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De
2002 à 2008, il s'est agi, pour l'essentiel, de rénover en profondeur
la législation et la réglementation relatives à la politique
du handicap. La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits
et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes
handicapées, de 101 articles, et ses près de 150 textes d'application
concernent toutes les formes de handicap, tous les aspects de
la vie (éducation, formation, emploi, vie personnelle, sociale,
citoyenne, loisirs, domicile, vieillissement...), tous les âges.
Rappelons ici que la nouvelle politique du handicap repose sur
l'idée fondamentale suivante: le handicap résulte de la rencontre
entre les incapacités qu'une personne peut connaître du fait
des déficiences dont elle porteuse, d'une part, et l'inadaptation
de son environnement, d'autre part. Fort logiquement, la loi
en déduit qu'il convient d'agir sur ces deux causes de la production
du handicap au moyen, sur le plan collectif, de la mise en accessibilité
de toutes les activités de la Cité et, au niveau individuel,
par une compensation personnalisée.
La loi de février 2005 prévoit la tenue d'une conférence nationale
du handicap tous les trois ans. La première, ouverte par le
Président de la République, s'est réunie le 10 juin 2008. Elle
a marqué l'entrée dans une nouvelle époque, celle de la mise
en œuvre effective et globale du nouveau dispositif politique
dans un contexte nouveau: notamment la crise financière et ses
conséquences budgétaires, d'une part, et une série de réformes
structurelles appliquées aux administrations de l'Etat (création
de la Direction générale de la cohésion sociale, des agences
régionales de la santé, etc.) et, de manière imminente, aux
collectivités territoriales, d'autre part.
Nous avons été un certain nombre à considérer qu'il convenait,
par conséquent, d'adapter la gouvernance, notamment en confortant
son caractère nécessairement interministériel. C'est à ce titre
qu'il a été décidé, aux plus hauts niveaux de l'Etat, notamment
la présidence de la République, de mettre en place un comité
interministériel présidé par le Premier Ministre et de nommer
un Secrétaire général qui préparera ses délibérations et en
assurera le suivi. Sa mission essentielle, forte de son positionnement
auprès du Chef du Gouvernement, est de susciter et d'entretenir
la mobilisation de tous les ministères concernés, une vingtaine
environ. En conséquence et tout naturellement, la fonction de
Délégué interministériel, que j'exerçais depuis octobre 2002,
est supprimée.
La politique du handicap ne peut être conçue et réalisée qu'avec
la participation des intéressés eux-mêmes, notamment au travers
des associations qui les représentent. Celles-ci constituent
la première composante d'une instance qui regroupe des représentants
de l'ensemble de la société civile (syndicats, employeurs, organismes
de protection sociale, grandes institutions comme la Mutualité,
la Croix rouge, communes, départements, régions): le Conseil
national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) dont
j'assume désormais la présidence, après Jean Marie Schléret.
Consulté par le Gouvernement sur les projets de texte concernant
le handicap, le CNCPH est également un lieu de dialogue et de
proposition dont je souhaite renforcer encore le rôle de partenaire
constructif des pouvoirs publics.
Nous n'en sommes qu'à mi-chemin de l'application de la législation
nouvelle. Beaucoup reste à faire, en dépit des avancées réalisées,
dans les domaines de la compensation, des MDPH, de l'accessibilité,
de l'éducation, de l'emploi, de l'aide aux aidants, de la prise
en compte de certaines pathologies rares ou mal connues, d'égalité
de traitement sur l'ensemble du territoire. C'est surtout en
terme d'image et de représentation culturelle que la situation
doit évoluer de manière beaucoup plus résolue. Quand donc va
t'on enfin considérer que le handicap est une réalité ordinaire
de la vie comme la sécurité, l'environnement, le développement
durable, qu'il convient de le traiter systématiquement et à
priori, et non comme un phénomène à part, relatif à une population
à part faisant l'objet de mesures à part ? Quand va-t-on cesser
de ne voir, chez la personne handicapée, que ses difficultés.
Bien évidemment qu'il faut en tenir compte, ne serait ce que
pour répondre aux besoins qu'elles génèrent. Mais quand va-t-on
enfin prendre en considération les potentiels et les capacités
de substitution qu'une personne handicapée possède et développe
?
C'est à relever ce défi majeur que nous allons maintenant consacrer
nos compétences et nos énergies ! C'est l'ensemble de notre
société qui y gagnera en générosité et en efficacité, bref en
humanisme...
Patrick Gohet,
Président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées,
novembre 2009.
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