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Par François
Suchod, Ecologiste, Conseiller municipal de Grenoble délégué à l'accessibilité
de la ville, Membre du Comité national pour l'Année Européenne des Personnes
Handicapées.
En cette année 2003, les personnes handicapées sont comblées ! Année
Européenne des Personnes Handicapées, "Grande Cause nationale"
décrétée par le Président de la République, révision de la loi- cadre
de 1975 : tant de sollicitude tient, si l'on peut dire, du miracle !
Et nous allons voir ce que nous allons voir : finis les retards accumulés
depuis trente ans dans notre pays qui font que nous sommes quasiment
derrière les principaux pays européens en ce qui concerne l'intégration
sociale de ces populations. Oubliés les discours creux, les promesses
jamais tenues, illustrés par le précédent Gouvernement qui a attendu
début 2002, dernière année de son mandat, pour convoquer un grand colloque
à l'UNESCO avec dix ministres présents afin d'annoncer de grandes réformes,
dont les actes n'ont jamais été publiés! Reléguée, enfin, dans un lointain
passé, la discrimination, toujours aussi vivace dans notre pays, qui
fait que, par exemple, on accepte sans réagir que les pouvoirs publics
n'assument pas la formation en nombre suffisant d'aides à la vie autonome.
On ne peut s'empêcher de donner un dernier exemple de la plus que scandaleuse
iniquité à laquelle se résignent trop de gens : sur environ 200.000
enfants handicapés scolarisés, sept mille seulement parviennent jusqu'à
des études supérieures !
L'année européenne, on peut le souhaiter, va non seulement permettre
de rompre avec la passivité ambiante, mais va stimuler une prise de
conscience générale des responsables politiques et administratifs pour
qu'enfin les choses changent. Mais ne nous faisons pas trop d'illusions
: le consensus minimal mou qui a prévalu, fait que la Communauté s'est
limitée à favoriser l'information sur les populations handicapées. Ainsi
en France, le Comité national créé à cet effet privilégie les projets
associatifs, plutôt que des projets à caractère structurel innovants.
Le gouvernement français devra donc de son côté donner l'impulsion décisive
nécessaire en faisant en sorte que le renouvellement de la loi-cadre
de 1975 soit l'occasion d'un vrai progrès, d'une étape qualitative dans
la participation des personnes handicapées à la vie de la cité. Sur
les questions de base : revenus, vie à domicile, éducation, emploi,
notre pays doit se décider à un vaste chantier, à une vaste réforme.
Je voudrais insister pour ma part sur la qualité urbaine et l'accès
à la culture. Pour dire les choses simplement et dans leur crudité,
nous savons tous, responsables au contact du terrain, que les textes
réglementaires concernant l'accessibilité urbaine sont peu appliqués
dans les faits: quels départements, quelles villes procèdent réellement
aux contrôles d'accessibilité a posteriori que la loi autorise lors
des ouvertures des équipements publics ? Sans ce contrôle effectif,
l'accessibilité des zones urbaines avancera difficilement.
Mais, de plus, ces règlements sont pour partie obsolètes et mal adaptés.
Ainsi, lors de la rénovation de commerces existants, très souvent les
propriétaires peuvent contourner l'obligation d'accessibilité en utilisant
des failles réglementaires. C'est pour ces raisons que la majorité des
magasins de nos villes sont peu fréquentés par les personnes handicapées
et qu'un mécanisme sournois de relégation sociale perdure. Il faut donc
reformuler ces textes avec intelligence et vigueur.
Enfin, dans notre société, où la culture et les loisirs jouent un rôle
de plus en plus central, l'exclusion est encore plus flagrante. Un récent
sondage révèle que c'est l'accès à la culture et aux loisirs que les
intéressés réclament d'abord. Là non plus, la collectivité n'échappera
pas à ses responsabilités : pour donner l'accès à la culture à tous
et briser les barrières architecturales, l'État doit créer un fond d'investissement
national.
À Grenoble, avec des moyens limités, nous essayons d'avancer globalement
: sur les grands chantiers, nous instruisons un cahier des charges explicite
et exigeant sur l'accessibilité. Nous formons régulièrement des agents
municipaux sur ce thème. Les avancées ne sont pas uniquement liées aux
moyens humains et financiers, certes insuffisants : programmation pluriannuelle
de travaux de voirie et d'équipement publics, création d'une commission
d'aide aux logements, convention avec l'État et la Chambre de commerce
pour promouvoir l'accessibilité des commerces. Mais aussi, innovation
nationale, nous créons actuellement un droit communal spécifique d'accessibilité
sur l'espace public. Nous agissons fortement sur les transports publics,
moins bien sur l'emploi. Nous impulsons, avec d'autres villes, un réseau
pour l'accès à la culture.
Dans la nouvelle loi en préparation, l'État devra aussi tenir compte
des avancées réalisées par certaines collectivités locales qui, à l'instar
de Grenoble, par un travail quotidien, montrent qu'une étape décisive,
dans la participation des personnes handicapées à la vie de la cité,
est à l'horizon.
François
Suchod, mai 2003.
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