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  La canicule a-t-elle tué des personnes handicapées ?
  La vague de chaleur d'août 2003 a entraîné plus de 11.000 morts, selon les premières estimations officielles. Quel a pu être son impact sur les personnes handicapées ?

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Dès les premiers jours du mois d'août 2003, une vague de chaleur sans précédent dans les annales météorologiques a cloué les français au sol. La canicule a touché toutes les régions durant une grande partie du mois d'août dans le Sud- Est et pendant une quinzaine de jours dans la plupart des autres régions. Dans un premier rapport publié le 29 août 2003 (téléchargeable au format p.d.f), l'Institut National de Veille Sanitaire (I.N.V.S) relève que des températures supérieures à 35°C ont été observées dans les deux tiers des stations météorologiques réparties sur l'ensemble des régions françaises : "Des températures supérieures à 40°C ont été observées dans 15% des villes, y compris en Bretagne, ce qui n'était encore jamais arrivé depuis le début des mesures de température". Quelles conséquences cette vague de chaleur a- t- elle pu avoir sur les personnes handicapées ?

A l'I.N.V.S, on précise ne pas disposer actuellement d'informations permettant d'apprécier l'impact de la canicule sur la santé des personnes handicapées, notamment celles qui sont dépendantes. On précise toutefois que si les premières études ne prennent pas en compte l'impact d'un handicap sur les conséquences néfastes de la vague de chaleur, il n'est pas exclu de l'étudier ultérieurement.

Les associations se sont montrées plus ou moins réactives. Côté moins, l'Unapei, dont le siège national était fermé durant le mois d'août : "Nos associations membres ne nous ont pas alerté", déclare Christophe Magnant, chargé de communication, qui ajoute que la direction de l'Unapei n'a pas lancé d'étude sur cette situation. Pourtant, le rapport de l'I.N.V.S du 29 août 2003 met bien en évidence chez les personnes âgées de moins de 60 ans un "rôle mesurable" des maladies mentales et des traitements psychotropes dans les décès constatés en milieu hospitalier ou sanitaire.

Image : le Soleil, vu aux rayons X.

Côté réactivité, l'Association des Paralysés de France (A.P.F) a publié, le 29 août, un communiqué laconique : s'il rappelle que le niveau de dépendance "est avec la maladie une cause réelle de vulnérabilité et ce même avant les questions d'âge" et réaffirme sa revendication "d'affecter le produit d'une journée de travail supplémentaire prise sur un jour férié" pour financer la protection sociale des personnes handicapées, il ne dresse pas de bilan. Le signataire du communiqué, Gérard Prier, est plus précis : "l'A.P.F a lancé une enquête interne en direction des ESVAD [Equipes Spécialisées pour une Vie Autonome à Domicile] et des Foyers que nous gérons. Les informations sont en train de nous revenir. Dès le début de la crise, les directeurs d'établissements se sont mis en quête d'appareils de ventilation, ont demandé au personnel de faire des courants d'air, de brumiser le corps et les membres des personnes paralysées, de distribuer des repas frais et des denrées gélifiées. Les établissements accueillant des personnes handicapées ont un taux élevé d'encadrement, un employé pour un pensionnaire : cela explique la réactivité et l'absence de conséquences funestes en l'état actuel de nos informations. Quelques pensionnaires en Foyers ont toutefois été hospitalisés". Gérard Prier rappelle également que les établissements accueillant des enfants étaient fermés durant la période caniculaire.

L'Association Française contre les Myopathies (A.F.M) a diffusé des messages d'alertes dans son réseau (familles, personnels hospitaliers, centres d'hébergement) comprenant des consignes à suivre. Très peu de décès ont été constatés par l'Association, qui estime qu'ils ont touché des personnes fragilisées par la maladie et dont le pronostic vital était déjà en jeu. La canicule n'aurait joué qu'un rôle secondaire, semble- t-il. "Un recensement a été effectué en région, précise Jean- Claude Cunin, du siège national de l'A.F.M. Il en ressort que la canicule n'apparaît pas comme la cause première des décès survenus en août. Cela s'explique par le fait que nos malades sont en risque permanent et donc bénéficient d'une vigilance et d'une surveillance quotidiennes. Les malades à risques sont en institution médicalisée ou en famille, ils ne sont jamais seuls".

Ladapt n'a pas recensé de situation difficile, les établissements qu'elle gère n'ont rien signalé au siège national. Quant à Marcel Nuss, porte- parole de la coordination Handicap et Autonomie qui milite en faveur de l'aide à domicile des grands handicapés dépendants, il a eu connaissance d'un cas difficile, un adulte vivant dans le Var et entièrement paralysé du fait de la sclérose en plaques. La conjugaison de la chaleur, d'un incendie de forêt qui a approché sa maison et de l'absence de personnel permanent d'aide à domicile a failli être dramatique : "Il s'est retrouvé avec une seule personne pour l'aider à affronter la chaleur alors qu'il devait bénéficier d'un plan d'aide sur fonds d'Etat. L'administration locale traîne à mettre ce plan en oeuvre et ce laxisme a failli être mortel".

En l'état actuel des informations rendues publiques et de celles que nous avons récoltées, on ne peut affirmer que les personnes handicapées de moins de 60 ans aient été des victimes "privilégiées" de la canicule d'août 2003. Reste à savoir si les études officielles intégreront les handicaps dans la recherche épidémiologique du phénomène.


Laurent Lejard, septembre
2003




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