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  Contrastes rouennais...
  Entre un Panorama XXL tout neuf mais mal accessible et un Historial Jeanne d'Arc installé dans un immeuble du XIIe siècle parfaitement adapté, Rouen propose deux nouvelles attractions touristiques étonnamment disparates. Reportage.

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        On entend guère parler de Rouen, élégante préfecture de la Seine-Maritime célèbre pour sa cathédrale sublimée par Claude Monet : une fois tous les lustres pour l'Armada de la Liberté, ce grand rassemblement de voiliers dont le prochain est prévu en juin 2019, et rarement pour ses sites touristiques. Aussi, l'ouverture en décembre 2014 d'un Panorama XXL puis fin mars 2015 de l'Historial Jeanne d'Arc a replacé la cité dans la catégorie des villes qu'il faut (re)voir... Avec toutefois un remarquable paradoxe pour les visiteurs handicapés : l'attraction installée dans un bâtiment neuf n'est que partiellement accessible et finalement frustrante, alors que l'évocation historique aménagée dans un immeuble ancien est parfaitement adaptée !

Le renouveau du théâtre de panorama.

Les théâtres de panorama ont été en vogue dans la seconde moitié du XIXe siècle et ont quasiment tous disparu, quelques bâtiments ayant été reconvertis en salles traditionnelles. On y exposait des toiles circulaires présentant un paysage, un événement historique, avec force détails dans une vision à 360°. C'est ce procédé spectaculaire que l'artiste allemand Yadegar Asisi fait revivre en produisant des panoramas réalisés avec les technologies de notre temps, à Berlin présentant l'ancien mur de la ville, à Dresde pour montrer la ville juste après le bombardement anglo-américain de 1945, et donc à Rouen dans un bâtiment expressément conçu pour recevoir sa vision de Rome en 312, puis prochainement celle de l'Amazonie.

 
 

Hélas, l'architecte qui a conçu cet écrin bleu à la manière d'un silo a oublié que les visiteurs handicapés moteurs devaient eux aussi jouir du spectacle: l'ascenseur de la tour centrale ne dessert que les deux premiers niveaux, qui offrent une vision limitée de l'oeuvre, le panorama à 360° étant inaccessible à ceux qui ne peuvent gravir les escaliers. Une lacune semblable à tous les panoramas actuellement exposés par Yadegar Asisi, que ce soit à Leipzig, Dresde ou Berlin, sauf que Rouen n'est pas en Allemagne mais en France, que le lieu d'exposition est neuf et que l'accessibilité totale devait être la règle! Raisons maladroitement invoquées par les représentants du Panorama XXL pour justifier ce ratage: la volonté de ne pas "gâcher" la vision à 360° par une cage d'ascenseur, mais aussi "raisons de sécurité"...

Sauf qu'il existe des modèles d'élévateurs fauteuil couvrant la hauteur de la tour et dont les parois basses n'auraient pas constitué un obstacle visuel. Quant à la sécurité, elle demeure dans cette affaire le cache-sexe d'une décision politique: la Métropole de Rouen, commanditaire de l'ouvrage, a en effet demandé une dérogation à l'accessibilité dès le dépôt du permis de construire, passe-droit que la Commission d'accessibilité lui a généreusement accordé. En clair, la Métropole s'est signée à elle-même sa propre dérogation et n'envisage aucun palliatif semblable à celui que propose par exemple Salzbourg pour son musée du panorama de la ville en 1842: l'accès fauteuil roulant à la tour centrale est assuré par un Scalamobile.

Pour ne rien arranger, les panneaux explicatifs en caractères blancs sur fond rouge et noir éclairé en rouge sont mal lisibles, et la sortie des visiteurs n'est pas aux normes, de même que la voirie environnante pourtant récente: places de stationnement réservé étroites mal signalées, absence de bandes d'éveil de vigilance sur les traversées piétonnes.

  Image : Rouen, quai rive droite et Panorama XXL.

Image : Panorama XXL 'Rome 312' vu depuis un fauteuil roulant...
 

Et Jeanne, la bonne Lorraine...

Jeanne d'Arc, martyrisée à Rouen au début du XVe siècle, chantée par le poète François Villon quelques années plus tard, canonisée par Pie XI au XXe siècle et sujette, depuis, à toutes sortes de récupérations, est heureusement mieux servie en ce qui concerne l'accueil des visiteurs à son Historial, alors même que la Métropole de Rouen en est également commanditaire.

 
 

Une fois parcourue une rue dont les joints des pavés gagneraient à être remis à niveau, on évolue dans tout le bâtiment pourtant très ancien. Il s'agit d'une partie du palais archiépiscopal situé derrière la cathédrale dont on admire la façade arrière depuis les étages. Deux ascenseurs assurent les circulations, de la crypte romane du XIIe siècle aux grands combles. Seule la tour de guet à l'étroite cage d'escalier à vis n'a pu être rendue accessible, d'autant que la plate-forme supérieure ne permet guère à plus de deux personnes d'y tenir.

L'histoire de Jeanne d'Arc est racontée au fil des salles, replacée dans le contexte historique et religieux de l'époque, l'argument consistant en la reconstitution filmée du procès en réhabilitation de 1455-1456. Les éléments et témoignages sont autant de retour en arrière sur des faits historiques, une belle réalisation vivante et structurée, instructive sachant éviter le pathos. La visite s'achève par une étonnante Mythothèque dans laquelle sont présentés et décortiqués les invraisemblances et autres exploitations politiques de celle qui fut une grande résistante: la collaboration des autorités en place avec l'occupant Anglais est clairement évoquée dans la dernière salle de la scénographie, ce qui résonne curieusement quelques mois après les célébrations du 70e anniversaire de la chute du régime collaborationniste de Vichy, pendant l'été 1944...

La visite de l'Historial est également l'occasion de découvrir un beau bâtiment dans toutes ses composantes, dont la vaste salle des Etats et la Chapelle d'Aubigné. Des dispositifs destinés aux visiteurs déficients auditifs sont incessamment attendus: boucle magnétique portable pour accommoder les audioguides et tablette reprenant la scénographie en Langue des Signes Française.

  Image : Entrée de l'Historial Jeanne d'Arc.

Image : chapelle de l'Historial Jeanne d'Arc.
 

D'autres outils de visite ainsi qu'un plan adapté sont espérés avant l'été, et un programme d'activités pédagogiques doit être déployé à partir de septembre. A Rouen, quand on veut, on peut !


Laurent Lejard, avril 2015.

 



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