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Fabienne
Levasseur: |
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| Archives | |||||||||||||
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Une opération
chirurgicale lourde a été l'élément déclencheur de la vocation de Fabienne
Levasseur. Elle en est sortie avec une dépression nerveuse et s'est
orientée vers les études de Droit: "Juste après le baccalauréat,
j'ai tout claqué ! Mes études de Droit ont bien marché, je le dois aussi
à un professeur passionnant". Avant, la très germanophile Fabienne voulait
étudier l'Allemand: "Mes parents m'en ont dissuadé. J'ai suivi leur
conseil, je me suis d'abord inscrite en BTS puis en Deug Droit à la
faculté d'Assas (Paris). Suivre les cours était difficile; je bénéficiais
heureusement d'un emploi du temps aménagé qui venait compenser ma fatigabilité".
Fabienne est en effet née avec une infirmité motrice cérébrale qui lui
a laissé de nombreuses séquelles anatomiques. Elle a commencé à marcher
à l'âge de sept ans, les genoux en dedans: "Il a fallu imposer la marche
à mon cerveau, par la répétition des gestes. Je fais partie de la génération
pour laquelle la recherche médicale s'est intéressée aux IMC. Ma grande
taille (1,72 mètres) ne facilite pas les choses, elle occasionne des
douleurs, je marche avec les épaules et la colonne vertébrale de travers,
le subis une usure osseuse phénoménale". Cela a conduit Fabienne sur
la table des chirurgiens à neuf reprises en onze ans, "toujours durant
les vacances scolaires pour ne pas gêner mes études. A chaque fois que
l'équilibre est perturbé, il faut le réapprendre au cerveau". Depuis
peu, elle alterne la marche avec béquilles ("bientôt, je pourrais me
contenter d'une seule") et les déplacements en fauteuil roulant.
Il a pourtant
fallu que Fabienne fasse un gros travail sur elle- même: "J'ai longtemps
refusé de fréquenter d'autres personnes handicapées. Une dépression
en 1998 et la rencontre d'un psychologue m'ont fait évoluer. Je m'accepte
comme je suis et j'accepte les autres". De là date encore l'entrée en
militantisme de Fabienne, au sein de la délégation parisienne de l'Association
des Paralysés de France. "A la fac, j'aide ceux de mes camarades qui
travaillent; j'ai la chance d'avoir une mémoire d'éléphant, ça m'aide
beaucoup". Ce cheminement personnel n'est guère éloigné de la vocation
de Fabienne: la magistrature, elle l'envisage plutôt comme défenseur
des intérêts de l'Etat. Elle s'oriente vers le droit public et c'est
lors du concours de sortie de l'école de la magistrature qu'elle choisira
la place qu'elle souhaite occuper dans un prétoire. "Ta résistance,
c'est le handicap, me disait mon grand- père. Il avait combattu dans
la Résistance lors de l'occupation allemande durant la deuxième guerre
mondiale. Accéder à la magistrature, c'est une vengeance positive sur
les brimades et les vexations. Quant à l'intégration, elle passe par
l'acceptation des meurtrissures du corps. Aujourd'hui, j'ai une vie
de femme même si j'ai eu du mal à accepter mon corps. Et on se retourne
aussi sur mon passage, pour mon sourire"... |