|
Les hommes
politiques français sont embarrassés par le débat sur le droit à mourir
dans la dignité, pourtant indissociable du droit à une vie digne. La
mort voulue et reçue par Vincent Humbert plonge le Gouvernement dans
le désarroi. Si François Fillon, Ministre en charge des affaires sociales,
s'est dit favorable à l'ouverture d'un débat public sur la fin de vie,
plusieurs de ses collègues le refusent. Le Premier d'entre eux, Jean-
Pierre Raffarin, estime que la vie "n'appartient pas aux politiques",
propos curieux alors que ce sont toujours eux, les politiques, qui déclarent
les guerres ! Monsieur Raffarin précise que son opinion est imprégnée
par ses convictions chrétiennes : est- ce pour cette raison qu'il joue
les Ponce Pilate ?
Dominique Perben, Ministre de la justice, veut en substance sanctionner
la mort donnée sans punir le coupable désigné. Son collègue de
l'Intérieur s'interroge quant à lui à propos du fils trisomique
de l'un de ses amis : "Et si on décidait un jour que sa vie ne méritait
pas d'être vécue?". Indéniablement, Nicolas Sarkozy situe fort justement
le débat : la vie digne d'être vécue. Ce débat que Marcel Nuss a lancé
avec d'autres grands handicapés dépendants, dont Sonia Rupp, Mireille
Stickel, Monique Marestin... Tous demandent les moyens d'avoir autre
chose qu'une vie végétative. Leur vie, ils la veulent au contact des
autres, dans la Cité, pas coincés chez eux sans aide humaine ni relations
sociales. Le choix de mourir comme on le souhaite ne se pose pas dans
une société qui propose aux plus vulnérables les moyens de vivre au
plus près des autres, en rétablissant par des dispositifs adaptés le
maximum d'égalité de traitement.
Ce débat-là a un prix, celui de l'effort budgétaire supplémentaire que
la collectivité nationale est prête à consentir en faveur des personnes
handicapées : Madame Boisseau parle d'un milliard d'euros, le Sénateur
Nicolas About de 5 à 10 milliards d'euros. Mais ce même débat
n'est toujours pas lancé dans la société française; il demeure cantonné
au cadre associatif. C'est pourtant dans le choix de vie offert aux
personnes lourdement handicapées que repose leur choix de mourir : dans
la dignité.
Laurent Lejard, octobre 2003
|