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  Les "handicapés" ne sont pas des "personnes".
 

Christian Terras, directeur de la revue et de la maison d'édition Golias, s'exprime sur le refus du Vatican de ratifier la Convention onusienne des droits des personnes handicapées.

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On ne peut que se scandaliser du refus par le Saint Siège de signer la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées, et ce "en dépit de nombreux articles très utiles" selon l'aveu même de Monseigneur Migliore, l'Observateur Permanent du Vatican à l'Organisation des Nations-Unies !

Mais il est clair que le Saint Siège ne donnera son assentiment que pour un texte ou un projet qui sera, dans son intégralité, en accord avec la pensée du Magistère catholique; le pape Benoît XVI, le 1er janvier dernier au Vatican, évoquait, dans son discours à l'occasion de la Journée de la Paix, un "humanisme intégral". Or, cette formule renvoie à la philosophie thomiste avec son fameux concept de "loi naturelle", qui n'est plus la référence aujourd'hui, et cela pose ainsi la question du dialogue avec le monde postmoderne et l'inévitable démocratie. La polémique au sujet du Téléthon l'a récemment montré avec les appels au boycott de nombreux évêques de l'Eglise de France... qui ont malheureusement le soutien de Rome.

En s'opposant à cette convention de l'ONU, alors même qu'elle constitue une avancée considérable pour toutes les personnes handicapées, l'Eglise catholique risque de perdre encore un peu plus de crédibilité, comme si la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule l'intéressait plus que la vie concrète des enfants déjà nés ! De plus, l'article 10 de la Convention, qui reconnaît le droit à la vie, aurait dû la satisfaire. Mais le poids de l'Eglise catholique est encore grand dans certains pays, notamment non démocratiques, et certains gouvernements pourront se prévaloir de ce refus du Vatican pour ne pas appliquer cette convention et différer encore une véritable égalité entre tous les citoyens.

Une attitude qui revient à une idolâtrie et à une fétichisation de la "vie" sous prétexte que Dieu en est l'auteur. Or, cette vision irresponsable est souvent contredite par les faits, c'est à dire par les très nombreux accidents de la nature. Ainsi, que d'avortements spontanés dont les femmes n'ont même pas conscience ! Que de malformations entraînant la mort ou le handicap dans l'utérus ou peu après la naissance parce que l'enfant n'est pas viable ! Il est bien difficile de penser que Dieu a voulu des enfants handicapés, tout comme il est inimaginable qu'Il ait voulu délibérément une vie menacée par d'horribles maladies comme le cancer ou le sida...

Ici, une conscience religieuse déiste se trouve dans l'impasse. Si Dieu n'est perçu qu'à travers des processus physiques, fussent-ils ceux de la vie, aucune communication avec Lui n'est envisageable pour celui qui se dit croyant. Seule, si on reste dans le domaine de la foi, une authentique conscience chrétienne peut aider à sortir de cette voie sans issue. L'inouï de la "Bonne nouvelle" de l'Evangile, est non seulement que Dieu nous a créés à son image comme des co-créateurs, mais qu'Il est en chacun de nous et parmi nous. Or, cette co-création n'est pas seulement effective dans l'engendrement de la "vie", elle concerne notre monde terrestre, dans sa totalité et il convient d'en tirer des conséquences...

Et c'est sans doute l'autre point à souligner de ce texte, l'appel à la compassion de l'Eglise catholique sonne faux. Il s'agit du vieux débat entre la lutte pour la justice et le combat de la charité qui, aujourd'hui, se conjugue avec l'égalité et la compassion puisque le "monseigneur-observateur" préfère la seconde à la première. Le mot "égalité" n'apparaît même pas dans son texte ! Sans faire de procès d'intention, l'Eglise aurait intérêt à réfléchir sérieusement sur la maladie et le handicap. Les vieilles conceptions fatalistes d'une épreuve sinon imposée par Dieu, du moins à vivre dans la foi comme une offrande par les uns ou une occasion de "bonnes actions" pour les autres, sont toujours présentes alors même qu'elles sont inadmissibles !

Le Saint-Siège parle d'une intégration complète et pleine de compassion : mais que signifient ces termes dans une Convention juridique dans laquelle sont abordées les questions de droit ? Et comment dire que l'on est plein de compassion alors même que l'on refuse un texte qui signe une avancée majeure et obligera les Etats à vivre non un sentiment, qui est l'affaire des individus, mais le Droit qui protège les plus fragiles ? Il n'est pas question de nier à l'Eglise le droit de dire ce qu'elle pense devoir dire, mais il n'est pas impossible de lui rappeler quelques priorités. La diplomatie vaticane a-t-elle toujours protégé les victimes ? Et pourquoi existe-t-il une armée (certes symbolique) au Vatican, dont on vient de fêter les 500 ans, si le droit à la vie n'appartient qu'à Dieu ? Il est vrai qu'il vaut mieux enterrer chrétiennement le général dictateur Pinochet plutôt que Welby, l'insuffisant respiratoire paralysé...

Le Vatican a sans doute encore une fois perdu une occasion de s'associer aux hommes et femmes de bonne volonté comme l'y invitait le concile Vatican II, en préférant s'enfermer dans sa morale. La morale, n'est-ce pas l'art de vivre ensemble ? Mais comment faire quand on est de plus en plus isolé avec des positions morales et doctrinales aberrantes qui ne font, au final, qu'instrumentaliser le Dieu de la vraie vie.

Christian Terras, directeur de Golias, janvier 2007.




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