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Délégué
Interministériel aux Personnes handicapées de septembre 2002 à octobre
2009, Patrick Gohet revient sur une période riche en événements, et
évoque le chemin qui reste à parcourir.
De 2002 à 2008, il s'est agi, pour l'essentiel, de rénover en profondeur
la législation et la réglementation relatives à la politique du handicap.
La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances,
la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, de 101
articles, et ses près de 150 textes d'application concernent toutes
les formes de handicap, tous les aspects de la vie (éducation, formation,
emploi, vie personnelle, sociale, citoyenne, loisirs, domicile, vieillissement...),
tous les âges.
Rappelons ici que la nouvelle politique du handicap repose sur l'idée
fondamentale suivante: le handicap résulte de la rencontre entre les
incapacités qu'une personne peut connaître du fait des déficiences dont
elle porteuse, d'une part, et l'inadaptation de son environnement, d'autre
part. Fort logiquement, la loi en déduit qu'il convient d'agir sur ces
deux causes de la production du handicap au moyen, sur le plan collectif,
de la mise en accessibilité de toutes les activités de la Cité et, au
niveau individuel, par une compensation personnalisée.
La loi de février 2005 prévoit la tenue d'une conférence nationale du
handicap tous les trois ans. La première, ouverte par le Président de
la République, s'est réunie le 10 juin 2008. Elle a marqué l'entrée
dans une nouvelle époque, celle de la mise en œuvre effective et globale
du nouveau dispositif politique dans un contexte nouveau: notamment
la crise financière et ses conséquences budgétaires, d'une part, et
une série de réformes structurelles appliquées aux administrations de
l'Etat (création de la Direction générale de la cohésion sociale, des
agences régionales de la santé, etc.) et, de manière imminente, aux
collectivités territoriales, d'autre part.
Nous avons été un certain nombre à considérer qu'il convenait, par conséquent,
d'adapter la gouvernance, notamment en confortant son caractère nécessairement
interministériel. C'est à ce titre qu'il a été décidé, aux plus hauts
niveaux de l'Etat, notamment la présidence de la République, de mettre
en place un comité interministériel présidé par le Premier Ministre
et de nommer un Secrétaire général qui préparera ses délibérations et
en assurera le suivi. Sa mission essentielle, forte de son positionnement
auprès du Chef du Gouvernement, est de susciter et d'entretenir la mobilisation
de tous les ministères concernés, une vingtaine environ. En conséquence
et tout naturellement, la fonction de Délégué interministériel, que
j'exerçais depuis octobre 2002, est supprimée.
La politique du handicap ne peut être conçue et réalisée qu'avec la
participation des intéressés eux-mêmes, notamment au travers des associations
qui les représentent. Celles-ci constituent la première composante d'une
instance qui regroupe des représentants de l'ensemble de la société
civile (syndicats, employeurs, organismes de protection sociale, grandes
institutions comme la Mutualité, la Croix rouge, communes, départements,
régions): le Conseil national consultatif des personnes handicapées
(CNCPH) dont j'assume désormais la présidence, après Jean Marie Schléret.
Consulté par le Gouvernement sur les projets de texte concernant le
handicap, le CNCPH est également un lieu de dialogue et de proposition
dont je souhaite renforcer encore le rôle de partenaire constructif
des pouvoirs publics.
Nous n'en sommes qu'à mi-chemin de l'application de la législation nouvelle.
Beaucoup reste à faire, en dépit des avancées réalisées, dans les domaines
de la compensation, des MDPH, de l'accessibilité, de l'éducation, de
l'emploi, de l'aide aux aidants, de la prise en compte de certaines
pathologies rares ou mal connues, d'égalité de traitement sur l'ensemble
du territoire. C'est surtout en terme d'image et de représentation culturelle
que la situation doit évoluer de manière beaucoup plus résolue. Quand
donc va t'on enfin considérer que le handicap est une réalité ordinaire
de la vie comme la sécurité, l'environnement, le développement durable,
qu'il convient de le traiter systématiquement et à priori, et non comme
un phénomène à part, relatif à une population à part faisant l'objet
de mesures à part ? Quand va-t-on cesser de ne voir, chez la personne
handicapée, que ses difficultés. Bien évidemment qu'il faut en tenir
compte, ne serait ce que pour répondre aux besoins qu'elles génèrent.
Mais quand va-t-on enfin prendre en considération les potentiels et
les capacités de substitution qu'une personne handicapée possède et
développe ?
C'est à relever ce défi majeur que nous allons maintenant consacrer
nos compétences et nos énergies ! C'est l'ensemble de notre société
qui y gagnera en générosité et en efficacité, bref en humanisme...
Patrick Gohet,
Président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées,
novembre 2009.
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