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La vie de Catherine
Dedieu-Lugat a failli s'interrompre à l'âge de huit ans. Un camion de
chantier la renverse, elle a le bassin broyé. Les médecins ont dû très
vite sauver les organes vitaux mais une gangrène gazeuse s'est déclarée
et a fait des ravages, nécessitant plusieurs amputations sur une jambe
et une partie de la hanche. Les parents de Catherine l'ont fait sortir
dès que possible de l'hôpital pour qu'elle retrouve une vie normale.
"Je ne peux pas dire que mon enfance ait été massacrée, estime- t-elle.
J'ai repris l'école environ neuf mois après l'accident, dans le même
établissement. Ce qui a été dur, c'est la rééducation ambulatoire. J'avais
été hospitalisée à Garches et j'en garde encore un sentiment d'effroi;
c'est une ville dans la ville, énorme. A l'époque, le service de réanimation
pédiatrique n'existait pas, la douleur d'une enfant n'était pas prise
en charge". Bien que l'amputation ne lui ait même pas laissé un moignon
appareillable, Catherine a conservé la marche debout, avec des béquilles
: "J'utilise quelques heures par jour une prothèse de jambe qui me permet
d'alléger l'effort que supportent mes épaules du fait de l'emploi des
cannes anglaises".
Si Catherine
travaille maintenant plutôt pour des entreprises privées ou des sociétés
publiques, elle donne également de son temps et de sa compétence à des
associations de personnes handicapées. Ces temps-ci, c'est à la Défi
Parade qu'elle travaille, en popularisant auprès de la presse ce
premier défilé festif et non revendicatif de personnes handicapées.
"Nous espérons réunir de 5 à 25.000 personnes dans les rues de Paris".
Pour l'occasion, Catherine dévoilera au grand jour un autre de ses talents,
chanteuse : "J'ai commencé à chanter dans des clubs, pour faire un 'boeuf',
et pour des amis. Je m'accompagne au piano dans un répertoire jazz (Ella
Fitzgerald), soul (Tina Turner) ou chanson française (Liane Folly, Véronique
Sanson)". Sur la grande scène de la Défi Parade, Catherine Dedieu- Lugat
interprétera une composition de Gilles Naudin. Elle refuse que son handicap
soit un obstacle : "C'est à moi de mettre les autres à l'aise, de faire
le premier pas, et cela m'a plutôt réussi. J'ai choisi il y a de nombreuses
années de cultiver le bonheur, de me lever en me disant 'ce sera une
belle journée' même si tout ne se passe pas comme je le voudrais. Je
ne fais pas vivre aux autres ce qui ne les regarde pas, j'ai le culte
des petits bonheurs"...
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