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"Quand
j'avais 18 ans, je n'aimais pas mon corps, je n'en avais pas
une vision très objective. Mon entourage avait une autre opinion,
me disait : est-ce que tu t'es déjà regardée dans un miroir
? Mon corps, je le vivais comme un objet médical à mettre dans
un corset. Un jour, on m'a mis au défi de faire des photos de
charme, j'ai dit chiche !". Ce défi est le point de départ d'une
aventure médiatique qui a propulsé Delphine
Censier sous les feux de l'actualité. Elle reconnaît être
coquette, l'idée de photographier son corps lui a paru intéressante.
"Il fallait que je me détache de mon propre regard; j'ai eu
peur de moi en me regardant dans un miroir, alors j'ai préféré
me voir dans les yeux des autres".
Depuis, les photographies représentant Delphine Censier ont
été présentées lors de nombreuses expositions à travers la France.
Globalement les réactions ont été très positives, formulées
par un public non-averti qui essayait de la ramener à son handicap.
"Mais pour moi, tout le monde a une tare, un défaut. Des gens
ont été très positifs, des hommes ont réfléchi sur eux et leur
vie, leur façon de voir le monde. L'exposition pose des questions
sur la vie, des visiteurs sont choqués par ce qu'ils considèrent
être un aspect femme-objet".
À la différence de Marie-Pierre
Blanchet, Delphine Censier n'a d'abord pas entièrement dévoilé
son corps, le masquant derrière de la lingerie fine.
"J'ai travaillé avec des photographes amateurs, à la manière
des magazines de mode de charme". Sa première série de photographies
a été créé de février à septembre 2003. "C'était une démarche
personnelle, pour réfléchir sur moi, briser mes propres barrières.
Mon entourage m'a félicité. Je n'avais pas encore comme
objectif d'être modèle, c'était encore par plaisir." Puis les
expositions ont débuté et rencontré le succès public.
D'autres photographes amateurs (quasi professionnels) ont travaillé
avec Delphine Censier. "Je rencontrais de plus en plus de photographes,
jusqu'à Christophe Mourtet qui m'a photographiée par le magazine
New Look. La, c'était le grand jeu ! Les séances ont lieu en
septembre, les photos sont parues dans le numéro d'octobre".
Pour la première fois, Delphine Censier a posé nue et
fut, pour cette série, rémunérée en tant que modèle. "Les premières
expositions étaient bénévoles, je parvenais tout juste à faire
prendre en charge les frais de voyage et de séjour. Je ne pouvais
pas officiellement travailler, j'aurais alors perdu le financement
de mes dix heures hebdomadaires de tierce-personne. À l'époque,
je payais les frais techniques d'exposition, l'entretien des
cadres. Au printemps 2005, j'ai vu que les expositions prenaient
une grande ampleur, je ne restais pratiquement plus à la maison.
Et sans rétribution. J'ai décidé de monter une société de production
événementielle et audiovisuelle; elle m'a permis de louer les
expositions, sans pour autant me payer parce que les recettes
ne permettaient pas de me sortir un salaire, seulement de couvrir
les frais". Elle a publié, toujours en 2005, un livre
autobiographique "Elle, moi, une autre" (Editions
Favre) qui a de nouveau attiré l'attention des médias.
Cela l'a incité à se lancer dans la production d'émissions de
télévision. Cet été, elle s'est rendue à Madagascar pour réaliser
le pilote d'un docu-réalité qu'elle cherche à vendre à une chaine
de télévision. "Le milieu de la production télé est féroce,
j'y manque de relations mais j'apprends vite !"
En attendant que ses projets se concrétisent, Delphine Censier
demeure dépendante du système allocataire, A.A.H et compensatrice
tierce-personne, qui l'empêche de rémunérer son travail, et
se réaliser pleinement en tant que femme, vivre au grand jour
une vie amoureuse sans avoir à craindre une réduction de ses
droits sociaux. Alors que l'administration l'aurait orientée
vers une institution, ou une colocation avec d'autres personnes
handicapées dépendantes afin de mutualiser les services d'une
tierce-personne. Ce qui nous aurait privé du plaisir de côtoyer
en fantasme une bien belle jeune femme...
Laurent Lejard, novembre
2006.
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