aller aux toilettes', qu'en conséquence, eu égard à la nécessité
d'assistance permanente pour tous les actes de la vie courante et
d'une surveillance rapprochée pour faire face aux éventuelles situations
d'urgence qui ne sauraient être réglées, sans risques, par des aménagements
domotiques, il convient de rejeter la demande de réserve quant à l'évaluation
de la tierce personne et de complément d'expertise..."
Ces décisions sont essentielles car elles rappellent, avant tout,
l'obligation de sécurité et le droit à la dignité pour toute personne
en situation de handicap. On peut également indiquer que dernièrement,
dans des procès concernant des personnes handicapées sévères, tétraplégiques
et paraplégiques, les défendeurs et Compagnies d'Assurances sollicitaient,
en raison notamment du coût élevé d'un véhicule adapté très perfectionné,
la diminution de l'évaluation de l'aide humaine pendant les temps
de trajet sous prétexte que les personnes blessées médullaires seraient,
pendant ce laps de temps, plus autonomes. Ce procédé doit être combattu
car un accident, un malaise, est toujours possible et la personne
handicapée se trouvera seule, au péril de sa sécurité voire de sa
vie. Il convient de souligner, de plus, que les problèmes liés à l'accessibilité
ne sont pas résolus ainsi que ceux de l'aide à l'accompagnement. Les
aides techniques sont importantes; cependant, il ne faut pas confondre
les genres : aider une personne en situation de handicap, c'est lui
permettre d'accéder à une vie meilleure au quotidien sans pour autant
la pénaliser.
Catherine Meimon
Nisembaum, avocate au Barreau, décembre 2004.
 |
Catherine
Meimon Nisembaum,
avocate au Barreau de Paris |
|