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Christiane
Hautière. |
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Christiane
Hautière était mariée, et mère de trois enfants, quand elle a commencé
il y a dix ans à ressentir ses premiers troubles de motricité, alors
mal diagnostiqués. Quand elle marchait, elle titubait : "Je chutais
facilement dans la rue, mes enfants encore adolescents me relevaient,
ils encaissaient les reproches du genre 'quand on fait la noce'... Je
marchais de travers, on disait à mon mari qu'il avait une femme ivre
! ". Christiane ne connaissait pas la cause de ses troubles moteurs
et les médecins l'ont soignée durant deux ans pour une dépression nerveuse
qu'elle n'avait pas. "Je pensais à un cancer, une tumeur au cerveau,
une maladie de Creutzfeld Jacob. J'étais amorphe, assommée par les médicaments.
Un jour, je me suis mise en colère, j'ai exigé une I.R.M, je l'ai obtenue
de force. L'examen radiologique a mis en évidence des anomalies cérébrales,
la myéline se dégradait et disparaissait à certains endroits". Le diagnostic
de sclérose en plaques atypique pouvait être posé, et Christiane savait
enfin ce qui altérait sa motricité et son autonomie : une maladie évolutive
invalidante, dont les séquelles sont variables d'un jour à l'autre.
Christiane a
investi son temps libre dans l'action associative. Elle participe à
un groupe de soutien qui prend la forme de thés hebdomadaires durant
lesquels chacun parle de ses problèmes et de ses joies. Seules des femmes
ont répondu, quelques conjoints se joignent parfois : "Ça s'est
réalisé comme ça, naturellement. Le groupe fait du bien aux accompagnants,
ils partagent et cela les aide. Parce que souvent, le conjoint s'évade"...
Celui de Christiane est resté, mais elle n'a plus de relations conjugales
avec lui : "Je suis un peu un chef-d'oeuvre en péril, avec mon corset
et ma minerve ! Tout a changé dans ma vie de femme; à 40 ans, je n'étais
qu'une malade, plus une femme. Maintenant, on anticipe mes besoins et
mes demandes alors que je suis heureuse de peler quatre pommes pour
faire une compote. Mes parents m'ont infantilisé, je devais rester leur
enfant, j'ai fini par rompre avec eux, quand j'ai pu accepter ma maladie
je me suis révoltée". Christiane a demandé à son mari de lui aménager
une chambre au rez-de-chaussée de leur maison mais ce n'est qu'après
avoir "mis le foutoir" que son souhait a été réalisé. Malgré ces difficultés,
elle demeure ouverte au monde : "Il faut savoir se défendre, mais c'est
à nous de sourire aux autres, de faire l'effort même si on reçoit de
drôles d'attitudes". |